Michèle Cournoyer et l'art de la métamorphose

Michèle Cournoyer et l'art de la métamorphose

Lauréate d'un prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques 2017, Michèle Cournoyer signe une œuvre puissante, majoritairement en noir et blanc, qui aborde des thèmes difficiles avec finesse, minimalisme et un sens de l’humour singulier.

Née en 1943 à Saint-Joseph-de-Sorel, Michèle Cournoyer fait des études en arts graphiques, en photographie et en cinéma d’animation. Dans les années 1970, elle réalise plusieurs courts métrages indépendants, dont des films-collages expérimentaux. Elle collabore aussi en tant que décoratrice, directrice artistique, costumière et scénariste à plusieurs films québécois, comme La mort d’un bûcheron (1973) de Gilles Carle et L’arrache-cœur (1979) de Mireille Dansereau.

Lauréate, en 1989, du 9e concours Cinéaste recherché(e) du Studio animation et jeunesse du Programme français de l’ONF, elle signe La basse cour (1992), jeu cruel où la cour d’amour se révèle une basse-cour. Adepte de la technique de la rotoscopie, la cinéaste réalise ensuite Une artiste (1994) pour la prestigieuse série Droits au cœur. Inspiré par l’article 29 de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, ce film fait le portrait d’une fillette habitée par la musique.

Dix ans après le début de sa carrière en animation, Michèle Cournoyer se tourne vers le traditionnel dessin sur papier. Elle réalise ainsi tous ses nouveaux films à l’encre noire ou sépia, dont Le chapeau (1999), exploration troublante sur les agressions sexuelles, Accordéon (2004), sur la relation obscure qu’entretient une femme avec la technologie, Robe de guerre (2008), sur une femme qui porte la guerre en elle, et Soif (2014), sur l’acte de boire sous toutes ses formes. Ce dernier court métrage confirme son énorme talent et sa maîtrise parfaite de l’art des métamorphoses.

Dans la sélection qui suit, vous trouverez l’ensemble des films qu’elle a réalisés à l’ONF ainsi qu’une courte entrevue menée par Denys Desjardins pour la série 61 portraits vivants – Une histoire du cinéma.

  • Une histoire du cinéma : Michèle Cournoyer
    2014|6 min

    Il y a une vie avant l'ONF pour cette artiste formée aux beaux-arts. Dans les années 1970, elle réalise plusieurs courts métrages indépendants, dont certains films-collage expérimentaux. Elle arrive à l'ONF autour de 1990 : ses premiers films font appel à la rotoscopie – cette technique qu'elle affectionne permet de redessiner des mouvements filmés en prises de vue réelles. Un nouveau cycle s'ouvre avec Le chapeau (1999) : Cournoyer plonge dans l'encrier, opte pour le trait noir sur fond blanc, minimaliste. Elle pourchasse la métamorphose jusque dans ses derniers retranchements, avec un thème difficile à traiter, l'inceste. La puissance des métaphores visuelles qu'elle fait s'entrechoquer bouleverse le public. Ce film lui apporte une reconnaissance mondiale. Elle poursuit dans cette veine avec le troublant Accordéon (2004) et Robe de guerre (2008), terrifiant. Ces films sans paroles nous laissent sans voix.

    Cette entrevue fait partie du projet Une histoire du cinéma - 61 portraits vivants.

  • Soif
    2014|8 min

    Voyez le plus récent film de Michèle Cournoyer, experte du morphage à l’encre noire, sur le caractère fluide et enivrant de la soif.

  • Une artiste
    1994|5 min

    Dans ce court métrage d’animation de la cinéaste Michèle Cournoyer, une fillette aime la musique à un point tel qu'elle néglige ses responsabilités domestiques.

  • Accordéon
    2004|6 min

    Visionnez ce film métaphorique et hallucinant dans lequel une femme épouse la technologie, téléchargeant son corps et son âme vers un amant électronique.

  • La basse cour
    1992|5 min

    Court métrage d’animation utilisant la technique de la rotoscopie et racontant l’histoire d’une femme qui reçoit un appel de son amant dans la nuit.

  • Robe de guerre
    2008|5 min

    Court métrage d’animation sur une femme qui porte la guerre en elle. Dans sa tête les soldats avancent, piétinant tout sur leur passage.

  • Le chapeau
    1999|6 min

    Court métrage d’animation dessiné à l'encre noire. D’un trait vif, les images dépouillées se bousculent en une suite de métamorphoses à la fois troublantes et saisissantes : danseuse nue dans un bar, une jeune femme se remémore un moment de sa vie.