Expérimentation et innovation : les choix de Karl Lemieux

Expérimentation et innovation : les choix de Karl Lemieux

En 2015, Karl Lemieux (Mamori, Ondes et silence) et son coréalisateur David Bryant (Godspeed You! Black Emperor) présentaient leur court métrage Ondes et silence au Festival international du film de Toronto (TIFF). Un an plus tard, ce film qui traite de l’hypersensibilité aux ondes est maintenant accessible gratuitement sur ONF.ca.

Quelques jours après avoir présenté son tout premier long métrage Maudite poutine à la prestigieuse Mostra de Venise en 2016, Karl Lemieux a accepté de parcourir la collection de films de l’ONF et de nous proposer 5 de ses coups de cœur. Connaissant le penchant du cinéaste pour l’expérimentation, il en ressort une sélection d’œuvres innovatrices, qui ont marqué le monde du cinéma à leur façon.

Karl Lemieux

Né en 1980 à Kingsey Falls (Québec, Canada), Karl Lemieux a réalisé plusieurs films expérimentaux (Mouvement de lumière, 2004; Western Sunburn, 2006; Mamori, 2010) et donné de nombreuses performances de cinéma en direct avec des musiciens d’avant garde. Il est également cofondateur du collectif Double Négatif. Depuis 2010, il performe avec le groupe Godspeed You! Black Emperor.

  • Op Hop - Hop Op
    1966|3 min

    Op Hop - Hop Op est de loin mon film préféré de la collection. Banni par l'ONF à sa sortie en 1966, ce court métrage a été réintégré dans la collection plusieurs mois plus tard, après avoir gagné un prix dans un festival étranger. Gratté à la main sur pellicule 35 mm, ce film me ramène à mes amours pour la peinture expressionniste abstraite en noir et blanc. J’aime particulièrement le travail sur le rythme des flickers (clignotements) en rapport avec les sons bruitistes percussifs de la trame sonore. Op Hop - Hop Op est un film radical, efficace et puissant.

  • Dans le labyrinthe
    1979|21 min

    Exemple emblématique du « cinéma élargi », Dans le labyrinthe avait initialement été conçu pour la salle 3 du pavillon Labyrinthe de l’Exposition universelle de 1967. Ce film était projeté sur 5 écrans avec 5 projecteurs 70 mm (pré-Imax), dans une grande pièce construite sur mesure. Le Labyrinthe est encore mondialement reconnu comme une des installations les plus audacieuses de l’histoire du cinéma. Je conseille d’ailleurs fortement à tout le monde de consulter les plans architecturaux et la documentation photographique de l’événement. Grandiose !

  • Synchromie
    1971|7 min

    Film d’avant-garde majeur, Synchromie est à mes yeux l’aboutissement des expérimentations de McLaren sur le son optique. Dans ce cas précis, ce qui se retrouve à l’image est un refilmage de la composition visuelle que McLaren avait conçue pour la trame sonore du court métrage. Il a composé ici de la musique électronique en dessinant des rectangles de couleur qui ont été traduits en sons par une lecture optique. Une technologie propre au cinéma qui n’a d’ailleurs jamais été utilisée en musique. En d’autres mots, les sons et les images de ce film proviennent exactement de la même source, ce qui permet une synesthésie et une synchronicité entre le son et l’image qui sont tout simplement à couper le souffle.

  • Very Nice, Very Nice
    1961|7 min

    Chef-d’œuvre du cinéma de found footage (cinéma de réemploi), Very Nice, Very Nice est un film de montage et d’association libre entre le son et l’image. Il dépeint le malaise du 20e siècle relatif au progrès et à l’accélération du monde avec un humour et une ironie propres à Lipsett. J’ai choisi ici un seul film de Lipsett, mais je recommande l’œuvre complète.

  • Notre univers
    1960|27 min

    Film fascinant et méditatif sur le fonctionnement de l’univers. Roman Kroitor et Colin Low ont réussi à reproduire des déplacements spatiaux dans les studios de l’ONF en utilisant la photographie, l’animation et des effets spéciaux. Œuvre mythique qui a inspiré Stanley Kubrick pour 2001, l’odyssée de l’espace. Colin Low a même été engagé par Kubrick pour travailler sur son film. Le narrateur de Notre univers, Douglas Rain, a quant à lui fait la voix de l’ordinateur HAL 9000, et Wally Gentleman, qui avait fait les effets optiques de Notre univers, a également travaillé sur les effets optiques de 2001. Autre exemple marquant de la force d’innovation de l’ONF.