L'œuvre de Pierre Perrault - Une sélection de Denys Desjardins

Pour la suite du monde

Documentaire poétique et ethnographique sur la vie des habitants de l'Isle-aux-Coudres rendue d'abord par une langue, verte et dure, toujours éloquente, puis par la légendaire pêche au marsouin, travail en mer gouverné par la lune et les marées. Un véritable chef-d'oeuvre du cinéma direct.

Pour avoir plus d’informations sur ce film, visitez le Blogue de l'ONF.

C’est le 6 septembre 1535 que l’explorateur français Jacques Cartier, naviguant sur les eaux du fleuve Saint-Laurent, pose son pied sur une île située au bord de la terre du nord, une île avec des arbres de plusieurs sortes, écrit-il, et entre autres il y a plusieurs couldres: Et pour ce la nommasmes l'ysle es Couldres. En nommant les îles et les rivages dans son journal de navigation, en décrivant les paysages et les habitants qu’il rencontre, Cartier prend possession du territoire et s’inscrit dans l’histoire en tant que premier poète du pays. Pierre Perrault demeurera à jamais marqué par ce texte fondateur. Entre 1955 et 1968, Perrault suit assidûment les traces de Cartier, il le cite abondamment et s’en inspire dans pratiquement tous ses projets radiophoniques et cinématographiques. En 1958, après avoir fréquenté et enregistré les habitants de l’Île-aux-Coudres, Perrault collabore à la réalisation du court métrage La traverse d’hiver à l’île aux Coudres qui servira de projet pilote pour une série intitulée Au pays de Neufve-France. C’est dans ce court film qu’apparaît pour la première fois le personnage d’Alexis Tremblay, lequel deviendra la figure emblématique de la Trilogie de l’île-aux-Coudres. Il n’est donc pas étonnant d’entendre dès le début du film Pour la suite du monde les mots du livre de Cartier lus par Alexis Tremblay. Car pour le cinéaste, Alexis Tremblay incarne à la fois la sagesse du livre et la beauté du verbe qui s’est perpétué depuis la venue de Jacques Cartier. Alexis incarne aussi la connaissance ancestrale d’un monde qui est sur le point de basculer sous nos yeux, un monde oublié et perdu sur une île où le temps semble s’être arrêté. Non seulement Pour la suite du monde est le premier long métrage canadien à avoir été présenté au Festival de Cannes, mais il s’agit surtout d’un des rares, sinon le seul chef d’œuvre que le cinéma québécois a donné au patrimoine cinématographique mondial.