L'ONF

L’ONF voit grand et un de ses objectifs représente un défi de taille, le plus marquant des dernières années. Il s’agit de mettre sur pied un centre de consultation offrant au public l’accessibilité à distance à l’impressionnant catalogue de 9 000 titres de l’Office. Sous la direction de Robert Forget et en collaboration avec le Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ), l’équipe chargée de concrétiser cette « utopie » travaille déjà à la conception du robot serveur, maillon essentiel du système. Il faut aussi numériser la collection et la transférer sur vidéodisques, lesquels seront ensuite manipulés par le robot. L’ouverture de ce centre, appelé CinéRobothèque, est prévue pour 1992.

En décembre, le Centre de l’Ontario ouvre ses portes en plein centre-ville de Toronto. Les nouvelles installations comportent un cinéma de répertoire consacré à la vidéo et au film canadiens, un centre de documentation pour les femmes, un guichet « vidéomatique » de location de films de l’ONF, ouvert 24 heures sur 24, et de meilleurs équipements de postproduction pour les cinéastes indépendants, francophones et anglophones.

Parce qu’il croit à l’importance de maintenir un noyau de créateurs, le Programme français engage six cinéastes. Choisis parmi les 368 candidatures reçues à la suite d’un appel de candidatures paru dans les grands quotidiens français du Canada, ces cinéastes seront appelés à travailler au Programme documentaire et entreront en fonction dès le début de septembre 1991.

À une époque où les gens des premiers peuples manifestent de plus en plus le désir de s’exprimer, le Programme anglais, en étroite collaboration avec des cinéastes de ces communautés, inaugure le Studio One, au Centre du Nord-Ouest, à Edmonton. L’installation de ce studio autochtone national s’étalera sur trois ans. Il fournira aux cinéastes amérindiens des possibilités de formation et de perfectionnement, et leur donnera l’occasion de raconter l’histoire de leur peuple. D’après Wil Campbell, producteur autochtone chevronné des Prairies, qui a travaillé étroitement à la création du studio, «(…) la collectivité des premières nations constitue un public très spécial, car elle est souvent hors de portée des moyens de diffusion classiques. Nous allons donc tenter d’élaborer de nouvelles méthodes de distribution pour que les films qui lui sont destinés lui parviennent et, qu’en retour, elle ait son mot à dire sur notre programmation ».

Les cinéastes et leurs œuvres

Le film de Cynthia Scott, The Company of Strangers (Le fabuleux gang des sept) remporte un vif succès au Canada, aux États-Unis et ailleurs à l’étranger. Ovationné au Festival de Venise, il tient l’affiche pendant cinq mois à Toronto et mène une belle carrière sur le marché américain, faisant aussi l’objet de plusieurs télédiffusions dans des stations du réseau PBS. En 1994, le film tiendra durant plus de deux mois l’affiche du prestigieux cinéma Iwanami Hall de Tokyo. Dans son premier long métrage, la réalisatrice abolit la frontière entre le documentaire et la fiction. Bravant le mauvais sort, sept femmes septuagénaires se racontent sans faire de bruit, et pourtant elles crèvent l’écran.

Le dernier long métrage de Giles Walker, Princes in Exile, produit de concert avec Cinepix, en a surpris plus d’un par son regard neuf et honnête sur le sujet des enfants cancéreux. Basé sur une nouvelle de Mark Schreiber, cette fiction raconte le séjour d’un jeune de dix-sept ans dans un camp de vacances pour enfants atteints de cancer. Convaincu qu’il ne vivra pas très longtemps, il veut au moins faire deux choses avant de mourir : publier son journal et perdre sa virginité.

En février, les noms des lauréats de Fictions 16/26 sont dévoilés. Dès le départ, ce programme d’aide à la relève cinématographique a obtenu un grand succès. En effet, pas moins de 533 projets ont été soumis par 109 maisons de production; en sa qualité de producteur, l’ONF en a reçu 112 et en a soumis 6 au jury. Les trois projets retenus par le jury et devant être produits à l’ONF sont La tranchée, Le vendredi de Jeanne Robinson et Le complexe d'Édith. Fictions 16/26, qui a pour objectifs de soutenir l’écriture et la production du court métrage et de redonner popularité et intérêt à cette forme d’expression cinématographique, est une initiative conjointe de l’ONF, de Téléfilm Canada, de la Société générale des industries culturelles – Québec et de Radio-Québec.

Le film d’André Forcier, Une histoire inventée, une coproduction du Groupe Film Téléscène, de Production C.M. Luca et de l’ONF, est sélectionné pour la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes. Bien accueilli par la presse européenne, il est vendu dans plus de dix-sept pays. Il reçoit, en outre, au 14e Festival des Films du Monde de Montréal, le prix Air Canada décerné au film le plus populaire auprès du public et celui attribué au meilleur film canadien.

L’environnement étant une des préoccupations de la population, le Programme français continue de traiter le sujet dans ses films. En collaboration avec l’Agence canadienne de développement international (ACDI), il poursuit le programme Média-Sphère, qui vise à sensibiliser les jeunes à l’interdépendance planétaire. Huit des quatorze films prévus sont déjà réalisés, quatre en français et autant en anglais. Sur le même thème, le Programme a coproduit, avec l’ACDI, le film Cinq siècles après de German Gutiérrez.

Chaque année, plusieurs films de l’ONF font connaître les arts et les artistes, et 1990 ne fait pas exception. Dans Oliver Jones in Africa, le réalisateur Martin Duckworth suit la tournée du célèbre musicien de jazz sur le continent africain, source de son inspiration. Dignitaires, musiciens, enfants lui font la fête tandis qu’il apprend, écoute et ramène une dose massive de musique et de culture au Canada. En sa double qualité de poète et de peintre, Patricia Kathleen Page est la seule artiste canadienne à s’être fait connaître à l’étranger. Le portrait qu’a dressé d’elle Donald Winkler dans Still Waters: The Poetry of P.K. Page, illustre bien cette dualité. Dans Fragments of a Conversation on Language, de Nora Alleyn, un groupe d’écrivaines féministes du Québec et du Canada anglais discutent du sexisme inhérent au langage.

Le Centre de l’Acadie lance, en collaboration avec les Productions du Phare-Est, la série Chroniques de l'Atlantique. Quatre documentaires de 60 minutes sont réalisés sur l’identité acadienne : Le taxi Cormier, Moncton/Acadie, À cheval sur une frontière ainsi que L'âme sœur. Projetés en première au Festival du film de l’Atlantique, ces films ont obtenu un prix spécial de mérite, avant d’être diffusés sur les ondes de Radio-Canada/Atlantique et du réseau national de la société d’État dans le cadre de Visions du monde. Provenant également du Centre de l’Acadie, le documentaire Robichaud rejoindra tous les élèves de la province. En effet, le ministère de l’Éducation du Nouveau-Brunswick a inscrit dans le programme obligatoire des cours d’histoire de 11e année le film qu’Herménégilde Chiasson a consacré à cet Acadien qui fut, de 1960 à 1970, le premier ministre du Nouveau-Brunswick. À travers le portrait de ce grand réformateur, le réalisateur trace les lignes de cette tumultueuse décennie qui a vu cette province devenir véritablement démocratique et résolument moderne.

Creative Process: Norman McLaren (Le génie créateur : Norman McLaren), réalisé par Donald McWilliams, un collaborateur de longue date du cinéaste, conjugue des séquences de films expérimentaux, inédits ou inachevés, trouvés dans la collection privée de McLaren, des scènes de ses films primés, tels Voisins/Neighbours et Pas de deux, ainsi que des entrevues. Présenté en séances spéciales au Festival international de l’animation d’Ottawa et au Festival international du film de Londres, le film a été acheté par la chaîne britannique Channel Four pour être mis au programme de Legends, sa série sur l’animation. Au Canada, le réseau CBC le diffusera au début de 1991, ce qui coïncidera avec le cinquantenaire de la fondation du Studio d’animation par McLaren.

La production la plus exceptionnelle de l’année au Studio d’animation anglaise est To Be réalisée par John Weldon, lauréat d’un Oscar®. Sélectionné pour la compétition officielle du Festival de Cannes, ce film jette un regard provocateur sur la nature de l’identité personnelle.

L'ONF

L’ONF célèbre le double anniversaire des studios d’animation anglais et français créés par Norman McLaren et René Jodoin, respectivement en 1941 et 1966. Plusieurs présentations spéciales et rétrospectives sont offertes, tant au Canada qu’à l’étranger, mettant en relief toute la créativité des cinéastes d’animation de l’Office. Ils ont de l’imagination, du talent, mais surtout, ils réussissent à se servir de leur art pour transmettre des idées et des sentiments, et offrir des perspectives nouvelles dans l’étude des problèmes et des grands questionnements.

Ces anniversaires sont marqués de plusieurs manifestations spéciales, dont une soirée-hommage aux 9es Rendez-vous du cinéma québécois et du Festival d’animation d’Ottawa. Deux prix spéciaux sont décernés à l’ONF en hommage à son cinéma d’animation, le premier par le Festival des Films du Monde de Montréal et le second par la Los Angeles Film Critics Association. Un film produit en cette année anniversaire, Portrait d'un studio d'animation, un documentaire d’Isabelle Turcotte, est une véritable anthologie de l’histoire de ce studio du Programme français.

L’année marque la publication d’un ouvrage d’envergure encyclopédique, Le Répertoire des films de l’ONF – Les productions de l’Office national du film du Canada de 1939 à 1989, qui retrace 50 ans de productions et les replace dans leur contexte historique et social. L’imposant volume de productions fait prendre conscience pour la première fois à nombre de gens de l’ampleur du travail réalisé par l’ONF à titre de producteur public.

Le Programme français participe encore une fois à la Course Europe-Asie, produite par la Société Radio-Canada, en apportant son concours à la sélection et la préparation des candidats et candidates et surtout, en offrant le premier prix, soit un an de réalisation au secteur documentaire du Programme français. Après Catherine Fol et Stéphane Drolet, lauréats des années antérieures, le gagnant de 1991, Denis Villeneuve, pourra y parfaire sa formation. Dans les années suivantes, Philippe Falardeau et Guy Nantel profiteront du même avantage.

Les cinéastes et leurs œuvres

Plusieurs films de fiction remarquables ont été réalisés par des cinéastes de renom. La demoiselle sauvage, de Léa Pool, une coproduction avec Cinémaginaire, a été présenté en compétition officielle au 15e Festival des Films du Monde de Montréal, où il a remporté le prix du meilleur long métrage canadien et celui de la meilleure photographie. Solo, de Paule Baillargeon, produit en partenariat avec Les Producteurs T.V.-Films Associés inc. et en collaboration avec la Société Radio-Canada, a été vu par 1 227 000 téléspectateurs, atteignant ainsi l’un des plus importants auditoires jamais obtenus par une production du Programme français de l’ONF. Montréal vu par..., film à sketches de Denys Arcand, Michel Brault, Atom Egoyan, Jacques Leduc, Léa Pool et Patricia Rozema, une coproduction avec Cinémaginaire et Atlantis Films, a été chaudement salué par la presse, notamment pour la créativité de sa forme et la diversité des regards que les six cinéastes portent sur Montréal.

En ouverture des 9es Rendez-vous du cinéma québécois, on présente Love-moi, de Marcel Simard, une coproduction des Productions du Lundi Matin, des Productions Virage et de l’ONF. Quelques jours plus tard, le jury remarquait ... comme un voleur, de Michel Langlois, et soulignait la performance de la comédienne Andrée Lachapelle en lui remettant le prix Guy-L’Écuyer. Ce film, coproduit avec Les Producteurs T.V.-Films Associés inc. et qui fait partie de la collection des Téléfilms, a ouvert par ailleurs l’événement langage au Musée de la civilisation, à Québec, de même que la Semaine du cinéma québécois à Trois-Rivières.

Le Programme français de l’ONF a rendu hommage à deux hommes qui ont marqué leur temps. Jacques Godbout, dans son film Pour l'amour du stress, raconte la vie du Dr Hans Selye, qui a été le premier à décrire le syndrome du stress. Pour sa part, Alain Chartrand, dans Un homme de parole, a livré de son père Michel un portrait extrêmement apprécié autant des milieux syndicaux que du grand public. En moins de deux mois, une trentaine de visionnages aux quatre coins du Québec ont attiré des milliers de personnes enthousiastes qui n’ont fait qu’un seul reproche au film… celui d’être trop court!

Depuis presque deux décennies, les films faits par des femmes, dont le Studio D s’est fait le chef de file, se sont révélés parmi les plus courus, les plus louangés par la critique et les plus importants de l’ONF. Cette année, la lauréate d’un Oscar® Terre Nash a réalisé La Terre notre mère/Mother Earth, un poème cinématographique composé de douzaines de films de l’ONF qui donnent une vision des choses qui n’avait encore jamais été projetée. Pour sa part, le programme Regards de femmes a permis à deux réalisatrices, dont les œuvres ont déjà été primées dans des festivals, de créer sur un même thème des films de facture complètement différente qui ont été très bien accueillis par le public. Pas d'amitié à moitié, de Diane Létourneau, raconte une histoire de fidélité et de complicité entre des amies de toujours; L'arbre qui dort rêve à ses racines, de Michka Saäl, trace le portrait de deux jeunes femmes en exil, l’une Tunisienne, l’autre Libanaise, qui, à travers les méandres de leur intégration au Canada, tissent entre elles les liens d’une amitié intense. Le Programme fédéral des femmes, qui résulte d’une collaboration entre Regards de femmes du Programme français, le Studio D du Programme anglais ainsi que différents ministères et agences fédéraux, a produit cette année encore des films vivants, actuels et accessibles dans les deux langues, dont When The Day Comes (Des soins sans mesure), réalisé par Sharon Ann McGowan, un film très apprécié par les groupes de soutien auxquels il était destiné.

Avec la série L'Acadie de la mer, coproduite par Les Productions du Phare-Est inc. et l’ONF, les cinéastes Phil Comeau (Au mitan des îles) et Herménégilde Chiasson (Marchand de la mer) explorent la pêche qui délimite les saisons et détermine le mode de vie de plusieurs communautés. Le Centre de production de l’Acadie poursuit ainsi la démarche entreprise avec la série Les chroniques de l'Atlantique qui vise à mieux faire connaître l’identité acadienne par le quotidien des gens. Coproduit avec les Productions du Fado cette fois, Le violon d'Arthur, réalisé par Jean-Pierre Gariépy, raconte un épisode fictif de la vie d’Arthur Le Blanc, violoniste acadien de réputation internationale.

Le Centre de l’Ontario a produit huit des seize films de la série À la recherche de l’homme invisible, la plus importante jamais réalisée au Canada français, à l’extérieur du Québec. Coproduite avec Aquila Productions, elle doit son titre au poète franco-ontarien Patrice Desbiens et trace le portrait d’hommes et de femmes qui ne sont ni des héros, ni des modèles, mais qui contribuent à leur façon à la culture, sans cesse menacée, de l’Ontario francophone. À la recherche de l’homme invisible a été diffusée sur la chaîne de TVO en septembre et le sera plus tard au réseau national de Radio-Canada.

Les jeunes sont une priorité de longue date pour l’ONF et quelques productions ont été pensées spécialement pour eux. Une nouvelle série importante, Grandir, renseigne avec beaucoup de sensibilité les enfants de 9 à 12 ans sur leur corps et la puberté. Quant à Good Things Can Still Happen, il vise à redonner espoir aux jeunes victimes d’agressions sexuelles, en leur parlant d’avenir. A Kind of Family, de Andrew Koster, qui trace le portrait honnête et parfois déconcertant d’un jeune garçon des rues de Winnipeg et de son père adoptif, est un exemple remarquable d’amour gratuit et d’engagement tenu dans des circonstances très difficiles. Les critiques ont été unanimes à le considérer comme un des films les plus troublants de l’année. Le succès remporté par ces productions montre encore une fois que les cinéastes de l’ONF sont respectés partout pour la façon dont ils traitent de questions délicates, en profondeur et avec maturité.

Un autre projet d’envergure est mis sur pied au Studio d’animation du Programme français. Il s’agit de la production de Droits au cœur, une série de courts métrages d’animation qui s’inspire des articles contenus dans la Convention des Nations Unies sur les droits de l’enfant. Le premier volet, entrepris avec la participation de l’Agence canadienne de développement international (ACDI), fera connaître leurs droits aux enfants de 5 à 8 ans. Il comprend 1, 2, 3, Coco, L'orange/The Orange, Papa, Porte à porte/Door to Door, T.V. Tango, Une famille pour Maria/A Family for Maria et Voir le monde/To See the World. Deux autres volets s’ajouteront en 1994 et 1997, pour un total de 21 films.

À souligner également cette année, le film d’animation Cordes/Strings, de Wendy Tilby, pour lequel la cinéaste a utilisé une nouvelle technique de peinture sur verre pour dépeindre la vie dans un immeuble résidentiel anonyme et les relations complexes qui s’y nouent. Le film a remporté le prix Génie du meilleur court métrage à Toronto et le premier prix dans la catégorie court métrage au Festival international d’animation à Ottawa.

Recherche et applications technologiques

Deux innovations de l’ONF sont primées à la Compétition internationale des nouvelles technologies médiatiques, organisée par la revue de l’industrie cinématographique Qui fait quoi.

À New York, au congrès de la Society of Motion Picture and Television Engineers (SMPTE), l’ONF présente une version élaborée du Ciné-texteMD, un système de sous-titrage de film innovateur et peu coûteux, qui a été mis au point sous les auspices du Service de la recherche et du développement technique de l’Office. Alliant la vidéo à l’informatique, il permet de sous-titrer des films sans avoir à toucher à la pellicule ni à modifier le projecteur. Cette version est lancée officiellement en novembre au gala bénéfice de la Cinémathèque québécoise, au cours duquel on présente la version restaurée du classique du cinéma muet Le fantôme de l’Opéra, de 1925.

La deuxième innovation à être primée est le logiciel AniMaîtreMD, utilisé pour la première fois en novembre 1990 pour Divine Fate (Destin divin), du cinéaste Ishu Patel. Il s’agit d’un banc d’animation commandé par ordinateur, qui facilite la définition et l’exécution de fonctions multiples complexes.

Le film Les miroirs du temps, de Jean-Jacques Leduc, un court métrage éducatif sur la fascinante découverte de la mesure du temps, a servi de banc d’essai au logiciel de coloration et de tournage infographique FLIP développé par le Centre de recherche en animatique. La réalisation a donné lieu à une première mondiale : plus de 7 000 dessins ont été transférés en mode numérique et colorés à partir d’une banque de 16 777 216 teintes.

L'ONF

Sous la présidence de la commissaire Joan Pennefather, l’ONF organise une table ronde pour discuter de la situation des femmes dans le milieu du cinéma et de la télévision. Cette table ronde, qui sert de prélude à la 23e Conférence annuelle de l’Institut international des Communications (IIC), a lieu à Montréal les 7 et 8 septembre. Intitulée « C’est une question de genre », elle accueille des femmes de 17 pays et de 5 continents pour échanger sur la situation des femmes dans le milieu du cinéma et de la télévision.

L’ONF reçoit le prix de l’Employeur de l’année, ex æquo avec City-TV de Toronto, de la Canadian Women in Radio and Television (CWRT), décerné à « l’employeur s’étant le plus distingué en ce qui a trait à l’équité en emploi ». Un autre prix, le Ministry to Women Award, est donné à l’ONF par The Unitarian Universalist Women’s Federation « en reconnaissance du rôle unique occupé par le Studio D dans le paysage cinématographique depuis 1974, qui porte à l’écran les préoccupations des femmes et leur permet également de percer dans le milieu du cinéma ».

L’excellence de l’ONF en animation, reconnue dans le monde entier, s’est encore une fois fait remarquer à la sortie en salle, au Canada et aux États-Unis, de Animation Festival, un regroupement des plus récents films produits par les studios d’animation anglaise et française, incluant des classiques comme Jours de plaine, Two Sisters (Entre deux sœurs), George and Rosemary (Georges et Rosemarie), The Big Snit (Le p'tit chaos), Juke-Bar, Blackfly (Mouches noires), The Cat Came Back (Le chat colla...) et Cordes/Strings. Cette compilation a récolté d’innombrables éloges de la part du public et des critiques, tant à New York qu’à Los Angeles, Halifax, Vancouver, Chicago, ainsi que dans des dizaines d’autres villes. Deux des films du regroupement, Blackfly (Mouches noires) et Strings/Cordes ont été sélectionnés pour un Oscar® par l’Académie des arts et des sciences du cinéma, à Los Angeles. Un autre court métrage, en documentaire cette fois, a aussi été nommé pour un Oscar®; il s’agit de The Colours of My Father: A Portrait of Sam Borenstein (Les couleurs de mon père : un portrait de Sam Borenstein), réalisé par sa fille Joyce et coproduit par l’ONF et Imageries P.B. Ltée.

Un prix spécial pour une contribution exceptionnelle a été décerné au Studio d’animation du Programme français et au producteur Yves Leduc par l’Institut de radiotélévision pour enfants à la remise des Prix d’excellence 1992 qui a eu lieu à Montréal.

Les cinéastes et leurs œuvres

Après Urgence/Emergency et Transitions, Colin Low et son collègue Tony Ianzelo innovent à nouveau avec Momentum, le film officiel du Canada pour l’Exposition universelle de Séville. Grâce à une technique IMAXMD inédite de tournage à 48 images/seconde, soit le double de la vitesse normale, le spectateur voit se dérouler sur écran géant les panoramas du Canada ainsi que ses réalisations dans les domaines de l’architecture, des sciences et de la technologie. Ce voyage d’une vingtaine de minutes de l’Atlantique au Pacifique a été vu par près de deux millions de personnes à l’Expo 92, où le film a remporté un prix pour la meilleure qualité technique de l’image au FIAV Large Screen Film Festival tenu sur le site de l’exposition. Il a ensuite été projeté dans plusieurs cinémas IMAXMD au Canada.

La minisérie de fiction en deux parties, The Boys of St. Vincent (Les garçons de Saint-Vincent), coproduite par Les Productions Télé-Action inc. et l’ONF, a beaucoup fait jaser à cause, principalement, de son sujet : l’abus sexuel de jeunes pensionnaires par le frère directeur de l’établissement. Le réseau anglais de Radio-Canada, CBC, a même dû en annuler la télédiffusion à la suite d’une injonction, et ce n’est que quelques mois plus tard qu’elle sera finalement vue par cinq millions de personnes à sa première télédiffusion nationale à ce réseau. La version française, télédiffusée à Radio-Canada, rejoindra un million et demi de personnes à chacune des diffusions. La minisérie remportera le grand prix au Festival de Banff. Aux États-Unis, elle connaîtra un succès retentissant et sera classée parmi les dix meilleurs films de l’année 1994 par les magazines Rolling Stone, Entertainment Weekly et USA Today. En 1995, elle remportera le prix de la meilleure minisérie télévisée décerné par le National Board of Review of Motion Pictures au cours d’une cérémonie à New York, et en 1996, toujours à New York, le prestigieux Peabody Award.

Deux films réalisés par des femmes remportent chacun un prix Génie : Forbidden Love: The Unashamed Stories of Lesbian Lives, produit au Studio D du Programme anglais (meilleur long métrage documentaire) et Le singe bleu, produit par Regards de femmes (meilleur court métrage documentaire). Dans Forbidden Love, les réalisatrices Aerlyn Weissman et Lynne Fernie dressent un portrait du lesbianisme. Le film est projeté dans 48 salles à travers les États-Unis et diffusé sur Channel Four Television en Angleterre. Le singe bleu est le récit autobiographique d’Esther Valiquette qui, atteinte du virus du sida, voulait laisser une trace de son histoire. En 1993, la cinéaste Tahani Rached traitera elle aussi du sida dans Médecins de cœur, mais cette fois du point de vue d’omnipraticiens, de chercheurs, de philosophes et d’humanistes. La cinéaste remportera le Prix OCS Cinéma 1994 de l’Office des communications sociales pour ce film.

Un des événements télévisuels de l’année est la présentation au réseau CBC de The Valour and the Horror (La bravoure et le mépris), une série documentaire remarquable en trois volets. Produite par Galafilm inc. en coproduction avec l’ONF et la CBC, cette série témoigne du très vif intérêt que la population canadienne manifeste encore pour le rôle qu’a joué le Canada dans la Deuxième Guerre mondiale. La première partie traite de la bataille de Hong Kong, l’une des pages les plus sombres de l’histoire militaire canadienne; dans la seconde, des vétérans de l’aviation canadienne racontent leurs expériences; la troisième, sur la bataille de Normandie, met en lumière le courage des hommes qui se sont battus et sont morts pour leur patrie. Les réactions suscitées dans le public à la suite de la télédiffusion de la série sont tellement vives que la commissaire Joan Pennefather doit comparaître devant le sous-comité sénatorial des Affaires des anciens combattants.

Des extraits du film Toward Intimacy (Côté cœur...), sur quatre femmes handicapées qui témoignent de leur vie amoureuse et sexuelle, sont sélectionnés pour faire partie d’un programme spécial de films documentaires présentés par l’Académie des arts et des sciences du cinéma, à Los Angeles.

Le Programme anglais, en coproduction avec Necessary Illusions Productions Inc., s’attarde à la vie et aux idées politiques de Noam Chomsky, linguiste de réputation mondiale, intellectuel et militant politique. Cette analyse des médias de masse est drôle, provocante, à l’image du personnage de Manufacturing Consent: Noam Chomsky and the Media.

Un autre cinéaste reconnu pour ses idées politiques, Jacques Godbout, réalise Le mouton noir, une chronique fascinante établissant un parallèle entre les discours des hommes politiques québécois d’aujourd’hui – Robert Bourassa, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard – et ceux d’hier – Sir Georges-Étienne Cartier, John A. Macdonald, Louis-Joseph Papineau.

Speak It! From the Heart of Black Nova Scotia (Dites-le! Être jeunes et noirs en Nouvelle-Écosse), qui figure au nombre des dix films les plus vendus durant l’année, reçoit le prix Canada à la soirée des Gemini, et fait l’objet d’un envoi spécial commandité par la Direction générale de la participation des citoyens et du multiculturalisme à Patrimoine Canada aux 4 752 écoles secondaires du pays.

Renouant avec l’esprit des films basés sur des légendes inuites qu’il avait faits au cours des années 1970, le cinéaste Co Hoedeman réalise L'ours renifleur/The Sniffing Bear. L’idée du film est venue d’un groupe de détenus amérindiens et inuits de l’institution La Macaza qui voulaient inciter les jeunes à réfléchir sur le tort causé par les drogues, et le scénario a été écrit en collaboration avec les détenus.

L'ONF

Le fait saillant de l’année est sans contredit l’ouverture du tout nouveau Centre ONF Montréal, un projet pilote futuriste aménagé en plein cœur du Montréal intellectuel, touristique, universitaire et cinématographique. L’inauguration officielle a lieu à l’automne en présence de Jean Doré, maire de Montréal, et de Sheila Finestone, ministre du Multiculturalisme et de la Citoyenneté. Un grand nombre de personnes visitent les installations durant les quatre journées de l’opération « portes ouvertes ». Le Centre comprend une salle de cinéma, un vidéothéâtre, un vidéoclub et une CinéRobothèque. Avec son aspect futuriste, la CinéRobothèque intéresse beaucoup le milieu et fait l’objet d’un grand nombre de reportages, tant dans les journaux qu’à la télévision. La compagnie Kodak Canada lui attribue le prix Livernois destiné à souligner l’aspect novateur, créatif et de leadership de cette entreprise dans le monde de l’imagerie. La collection intégrale de l’Office y sera conservée sur disques laser et les films pourront être vus dans des modules de visionnage d’avant-garde. À l’ouverture, quelques centaines de films étaient déjà emmagasinés sur disques et accessibles à la clientèle, laquelle est desservie par un robot répondant sur-le-champ aux choix effectués sur un écran tactile. Cette technologie constitue l’attraction et le cœur de cette médiathèque. En collaboration avec des organismes tels que le Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ), l’ONF a rendu techniquement possible le fait de consulter instantanément n’importe quel film de sa collection, d’en faire une copie vidéo ou de le visionner sur place. Avec la réalisation de ce projet-pilote, l’Office attend le moment où les techniques de la fibre optique, du téléphone et du satellite permettront l’accès direct à distance à sa banque d’informations sur le film et aux films eux-mêmes.

Mon oncle Antoine et Discours de bienvenue de Norman McLaren/Opening Speech: McLaren inaugurent l’événement Les cinémas du Canada, un programme en cinq cycles (Québec, Ontario, Prairies, côte Ouest et Atlantique) présenté pendant quatre mois au Centre Georges-Pompidou à Paris. Les films de l’ONF occupent 40 % du temps écran global de l’événement, dont l’Office a réalisé la bande-annonce. Norman McLaren est aussi à l’honneur en Belgique, en France et au Luxembourg, où on présente une rétrospective-hommage de ses œuvres.

Le film Aces: A Story of the First Air War (Les as du ciel - Chronique de la première guerre des airs), de Raoul Fox, est lancé à Ottawa pour souligner le 75e anniversaire de la signature de l’Armistice. Ce film est un hommage aux 10 000 aviateurs canadiens qui ont combattu en Europe pendant la Première Guerre mondiale.

En juin, l’ONF dévoile son nouveau symbole animé qui à l’avenir sera accolé à toutes les productions de l’Office. Le concept du symbole animé a été choisi par voie de concours parmi les cinéastes de l’ONF. Produit par Yves Leduc et le Studio d’animation du Programme français, ce court film de huit secondes est une réalisation de Zabelle Côté, jeune cinéaste dont le film Porte à porte/Door to Door, de la collection Droits au cœur, a déjà rapporté à son auteure deux prix prestigieux du monde de l’infographie. L’animation en images de synthèse 3D est signée Georges Mauro, infographiste spécialisé depuis de nombreuses années dans l’utilisation du logiciel montréalais Softimage. Quant à la trame sonore, elle est l’œuvre du tandem Ginette Bellavance-Daniel Toussaint, auquel on doit plusieurs musiques de films de l’ONF, dont La basse cour/A Feather Tale. Le fameux « petit bonhomme vert » représentant l’œil de la caméra, symbole de l’ONF rendu célèbre dans tout le pays et partout dans le monde, demeure la figure centrale du logo de l’Office, mais revêt dans cette nouvelle animation une mosaïque de significations que le public aura plaisir à découvrir au fil des projections.

Une statuette d’or est remise à l’ONF au 23rd International Educational Film Festival, à Téhéran « pour souligner le travail exceptionnel accompli dans la production de films éducatifs et en guise de reconnaissance pour en avoir présenté quelques-uns au Festival ».

Deux films sont primés au Festival de films pour enfants, à Berlin en Allemagne : le Prix spécial UNICEF du meilleur court métrage est remis à L'orange/The Orange, de Diane Chartrand, alors que le jury enfants décerne une mention spéciale à Lord of the Sky (Le maître du ciel), de Eugen Spaleny et Ludmila Zeman.

Les cinéastes et leurs œuvres

L’ONF ne produit presque plus de longs métrages de fiction de façon autonome. Le seul à être lancé cette année est Doublures, réalisé par Michel Murray, sur l’histoire d’un homme dans la trentaine qui a de la difficulté à s’affirmer. En revanche, l’Office poursuit son association avec des producteurs du secteur indépendant, et trois films sont issus de ce partenariat : Cap Tourmente, de Michel Langlois (Corporation de développement et de production ACPAV inc./ONF) parle d’une famille tissée serrée qui s’entre-déchire passionnément; Matusalem (Films Vision 4/ONF), est une aventure fantaisiste de Roger Cantin; Le sexe des étoiles (Les Productions Constellation inc./ONF), de la réalisatrice Paule Baillargeon, raconte le dilemme d’une fillette de douze ans dont le père est transsexuel.

Le film Kanehsatake 270 Years of Resistance (Kanehsatake - 270 ans de résistance), tourné par Alanis Obomsawin durant les 78 jours qu’elle a passés derrière les barricades pendant la crise d’Oka de juillet 1990, reçoit plusieurs prix dont celui du meilleur film canadien au Festival of Festivals de Toronto; c’est le premier documentaire à remporter ce prix. Il est acclamé et primé dans divers autres festivals, de Whakatane (Nouvelle-Zélande) à Nyon (Suisse). Nippon TV, dont l’auditoire moyen est de 23 millions de téléspectateurs, en fait l’acquisition. En février 1994, la Canadian Native Arts Foundation présentera à Alanis Obomsawin un National Aboriginal Achievement Award. Elle recevra également le titre de réalisatrice de l’année à la remise annuelle des Outstanding Achievement Awards de l’Association des femmes en radiotélévision (TWIFT).

Un film coup de cœur, Les fiancés de la tour Eiffel, remporte le Grand prix du public au Festival international du cinéma en Abitibi-Témiscamingue et le prix du meilleur documentaire social à Hot Docs, organisé par le Caucus canadien de la vidéo et du cinéma indépendants. Qui sont ces fiancés? De jeunes handicapés mentaux que Gilles Blais a suivis tout au long de la préparation d’une pièce de théâtre, qu’ils iront présenter au Festival européen des artistes handicapés mentaux à Figeac, en France.

Un film crève-cœur, par contre, For Angela (Pour Angela...), est inspiré d’un fait réel : la tenue de propos racistes à l’endroit d’une jeune Amérindienne et de sa mère. L’incident, en apparence anodin, a pourtant des conséquences désastreuses sur la fillette. Racontée par Nancy Trites Botkin et Daniel Prouty, cette touchante histoire remportera le prix Canada 1995 décerné par l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision.

Le cinéaste Gary Marcuse et trois éducateurs des premières nations développent une compilation unique de versions éducatives de documentaires produits par l’ONF et traitant de réalités autochtones. Intitulée First Nations, the Circle Unbroken, cette compilation deviendra la production la plus vendue de l’ONF dans le marché de l’éducation.

La série Constructing Reality: Exploring Media Issues in Documentary est une anthologie vidéo destinée aux écoles secondaires. Réalisée par David Adkin, elle comprend six vidéocassettes de films complets ou d’extraits de documentaires produits par l’ONF ou par le secteur indépendant, auxquels du tournage original en anglais a été ajouté. La série, qui explore des thèmes propres au documentaire comme le cinéma direct, est accompagnée d’un guide pédagogique pour l’enseignement.

Le film Out: Stories of Lesbian and Gay Youth, de David Adkin, soulève l’enthousiasme dans plusieurs festivals nationaux et internationaux, dont celui de Berlin, ainsi qu’au International Lesbian and Gay Film Festival de San Francisco.

Le dernier film de Donna Read, Full Circle, complète la trilogie sur les femmes et la spiritualité, les deux premiers étant Goddess Remembered (Sur les traces de la déesse) produit en 1989 et The Burning Times (Le temps des bûchers) en 1990. Dans ce documentaire, des professeurs, des activistes, des féministes explorent les différentes facettes de la spiritualité des femmes d’aujourd’hui. La religion est aussi au centre de la série God’s Dominion qui comprend quatre volets : By the World of God relate l’expérience d’une jeune femme qui provoque beaucoup de réactions lorsqu’elle décide de joindre les rangs des juifs orthodoxes; In the Name of the Father questionne les positions de l’Église catholique auxquelles, selon certains, il y aurait lieu d’apporter des changements; Shepherds to the Flock se penche sur la division qui existe à l’Église unie du Canada depuis le vote de 1988, visant à accepter que des ministres gais et lesbiennes soient ordonnés; God’s Dominion – Spiritual Seekers raconte la quête du Dr George Lewis qui, comme plusieurs autres, veut découvrir comment un individu peut vivre en dehors du christianisme traditionnel.

L’art de la danse a souvent fait l’objet de tournage à l’ONF, mais cette fois, c’est à un phénomène assez inusité que s’attarde The Making of a Dancer (Le jeune homme et la danse) coproduit par Les Productions Grand Nord Québec inc., Lenfilm Studios Diapazon et l’ONF. Ce film de Douglas Jackson présente Stéphane Léonard, un jeune ouvrier québécois qui n’avait jamais assisté à un ballet jusqu’à quatre ans avant que le hasard le fasse découvrir par un professeur de ballet d’origine russe. Après un an et demi de travail intensif, il s’est retrouvé à l’Académie de ballet Vaganova de Saint-Pétersbourg, où Nijinski, Noureïev et Baryshnikov ont été formés. Une vraie histoire comme on en trouve habituellement juste dans les livres.

Un autre artiste, enfant prodige cette fois, André Mathieu : musicien, s’est retrouvé à seize ans au faîte de la gloire avant de tomber complètement dans l’oubli. Le réalisateur Jean-Claude Labrecque a cherché à savoir pourquoi. Quelques années plus tard, en 2005, le pianiste Alain Lefèvre fera paraître un Hommage à André Mathieu qui comprend, entre autres œuvres, le Concerto de Québec de cet artiste de génie.

La série Femmes et travail parle d’abord de Question d'équilibre quand on troque le 9 à 5 pour des horaires et des lieux de travail qui permettent de mieux vivre. Les adolescentes peuvent aussi Se donner des «elles» quand elles rencontrent des femmes passionnées par leur travail de scientifiques. Celles qui possèdent et gèrent leur propre entreprise racontent leur histoire et leurs expériences dans Les affaires au féminin, alors que d’autres doivent encore franchir plusieurs obstacles avant d’obtenir une place équitable sur le marché du travail dans Le plafond de verre. Un endroit où les femmes jouent un rôle important, c’est bien dans les hôpitaux. Nurses Care montre, en cinq épisodes, la réalité vécue par les infirmières dans les différentes branches de la profession et dans diverses régions du pays. Qu’il s’agisse de santé publique, de pratique dans un hôpital universitaire, de travail au département de la maternité ou dans une aile pédiatrique, cette série couvre tous les aspects de ce travail si indispensable dans le système de santé.

Mais il y a aussi les femmes prisonnières, celles qui sont enfermées À double tour pour avoir commis des délits et qui, derrière les barreaux, parlent à Marie Cadieux de leur enfance, de leur famille, de leur milieu. Un autre documentaire, de la cinéaste Barbara Doran cette fois, replace dans leur contexte les drames personnels de trois femmes victimes de violence conjugale. When Women Kill (Ces femmes qui tuent), c’est l’histoire de celles qui ont commis l’irréparable parce qu’elles n’avaient aucun autre choix pour se défendre, puisque ni la société, ni la police ni la Cour ne les protégeaient.

L'ONF

Avec l’évolution fulgurante de la production audiovisuelle, l’arrivée de l’autoroute électronique et la multiplication des canaux, l’ONF adapte sa façon de produire et de distribuer ses films et autres produits audiovisuels aux nouvelles technologies. La création de la CinéRobothèque, en collaboration avec Vidéotron Télécom, permet d’expérimenter le premier prototype de CinéRoute pour distribuer à distance et sur demande des signaux analogiques audio et vidéo par fibre optique dans trois universités du Québec : l’Université McGill et l’Université du Québec à Montréal, l’Université du Québec à Chicoutimi. Les nouveaux supports comme le CD-ROM sont aussi utilisés pour la production de matériel destiné au milieu de l’éducation et au grand public. Les films de l’ONF sont largement diffusés sur les nouveaux canaux spécialisés, qui se prêtent tout à fait au genre de cinéma produit à l’Office et aux sujets traités dans les documentaires qui visent à susciter des débats de société.

L’ONF comparaît devant le Comité permanent du Patrimoine canadien qui procède à une étude sur la convergence satellite-câble-téléphonie, les développements technologiques et l’autoroute électronique, afin d’y émettre son opinion sur l’autoroute électronique et sur les conséquences qu’auront ces nouvelles technologies sur l’institution, le secteur de l’audiovisuel canadien et le secteur culturel en général.

Le 6 juin, l’Office participe de plusieurs façons au 50e anniversaire du Jour J, au Canada comme à l’étranger. Un extrait du film Fields of Sacrifice (Champs d'honneur), de Donald Brittain, est présenté à un dîner bénéfice au Guildhall de Londres, lequel réunissait plus de 450 dignitaires et anciens combattants. Plusieurs films de l’ONF sont au programme de Against the Odds, une rétrospective de films canadiens sur les deux guerres mondiales présentée à la Maison du Canada, dont Bye Bye Blues, un long métrage réalisé en coproduction avec l’ONF et qui avait remporté trois prix Génie en 1989. Des affiches produites par l’Office durant la Deuxième Guerre mondiale pour les séries Le monde en actionn (World in Action) et En avant Canada (Canada Carries On) font partie de l’exposition The Art of War présentée à la galerie de la Maison du Canada par la Direction des affaires culturelles du Haut-commissariat du Canada. La série The Valour and the Horror (La bravoure et le mépris), gagnante d’un prix Gemini en 1993, est diffusée à une heure de grande écoute sur Channel Four. Le bureau de Londres conclut également une entente de distribution sur le marché vidéo consommateur avec Aces: A Story of the First Air War (Les as du ciel - Chronique de la première guerre des airs).

Un montage des 55 ans de productions de l’ONF intitulé Lieux en scène/Sites in Sight est présenté par la commissaire Joan Pennefather à l’Auditorium des Archives nationales au symposium intitulé « Les Lieux de la mémoire/The Places of History », événement soulignant le 75e anniversaire de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada.

Seize membres du personnel de l’Office reçoivent la médaille commémorant le 125e anniversaire de la Confédération, distinction honorifique soulignant l’apport unique, le dévouement et la ténacité dont ces personnes ont fait preuve dans leur travail au sein de la Fonction publique du Canada.

Pour souligner le 20e anniversaire du Centre de l’Acadie, 40 films produits au cours des années sont réunis dans une série de 26 émissions télédiffusées sur les ondes de la plupart des chaînes communautaires du Nouveau-Brunswick, de l’Île-du-Prince-Édouard et de la Nouvelle-Écosse. Les festivités coïncident avec le premier Congrès mondial acadien qui a lieu dans neuf villes du Nouveau-Brunswick, et dans le cadre duquel a lieu le lancement du film De retour pour de bon, de Bettie Arseneault, ainsi qu’un mini-festival de cinéma acadien.

L’Académie des arts et des sciences du cinéma de Los Angeles décerne à l’ONF une plaque Emmy dans la catégorie Meilleure réalisation dans le développement de l’ingénierie. Ce prix souligne la conception et la création de DigiSyncMD, le compteur de métrage numérique permettant l’affichage numérique en pieds/images, images ou temps.

La Commission des droits de la personne de la Nouvelle-Écosse remet un prix à l’ONF pour avoir fait avancer cette cause dans ses films et pour son appui indéfectible aux programmes de sensibilisation du public.

Le scénariste-réalisateur-producteur Floyd Elliott reçoit le prix d’initiative AMTEC 1994 de l’Association des médias et de la technologie en éducation au Canada pour l’ensemble de sa carrière, durant laquelle il a pris part à la production de plus de 500 films destinés au milieu de l’éducation et dont plusieurs, Perspectives in Science entre autres, ont remporté des prix.

Joan Pennefather quitte l’ONF en décembre, après 17 années de service, dont les 6 dernières à titre de commissaire du gouvernement à la cinématographie et présidente.

Les cinéastes et leurs œuvres

Huit longs métrages de fiction ont vu le jour durant l’année, dont six en coproduction avec le secteur indépendant : Cadillac Girls (Overdrive Motion Pictures Inc./ONF), For the Moment (John Aaron Productions Inc./ONF), Mon amie Max (Les Productions du Verseau inc./Les Productions Lazennec/ONF), Mouvements du désir (Cinémaginaire inc./Catpics Coproductions/ONF), Octobre (Corporation de développement et de production ACPAV inc./ONF), Le secret de Jérôme (Ciné-Groupe inc./Citadel Films Limited/ONF) et La vie d'un héros (Les Productions La Fête inc./ONF). L’ONF a produit entièrement Rêve aveugle et La fête des rois.

Le film The Lucky Ones: Allied Airmen and Buchenwald, de Michael Allder, attire un auditoire de 723 000 personnes à sa télédiffusion à l’émission Witness au réseau CBC, un record pour ce créneau, surtout à la fin de l’été. The Lucky Ones est ensuite présenté à l’ambassade canadienne à Washington, en avant-première à sa diffusion sur le réseau Arts and Entertainment. L’International Documentary Association parle de ce film comme d’un fait saillant de sa deuxième conférence et publie à la une de son numéro d’octobre une photo tirée de ce documentaire.

Le Biodôme, une des principales attractions touristiques de Montréal, a été créé de toutes pièces par une jeune équipe scientifique multidisciplinaire que Bernard Gosselin a suivi de près pour le tournage de L'arche de verre. Le film aide à comprendre l’ampleur du défi que ces spécialistes ont su relever pour réussir à créer ce microcosme de divers écosystèmes de la planète.

Pierre Perrault fait preuve d’une patience infinie pour tourner Cornouailles. En effet, c’est durant 120 jours, à quelques kilomètres du pôle Nord, qu’il a attendu l’affrontement de deux bœufs musqués qui entreront finalement en lutte. Le cinéaste voulait faire de ce film une métaphore de la constitution d’un pays, et il a réussi à créer un extraordinaire récit poétique.

Pas facile d’avoir un bébé à 16 ans! C’est ce qu’expérimentent trois jeunes filmées durant leur grossesse et après l’accouchement de leur Bébé bonheur. Après la télédiffusion à Radio-Canada de ce film de Jeanine Gagné, l’ONF a utilisé Internet pour la première fois pour un clavardage en direct avec la réalisatrice, une sociologue, une protagoniste du film et une comédienne, Lucie Laurier, qui a eu un enfant à l’adolescence.

Rick Zakowich pèse 400 livres, et il s’est donné le défi d’en perdre 220. Pas facile, comme on peut le constater dans Fat Chance, du réalisateur Jeffrey McKay. Ce film a remporté le prestigieux George Foster Peabody pour accomplissement important et méritoire à la remise des Peabody Awards à New York, le 8 mai. C’est la première fois que l’ONF reçoit un Peabody. Avant même cet événement mémorable, Fat Chance avait été acclamé par le public aux diffusions sur TVOntario et CBC Newsworld. Dans le cas de la diffusion sur Newsworld, le film a attiré le plus grand auditoire jamais eu dans la catégorie de premiers montages. Fat Chance a ensuite été remonté sous le titre A Matter of Fat (Qui perd gagne) par William Weintraub et diffusé sur le canal Arts and Entertainment aux États-Unis.

Michel Régnier s’est rendu en Bolivie, à La Paz, où Isidora au creux des Andes et ses compagnes travaillent d’arrache-pied pour bâtir un avenir à leurs enfants. Ce film faisait suite à Aymaras de toujours, également tourné en Bolivie l’année précédente, avec des Indiens vivant sur les rives du grand lac Titicaca, qui tentent de ressusciter une technique ancestrale d’irrigation et de drainage de leurs terres. Cinéaste du monde, Michel Régnier s’est ensuite retrouvé en Bosnie-Herzégovine, où la guerre a fait beaucoup de victimes. Il a rencontré sept femmes qui lui ont parlé avec courage et dignité des pénuries, du quotidien difficile, de leur avenir menacé. Elles s'appellent toutes Sarajevo est un touchant documentaire sur la souffrance humaine durant les conflits. C’est ensuite au Cambodge que Michel Régnier se rendra, en 1995, pour parler de Thân, dans la guerre invisible, cette femme qui était enceinte de son cinquième enfant lorsqu’elle a marché sur une mine enfouie devant chez elle et a dû être amputée. Sur les 100 millions de mines antipersonnel installées dans le monde, 7 à 8 millions sont dispersées aux quatre coins du Cambodge, où la guerre a décimé le tiers du peuple.

Sarajevo, printemps 1993. Alors que la guerre entre chrétiens et musulmans fait rage, un jeune couple tombe sous les balles, en plein milieu d’un pont de Sarajevo, alors qu’il tentait de fuir la ville. Elle est musulmane, il est chrétien. La presse internationale les surnomme « Roméo et Juliette », une version 20e siècle du drame de Shakespeare. Romeo and Juliet in Sarajevo est leur histoire, racontée par John Zaritsky, une coproduction de l’ONF et de K.A. Productions Inc.

La série The Tibetan Book of the Dead (Le livre des morts tibétain), composée des films A Way of Life (Un mode de vie) et The Great Liberation (La grande libération), a été tournée au cœur de l’Himalaya, dans le royaume du Tibet occidental. Elle montre comment s’y perpétuent les enseignements du grand maître indien Padmasambhava, auteur du guide pour le mourant Le livre des morts tibétain. La version japonaise de la série a été diffusée à deux reprises au réseau NHK au Japon. Des auditoires de 16 millions de personnes et de 23 millions de personnes respectivement pour chacune des deux parties étaient au rendez-vous, un nombre record pour cette chaîne.

Dans la série Droits au coeur - Volet 2, films d’animation sur la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, la cinéaste Michèle Cournoyer a réalisé un petit chef-d’œuvre avec Une artiste/An Artist, qui illustre bien le fait que chaque enfant devrait pouvoir développer pleinement ses dons. Ce film gagnera plusieurs prix dont le Prix Québec-Alberta en 1995 pour l’innovation et le Prix spécial pour sa beauté esthétique, son originalité et son innovation au Festival international d’animation d’Hiroshima, au Japon, en 1996.

L'ONF

En février, à l’occasion du dépôt de son budget, le gouvernement fédéral informe l’ONF, de même que Téléfilm Canada et la Société Radio-Canada que leur mandat sera redéfini en cours d’année. Un comité spécial composé de MM. Pierre Juneau et Peter Herrndorf ainsi que de Mme Catherine Murray est formé pour étudier la mission de chacune des trois institutions. Le rapport de ce comité sera déposé le 31 janvier 1996. Tout en appuyant le rôle de l’Office en tant que producteur public, il suggérera notamment d’en rationaliser les activités afin de mettre l’accent sur la production, de susciter le renouvellement de cette production et de privilégier la télévision comme canal de distribution.

En avril, Sandra M. Macdonald entre en fonction comme commissaire du gouvernement à la cinématographie et présidente de l’ONF. Elle est la treizième personne à occuper ce poste depuis la création de l’Office en 1939. Dans son message publié dans le Rapport annuel, elle mentionne : « Dans les annales de l’ONF, l’année 1995-1996 sera considérée comme un point tournant de son histoire. Nous avons réagi aux restrictions monétaires et au réaménagement des priorités en engageant du personnel de tous les niveaux dans un processus complet d’examen et de rationalisation. Nous nous sommes mis d’accord sur la nécessité d’amener des idées et des personnes nouvelles dans nos secteurs de production, d’améliorer et d’intégrer de façon numérique nos activités filmiques et d’accroître l’efficacité de nos systèmes de distribution. Nous avons aussi révisé tous nos processus internes de fonctionnement et pris des décisions qui devraient réduire notre infrastructure administrative de 50 %. En fin de compte, nous avons restructuré l’ONF de façon à faire face au nouveau millénaire et, conséquemment, à donner une valeur renouvelée à notre mandat principal, la production et la distribution d’œuvres audiovisuelles. »

Le Studio D est en vedette à Hollywood à l’occasion de son 20e anniversaire. La Cinémathèque américaine, l’International Documentary Association, en collaboration avec le consulat général du Canada, présentent huit films parmi les plus marquants du Studio : Forbidden Love: The Unashamed Stories of Lesbian Lives, The Burning Times (Le temps des bûchers), Half the Kingdom, Not a Love Story: A Film About Pornography (C'est surtout pas de l'amour - Un film sur la pornographie), After the Montreal Massacre, From the Shore, If You Love This Planet (Si cette planète vous tient à coeur) et Flamenco at 5:15 (Flamenco à 5 h 15).

Bob’s Birthday (L'anniversaire de Bob), de Alison Snowden et David Fine, coproduit par Snowden Fine Animation et l’ONF pour Channel Four Television, remporte l’Oscar® du meilleur court métrage d’animation. Pour l’ONF, il s’agit de la 60e sélection à Hollywood, du 10e Oscar® remporté par l’organisme, du 5e attribué pour un film d’animation et du 89e prix de l’année.

Un des films du Volet 2 de la série Droits au cœur, Ex-enfant/Ex-child, réalisé par Jacques Drouin, remporte le prix de l’UNICEF au 20e Festival international du film d’animation à Annecy, en France. Au même festival, le film Bob’s Birthday (L'anniversaire de Bob) remporte le prix du meilleur court métrage d’animation, alors que Divine Fate (Destin divin), du cinéaste Ishu Patel, fait l’objet d’une mention spéciale pour la qualité de son message.

Les cinéastes et leurs œuvres

L’ONF souligne de plusieurs façons le centenaire du cinéma, entre autres par la production du film Le jardin oublié – la vie et l’œuvre d’Alice Guy-Blaché, réalisé par Marquise Lepage. Ce film fait l’objet d’une tournée dans les différentes villes canadiennes à l’automne et il remportera le prix Gémeaux du meilleur documentaire d’auteur en 1996. Le Programme français s’associe également aux festivités par la production de trois des onze bandes hommage au cinéma québécois, la coproduction d’un coffret intitulé Maurice Blackburn Filmusique/Filmopéra, et la collaboration avec le Musée de Pointe-à-Callière pour la mise sur pied d’une exposition retraçant les premières expériences de cinéma à Montréal, l’évolution du cinéma au Québec et le rôle particulier joué par l’ONF. Le film d’André Gladu, La conquête du grand écran, y est présenté. Le Programme français apporte aussi un soutien technique à la Cinémathèque québécoise pour l’exposition Lumière sur la projection présentée au Musée national des sciences et de la technologie.

Au Centre ONF Montréal, on célèbre le centenaire avec Cinéma, Cinéma, des projections des premiers films muets accompagnés au piano et datant de l’époque d’Alice Guy-Blaché aux visions virtuelles et aux films d’animation sur ordinateur des années1990. Le Centre de l’Ontario présente un programme éclectique de films, en commençant par neuf courts métrages sur l’amour à la mode des années 1990. La fête comprend également des longs métrages, dont le chef-d’œuvre de Claude Jutra Mon oncle Antoine, Mourir à tue-tête d’Anne Claire Poirier, Manufacturing Consent – Noam Chomsky and the Media de Peter Wintonick et Mark Achbar, The Company of Strangers (Le fabuleux gang des sept) de Cynthia Scott et Nobody Waved Good-bye (Départ sans adieux) de Don Owen.

Pour souligner le centenaire du cinéma, la Société canadienne des Postes émet une série de dix timbres-poste, dont trois commémorent des classiques de l’ONF : Hen Hop, de Norman McLaren, réalisé en 1942; Pour la suite du monde, de Pierre Perrault et de Michel Brault, sorti en 1963; et Mon oncle Antoine, le chef-d’œuvre de Claude Jutra, réalisé en 1971. Dans la foulée, le cinéaste Pierre Perrault reçoit un doctorat honoris causa de l’Université Lumière, à Lyon, en même temps que Andrzej Wajda et Carlos Saura. La terre natale de John Grierson reconnaît les contributions du cinéaste aux 100 ans du cinéma en dévoilant une plaque en son honneur dans le foyer du MacRoberts Arts Centre à l’université de Stirling, dans la ville du même nom, en Écosse. On peut y lire : John Grierson (1898-1972), pioneer of the documentary film, founder of the National Film Board of Canada (pionnier du cinéma documentaire, fondateur de l’Office national du film du Canada).

À l’occasion du Festival du film et de la vidéo autochtones de Montréal, le Programme français lance le concours « Cinéastes autochtones ». Parmi les douze candidatures reçues, on retient celle de Joséphine Bacon. Le stage en réalisation donnera à cette Montagnaise originaire de Betsiamites l’occasion de réaliser un premier film documentaire, Tshishe Mishtikuashisht - Le petit grand Européen : Johan Beetz, sur ce jeune aristocrate belge qui, au tournant du siècle, après que sa fiancée soit morte subitement, débarque sur la Côte-Nord du Québec. Passionné de nature, de chasse et de pêche, il fera l’élevage des renards et apprendra aux Autochtones à ne plus troquer leurs peaux contre une bouchée de pain.

Alors que l’Europe était encore plongée dans les ténèbres, le peuple des Mayas pratiquait la cosmographie, avait inventé ce qui demeure encore aujourd’hui le seul système d’écriture indigène aux Amériques, avait accumulé une somme impressionnante de connaissances mathématiques et s’adonnait à la computation du temps. Le nouveau film IMAXMD coproduit par l’ONF, le Musée canadien des civilisations et l’Institut mexicain du film, Mystery of the Maya (Le mystère des Mayas), lève le voile sur ce monde qui niche au plus profond des jungles du Mexique et du Guatemala. Le film est projeté en grande première au Musée canadien des civilisations à Hull, avant d’être lancé aux États-Unis, où il est largement applaudi à un festival de films IMAXMD en septembre.

La série Protection Force (comprenant Caught in the Crossfire, The Price of Duty et In God’s Command), réalisée par Garth Pritchard, connaît une année chargée en commençant par la sortie, en avril, de The Padre (une version de In God’s Command) à l’émission Man Alive, sur le réseau CBC. Plus tard au printemps, 2000 soldats et invités assistent à la première de Caught in the Crossfire et The Price of Duty à Calgary. Ces films sont également télédiffusés sur le réseau national CBC au cours de l’année. La couverture par la presse est très élogieuse et comprend une longue entrevue à l’émission Morningside à la radio de CBC. Pour couronner le tout, The Price of Duty se voit décerner trois grands prix au cours du Alberta Film and Television Awards, en mars 1996 : meilleure production du festival, meilleur documentaire de plus de 30 minutes et meilleure réalisation de documentaire.

Avec la sortie de Baseball Girls, de Lois Siegel, l’ONF fait savoir aux amateurs de sport que la place de la femme est au marbre ainsi qu’au premier, au deuxième et au troisième but. Après avoir été présenté au Festival des Films du Monde de Montréal, le film fait une tournée qui débute par une soirée-bénéfice à Toronto et se poursuit dans les cinémas de l’ONF et par des séances dans des salles communautaires jusqu’à Vancouver. La réaction chaleureuse de la presse et de l’auditoire lui vaut l’engagement de le présenter au Village des athlètes aux Jeux olympiques de 1996 à Atlanta, en Georgie.

Les films acadiens font un malheur cette année. Les cinéastes Monique LeBlanc et Herménégilde Chiasson sont responsables de films fort prisés du public, tels que Les années noires (Chiasson), L'Acadie retrouvée (Chiasson), et Le lien acadien (The Acadian Connection) (LeBlanc). Les deux premiers titres sont présentés en première à la télévision et le film L’Acadie retrouvée est télédiffusé aux Beaux-Dimanches de Radio-Canada au mois d’août. La première mondiale du film Le lien acadien (The Acadian Connection) a lieu le mois suivant au Festival international des films franco-acadiens à Moncton. Les trois productions seront présentées en mars 1996 au Festival du film acadien de Toronto, une initiative des Centres de l’Acadie et de l’Ontario-Ouest du Programme français de l’ONF. Le Festival rend hommage à une autre cinéaste acadienne, Ginette Pellerin, en présentant trois de ses films.

La diffusion des films

Entre 40 000 et 50 000 personnes se délectent des programmes d’animation classique de l’ONF à l’Exposition nationale canadienne tenue à Toronto, en août et septembre. Deux programmes populaires sont présentés en alternance chaque jour et mettent en vedette des titres fort appréciés comme (Canada vignettes : la valse du maître draveur), Le p'tit chaos, L'ours renifleur/The Sniffing Bear et Le chandail. Le hall de l’exposition abrite un kiosque où les visiteurs peuvent assister à des ateliers quotidiens d’animation.

En septembre, les cinémas Famous Players projettent le film Blackfly (Mouches noires) au Québec et en Ontario, et le film Cactus Swing à l’extérieur du Canada central. En décembre, Famous Players inverse les projections : Cactus Swing se retrouve au Canada central et les Mouches noires volent ailleurs. Près de 400 000 personnes ont ainsi la chance de voir ces dynamiques productions.

L’ONF se fait remarquer en Chine en septembre, tout d’abord par la projection de deux de ses documentaires à la quatrième conférence de l’ONU sur la femme tenue à Beijing. Puis, à l’ambassade du Canada, la productrice exécutive du Studio D, Ginny Stikeman, présente Who’s Counting? Marilyn Waring on Sex, Lies and Global Economics, de Terre Nash, et Motherland: Tales of Wonder, de Helene Klodawsky. Les personnes qui assistent au Forum des ONG sur la femme, à Huairou, peuvent voir Vienna Tribunal, de Gerry Rogers.

The NFB: 30 Years in B.C., une série hebdomadaire de dix émissions soulignant le 30e anniversaire du Centre du Pacifique, est diffusée sur le réseau Knowledge à compter du 16 octobre. D’une durée d’une heure, ces émissions présentent des films produits par le Centre depuis les 30 dernières années ainsi que des entrevues avec plusieurs de ses cinéastes. Le 18 décembre, un spécial de deux heures intitulé Art’s Edge, rend hommage à la diversité de la production du Centre et à l’impact de celui-ci sur la communauté artistique de la Colombie-Britannique.

L'ONF

Le Comité d’examen des mandats, composé de MM. Pierre Juneau et Peter Herrndorf et de Mme Catherine Murray, publie, le 31 janvier 1996, son rapport tant attendu sur l’ONF, la Société Radio-Canada et Téléfilm Canada. Le rapport contient un appui sans équivoque au mandat de l’ONF ainsi que la reconnaissance de son engagement indéfectible envers la production de films à caractère social aussi bien qu’envers la production régionale. Il contient également un certain nombre de recommandations précises sur les moyens à prendre pour en arriver à fonctionner avec une structure rationalisée et plus souple. Ces recommandations sont, entre autres : l’amélioration des méthodes de distribution afin de mieux cibler la clientèle; le réaménagement de la production, incluant le déménagement à Toronto de la direction du Programme anglais; la réduction du nombre de cinéastes maison; l’augmentation des coproductions et le déménagement du bureau central dans des locaux plus petits au centre-ville de Montréal.

L’ONF fait connaître ses plans de restructuration le 12 février 1996. Les plans font suite à un examen approfondi des opérations mené par la direction de l’ONF, son personnel et des conseillers extérieurs qui tiennent compte du rapport du comité d’examen des mandats et d’une réduction anticipée du crédit parlementaire de l’ordre de 20 millions de dollars sur trois ans. Par contre, deux points du rapport ne sont pas retenus dans le plan de restructuration, soit l’idée de déménager le bureau central au centre-ville de Montréal et le transfert de la direction du Programme anglais à Toronto. Le bureau central demeure donc dans les locaux du chemin de la Côte-de-Liesse.

Le 14 mars 1996, le conseil d’administration approuve un plan de restructuration complet. Prévu comme document provisoire visant à faire face aux réductions du crédit parlementaire tout en pourvoyant aux améliorations technologiques requises pour la production de l’ONF, le plan de transformation s’attache à conserver à l’organisme son niveau de production actuel. Tous les centres régionaux resteront en place et la production sera divisée selon les genres plutôt qu’en studios spécialisés, mais l’ONF encourage le recours aux cinéastes pigistes plutôt que de conserver des cinéastes maison. En dehors du cadre de l’aide au cinéma indépendant, l’Office ne produira plus de fiction. La réduction des frais généraux aboutira à la vente des infrastructures techniques et à la fermeture d’une grande partie des locaux du bureau central, notamment le laboratoire et le plateau de tournage. Les coûts non reliés à la production seront réduits de moitié et le conseil exige que les services de mise en marché et de distribution recouvrent leurs frais.

De façon globale, l’ONF réduira son personnel permanent en abolissant environ 180 postes au cours des deux prochains exercices financiers. Le personnel de Montréal, réparti dans deux édifices, sera relogé dans un seul, l’édifice Norman-McLaren sur Côte-de-Liesse.

Les cinémathèques d’Ottawa et de Toronto fermeront le 30 août et les clients devront commander par téléphone au numéro sans frais 1-800 ou par l’entremise de bibliothèques publiques. La programmation prendra fin le 31 mars dans les trois cinémas de l’ONF à Winnipeg, à Montréal et à Toronto. Ces installations pourront être louées en autant qu’elles recouvrent leurs frais. Même le nouveau Centre ONF Montréal est menacé de fermeture en 1998 à moins que l’Office ne trouve un partenaire prêt à en partager les coûts d’exploitation. Dans le cas contraire, le Centre fermera et les opérations de la CinéRobothèque seront déménagées au bureau central.

Dans ce climat difficile, les cinéastes et les productions de l’Office continuent néanmoins à recevoir la reconnaissance du public et du milieu. Plusieurs prix d’importance sont attribués par l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision : le Génie du meilleur long métrage documentaire est décerné à The Champagne Safari de George Ungar, alors que le long métrage de Mort Ransen, Margaret’s Museum, produit avec la participation du Centre Atlantique de l’ONF, décroche pour sa part six Génies. Un film de John Walker, Place of the Boss: Utshimassits, produit par le Centre de l’Atlantique en coproduction avec John Walker Productions et Triad Films, obtient le Prix Donald-Brittain du meilleur documentaire, et The Mind of a Child, de Gary Marcuse, produit par Face To Face Media en coproduction avec le Centre du Pacifique, se voit attribuer le prix Canada par la même Académie.

Colin Low, cinéaste chevronné de l’ONF, est fait Membre de l’Ordre du Canada au cours d’une cérémonie se déroulant à Ottawa le 15 février, une reconnaissance hautement méritée pour l’extraordinaire contribution du cinéaste à l’art cinématographique canadien et mondial. Au cours de ses 51 années à l’emploi de l’ONF, Colin Low a exercé une très grande influence sur les formes actuelles et nouvelles du cinéma, du documentaire à l’écran géant.

En novembre, Les Journées cinématographiques d’Orléans rendent hommage à Pierre Perrault. Plusieurs de ses films sont projetés en présence de cinéastes aussi célèbres que Bertrand Tavernier et Michael Lonsdale, qui participent aux échanges qui suivent la présentation. À Paris, le Musée du Jeu de Paume présente également une rétrospective Pierre Perrault.

En décembre, l’œuvre du cinéaste Jacques Giraldeau est reconnue par l’attribution du prix Albert-Tessier à la remise des Prix du Québec. Retraité de l’Office, il a produit au cours de sa carrière 165 courts, moyens et longs métrages, la plupart durant son passage à l’ONF.

Le travail exemplaire de l’Office pour conserver, archiver et cataloguer les milliers de films de sa collection lui ont valu le prestigieux Preservation and Scholarship Award, décerné par l’lnternational Documentary Association (IDA). La commissaire Sandra Macdonald, accompagnée du cinéaste Colin Low, a reçu le prix pour l’ONF, au cours d’un gala tenu le 1er novembre, à Santa Monica, en Californie. L’IDA, dont le siège social est à Los Angeles, regroupe environ 1 500 membres de partout dans le monde.

Reconnu depuis longtemps comme un centre d’innovations et de réalisations technologiques, l’ONF accroît encore sa réputation et son service au public en lançant son site Internet, lequel comprend 78 sections et quelque 120 000 pages Web. L’intérêt est au rendez-vous : dès l’automne 1996, le site reçoit la visite de 3 000 personnes en moyenne par jour (ce chiffre passera à 9 000 en octobre 2000) et remporte le Grand Prix Boomerang dans la catégorie Site Internet institutionnel, lors d’une journée sur l’interactivité organisée par Les Éditions Info Presse, en collaboration avec Vidéotron, Apple et Québécor Multimédia.

Les cinéastes et leurs œuvres

Cette année, l’ONF a participé à deux émissions de télévision spéciales réalisées dans les deux langues, un événement exceptionnel. Référendum - Prise 2/Take Two, une production née de l’effort commun de 23 réalisateurs des Programmes français et anglais, dont le coordonnateur était le cinéaste Stéphane Drolet, a été présenté a la chaîne anglaise de la SRC/CBC, le 27 octobre, et à Canal D, le 29. Une semaine auparavant, l’ONF avait organisé une projection du film au Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa devant une foule enthousiaste. Certains des réalisateurs étaient présents en compagnie des deux producteurs Adam Symansky et Jacques Vallée. Les deux films ont été lancés un an après le Référendum québécois de 1995 tenu au Québec, où la population s’était prononcée sur le statut du Québec en tant que pays distinct. La production a reçu le Prix du multiculturalisme à la remise annuelle des prix Gémeaux décernés par l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision.

Un autre projet commun aux deux Programmes, qui a aussi connu beaucoup de succès, est la présentation à la télévision de Les enfants d'abord! et Children First!, produits par l’ONF, en association avec UNICEF (Canada), Reader’s Digest Canada et la SRC/CBC. Ces films ont été diffusés à l’échelle nationale, le 15 décembre – jour désigné par l’UNICEF comme la Journée internationale de la radio et de la télévision en faveur des enfants – sur les chaînes anglaise et française de Radio-Canada. L’émission marquait également le 50e anniversaire de l’UNICEF.

Louangé par la critique, Tu as crié LET ME GO, le dernier film réalisé par Anne Claire Poirier à l’ONF, tient l’affiche de plusieurs cinémas de Québec et de la région de Montréal. Le sujet n’est pas facile, puisqu’il traite des événements entourant la mort violente de sa fille Yanne, jeune toxicomane assassinée en octobre 1992. En mars 1997, le film remportera une Mention spéciale du jury de l’Association des femmes journalistes au Festival international de films de femmes à Créteil, en France. En décembre, l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision lui décernera le prix Génie du meilleur long métrage documentaire, et en février 1998, il recevra le prix du meilleur long métrage aux Rendez-vous du cinéma québécois décerné conjointement par l’Association québécoise des critiques de cinéma (AQCC) et la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC).

Deux films du Programme documentaire – Ontario, Project Grizzly, de Peter Lynch, et The Powder Room, d’Ann Kennard, remportent tellement de succès auprès du public qu’on doit les garder en salle plus longtemps que prévu. Au Programme français, Le sort de l'Amérique, de Jacques Godbout, et La plante humaine, de Pierre Hébert, premier long métrage d’animation produit par l’ONF, sont aussi favorablement accueillis au Québec et en France. Aux Hot Docs du Caucus canadien de la vidéo et du cinéma indépendants, Jacques Godbout reçoit le prix du meilleur réalisateur, alors qu’aux Rendez-vous du cinéma québécois, Pierre Hébert remporte le prix AQCC-SODEC du meilleur long métrage.

Toutatis, un film de la réalisatrice Catherine Fol, remporte le Prix du ministère de la Culture et des Communications décerné au meilleur film scientifique québécois présenté dans le cadre du Festival Téléscience. Ce moyen métrage documentaire combine des images virtuelles et de fascinants témoignages sur le destin de la planète. Premier d’une trilogie, il sera suivi en 2000 du film Le lien cosmique, qui divulgue les nouvelles connaissances concernant l’origine de la vie sur Terre et, en 2003, de Ceci n'est pas Einstein, dans lequel l’explication de l’univers se présente comme une entreprise jamais achevée. Ce film remportera le Prix Jeunes ainsi que le Prix spécial du jury au Festival international du film scientifique à Orsay, en France, en avril 2004.

Du point de vue du nombre et de la diversité des récompenses, Lodela l’emporte haut la main cette année. Très bien accueilli partout où il est présenté, ce clin d’œil de Philippe Baylaucq à Pas de deux de Norman McLaren, a remporté les prix suivants : Mention spéciale du jury et prix John-Spotton du meilleur court métrage canadien au Festival international du film de Toronto; Prix d’excellence du meilleur film ou de la meilleure vidéo de moins de 60 minutes au Festival du film de l’Atlantique; Prix de la meilleure chorégraphie pour la caméra au Moving Pictures Festival de Toronto; Prix du meilleur film canadien au Festival international du film sur l’art de Montréal; Prix du meilleur court métrage, aux Hot Docs; Prix de la meilleure photographie au Festival international des arts visuels (Mediawave), à Györ en Hongrie.

À l’été, le Programme anglais lance le Programme de cinéma autochtone grâce auquel les cinéastes autochtones des quatre coins du pays peuvent proposer des idées de film ou de vidéo à produire ou à coproduire. Entre temps, René Siouï Labelle devenait le deuxième réalisateur choisi dans le cadre de Cinéaste autochtone, un programme mis sur pied par le Programme français en 1995, qui permet chaque année à un nouveau réalisateur de se perfectionner et de produire le documentaire décrit dans son dossier d’inscription au concours. René Sioui Labelle réalise donc Kanata : l'héritage des enfants d'Aataentsic.

En animation, Dîner intime/Dinner for Two, de Janet Perlman, obtient le Grand Prix des Amériques du meilleur court métrage au Festival des films du Monde de Montréal; en 1997, il remportera le prix équivalent au Festival du film de Berlin, en Allemagne. Le cinéaste d’animation Richard Condie a terminé son opéra-comique, La Salla, au Centre des Prairies, à temps pour la saison des festivals d’automne. Il a pu voir l’enthousiasme pour son film grandir jusqu’au mois de février, moment où il a été sélectionné pour un Oscar®, la 61e nomination pour l’ONF.

Après la présence de l’Office au petit et au grand écran, ses percées dans le monde des multimédias sont aussi remarquables. En décembre, le Programme anglais franchit un nouveau pas de géant en ajoutant au site de l’Office un site pour enfants <http://www.nfb.ca/kids>, dont l’attraction principale est The Prince and I, une production interactive amusante, qui vise à faciliter l’apprentissage de la lecture. Le Programme français a commencé à préparer la version française, Le prince et moi, dont le lancement est prévu pour l’automne 1997.

La diffusion des films

Dans le cadre d’une entente avec les cinémas Famous Players, et en collaboration avec plusieurs distributeurs de longs métrages, des cinémas canadiens présentent les films d’animation How Dinosaurs Learned to Fly (Le vol des dinosaures), de Munro Ferguson, (avec Mission: Impossible); How Wings Are Attached to the Backs of Angels (Comment les ailes sont attachées au dos des anges), de Craig Welch, (avec Crash); La Salla, de Richard Condie (61e nomination pour un Oscar® pour l’ONF) (avec Secrets and Lies, Shine et Marvin’s Room); The Cat Came Back (Le chat colla...), de Cordell Barker (avec Jungle 2 Jungle).

En septembre, le Centre de l’Ontario du Programme anglais ouvre les célébrations de son 20e anniversaire par une série de 13 émissions hebdomadaires sur TVOntario. Intitulée NFB Showcase, la série présente le jeudi soir certains des meilleurs documentaires et films de fiction réalisés pendant les deux premières décennies du Centre.

L'ONF

C’est la troisième année d’un exercice de compressions budgétaires, et l’Office doit encore fonctionner avec un crédit parlementaire amputé d’environ 28 %. Malgré tout, le nombre de productions a été maintenu grâce aux économies administratives. En fait, des études comparatives effectuées par l’ONF indiquent que la part du budget d’un documentaire de l’Office consacrée aux frais généraux, soit les coûts qui n’apparaissent pas à l’écran, est habituellement inférieure à celle d’une production semblable du secteur privé financée par des fonds publics.

Le 22 janvier, le bureau de l’ONF à Paris participe à l’inauguration officielle du Centre culturel canadien dans la capitale française, en présence du premier ministre Jean Chrétien, de la commissaire Sandra Macdonald, et de représentants de plusieurs organismes à vocation culturelle.

Quelques mois plus tard, en juin, le premier ministre Chrétien met l’ONF en vedette lorsqu’il présente en première la nouvelle interprétation du O Canada à un dîner officiel donné en l’honneur de la reine Élizabeth. La bande sonore est un arrangement musical de Claude Desjardins et Éric Robertson joué par un orchestre de 57 instruments. Le film a été produit en collaboration avec le ministère du Patrimoine canadien et plusieurs autres ministères et organismes, y compris le Cabinet du premier ministre.

L’un des cinéastes les plus réputés de l’ONF, Colin Low, devient, en décembre, le premier anglophone à recevoir le prix Albert-Tessier, l’un des prix du Québec décernés annuellement. Ce prix prestigieux reconnaît la carrière exceptionnelle de Colin Low en cinéma d’animation et documentaire et salue son rôle dans l’élaboration du concept d’écran géant IMAXMD. Colin Low avait officiellement mis fin à 52 ans de service à l’ONF, en prenant sa retraite en novembre.

Les cinéastes et leurs œuvres

C’est la deuxième année d’existence de l’Aboriginal Filmmaking Program et le Programme anglais lance deux nouveaux films du Studio One entrepris l’année précédente, Forgotten Warriors (Guerriers oubliés) et No Turning Back (Pas question de retourner en arrière). Le film de Loretta Todd dénonce le sort injuste réservé aux anciens combattants autochtones de la Deuxième Guerre mondiale. Alors qu’on offrait aux soldats canadiens d’acheter des terres à prix très bas, les combattants autochtones retournaient chez eux où, dans bien des cas, leurs terres avaient été saisies pour les donner à des non-Autochtones. Dans No Turning Back, Gregory Coyes suit la Commission royale sur les peuples autochtones et entremêle les voix passionnées des Amérindiens, des Inuits et des Métis à l’histoire de leurs relations avec le Canada.

Au cours de sa carrière, le cinéaste Maurice Bulbulian a tourné plusieurs films dans les communautés autochtones et il a su gagner leur respect et leur confiance. Cette fois, avec ses Chroniques de Nitinaht, il raconte le long cheminement d’un peuple qui tente de guérir des blessures causées par la violence sexuelle à l’égard des enfants. Il a accompagné la démarche des Ditidahts du village de Nitinaht Lake en Colombie-Britannique, qui a duré près de sept ans, après qu’un aîné de la communauté ait été reconnu coupable d’agressions sexuelles sur sa petite-fille. À travers leurs récits, les Ditidahts dénoncent les conséquences dévastatrices du système des internats, alors qu’ils avaient été arrachés à leurs familles et forcés de vivre dans des écoles où il leur était interdit de parler leur langue ou de suivre leurs traditions. En 1999, Maurice Bulbulian recevra le prestigieux prix Chalmers du meilleur film ou vidéo pour Les chroniques de Nitinaht.

Le cinéaste Gil Cardinal connaît bien lui aussi les problèmes vécus dans les communautés autochtones, où l’alcool et la drogue font souvent des ravages. C’est le sujet de David with F.A.S., l’histoire d’un jeune Amérindien de 21 ans qui souffre de dommages cérébraux occasionnés par la consommation d’alcool de sa mère pendant sa grossesse. Le syndrome d’alcoolisation fœtale (Fetal Alcohol Syndrome – F.A.S.) peut causer de la confusion, de l’irritabilité et une inaptitude à réaliser les conséquences de ses gestes.

L’ONF et OXFAM-Canada ont souligné ensemble la Journée internationale de la femme en lançant dans six villes canadiennes le long métrage Zandile, dans la lumière de l'ubuntu, de Michel Régnier, un portrait de Zulu Zandile Gumede, surnommée « l’âme d’Amaoti ». Amaoti est un immense faubourg de Durban, la troisième ville en importance d’Afrique du Sud. Zandile soutient les femmes dans les luttes contre l’ignorance, la violence, le sexisme et autres maux sociaux.

En Yougoslavie, on estime que le viol a été utilisé comme arme de guerre contre des milliers de filles et de femmes. Rape: A Crime of War, réalisé pour l’ONF par Shelly Saywell, fait prendre conscience au spectateur des répercussions sur la vie de toutes celles qui ont vécu l’horreur et l’humiliation de ce type d’agression. Le film a reçu un prix spécial du jury au Festival de télévision de Banff pour « sa dénonciation du crime qu’est le viol en temps de guerre ».

Comment fait-on pour s’entendre quand on a tout pour s’entre-déchirer? C’est la question qu’a posée Tahani Rached à Quatre femmes d'Égypte qui ont osé y répondre. Ces quatre amies sont habitées par l’amour du pays, mais chacune adopte des moyens singulièrement différents. Musulmane, chrétienne ou indépendante de toute pratique religieuse, leurs choix sont aux antipodes, allant d’un État laïque ou socialiste à un État islamiste. Ce film touchant a remporté le Prix du public et le Prix du meilleur film documentaire aux Rencontres internationales du film documentaire à Odivelas, au Portugal, ainsi que le Prix du public et le Prix du meilleur documentaire au Arab Screen Independent Film Festival à Londres, en Angleterre. Il sera aussi présenté au Festival du film de Berlin en 1998.

À une époque où près de trois millions de Canadiens sont devenus malgré eux des aidants naturels auprès d’une personne proche victime de maladie chronique, la série Caregivers est tout à fait d’actualité. Le réalisateur Dan Curtis rend hommage à ces gens dont la contribution à la société n’est pas souvent reconnue à sa juste valeur. Et pourtant, avec le vieillissement de la population, le sujet suscite questionnement et réflexion. Les cinq films de la série sont accompagnés d’un guide préparé par le London InterCommunity Health Centre.

Une partie de la population canadienne moins bien connue est celle des premières femmes chinoises à avoir immigré au pays et des générations qui leur ont succédé. Cela prenait du courage à une femme pour laisser derrière elle sa famille, en sachant qu’elle ne la reverrait pas ou, dans d’autres cas, pour quitter son pays et venir marier un homme qu’elle n’avait jamais rencontré auparavant. Dora Nipp, dont le grand-père est arrivé au Canada en 1881 pour travailler à la construction du chemin de fer, raconte l’histoire touchante de ces femmes dans Under the Willow Tree: Pioneer Chinese Women in Canada.

Un film qui n’a de chinois que le nom du mets, Pâté chinois, est une fable de Philippe Falardeau qui bouscule les stéréotypes, un road movie à l’humour ravageur qui suit les traces de l’immigration chinoise au Canada. D’un océan à l’autre, il raconte les épisodes sombres de l’histoire de cette communauté et prouve que, peu importe où l’on va, il y a toujours un restaurant chinois!

Le Musée canadien des civilisations de Hull, au Québec, était tout indiqué pour la première, le 5 novembre, de Lost Over Burma: Search for Closure (Disparus en Birmanie : la fin d'une mission), un hommage émouvant de Garth Pritchard au courage de six aviateurs canadiens disparus au cours d’une mission humanitaire pendant la Deuxième Guerre mondiale. Organisé par Anciens Combattants Canada, l’événement a attiré plus de 400 personnes, notamment les familles des aviateurs décédés, des membres de l’équipe de sauvetage, des anciens combattants et des membres de l’équipe de tournage.

La diffusion des films

Cinéma, cinéma Prise 1, une collection de 25 des titres les plus populaires du Programme français, dont des classiques comme J.A. Martin photographe et Mourir à tue-tête, ainsi que des plus récents comme Une vie comme rivière et Le sort de l'Amérique, rapporte des ventes formidables grâce à une entente avec Vidéoglobe. Environ une centaine de clubs vidéo et une cinquantaine de librairies ont placé la collection dans leurs points de vente partout au Québec.

À l’automne, le Programme français, en collaboration avec des partenaires des secteurs culturel, municipal et éducatif, lance les Week-ends de l’ONF. Le projet vise à faire connaître la production de l’année et à établir un contact direct entre l’ONF et les publics qui n’auraient peut-être pas la chance autrement de voir ces films et d’en discuter. Dans de nombreux cas, les cinéastes ou d’autres personnes-ressources participent aux échanges qui suivent la projection. Les films des Week-ends seront présentés d’abord au Cinéma ONF, à Montréal, pour ensuite prendre la route et s’arrêter dans les villes de Québec, Chicoutimi, Trois-Rivières, Ottawa, Sherbrooke et Rimouski.

Le 17 octobre marque l’entrée en ondes de plusieurs nouvelles chaînes de télévision spécialisées. L’ONF travaille avec certains de ces nouveaux services, dont History qui, la journée de son inauguration, présente en première une importante nouvelle série de l’ONF, The Way We Were. Il s’agit de 68 périodes d’une demi-heure de films puisés à même la collection de l’ONF, et qui rappellent des moments ordinaires et extraordinaires des années 1940, 1950 et 1960. Les 34 premiers épisodes sont diffusés pendant la saison 1997-1998 et les autres le seront en 1998-1999.

Les ventes à l’extérieur du Canada touchent le milieu de l’enseignement. En France, le ministère de l’Éducation nationale a acheté 2 000 copies de Mon corps, c'est mon corps afin d’en déposer au moins une dans chaque vidéothèque scolaire. D’autres ventes de ce genre sont prévues en France et dans le reste de l’Europe.

L'ONF

Dans le plan de restructuration adopté en 1996, à la suite de la diminution du crédit parlementaire, un des objectifs de l’ONF était de réduire le plus possible les frais généraux pour consacrer la plus grande part du budget à la productions de films donnant une voix à des gens qu’on entend peu : les peuples autochtones, les gens issus de minorités visibles ou de diverses origines ethniques, et ceux qui vivent dans des régions éloignées du pays. Un autre élément important était que ces films soient produits avec de nouveaux talents, par des cinéastes pigistes ou en utilisant des formes expérimentales.

Si on regarde le bilan de l’année financière 1998-1999, on peut dire que l’Office a tenu promesse. En effet, 85 % des films produits par le Programme anglais et 79 % du Programme français ont été réalisés par des cinéastes pigistes. Quant au cinéma de la diversité, les membres des communautés culturelles du pays ont eu droit à des séances de formation en production. Au cours des trois dernières années, l’Aboriginal Filmmaking Program a lancé la production de 21 films, dont 11 sont terminés, alors que 4 en sont aux dernières étapes de la postproduction, les 6 derniers devant être achevés au cours de la prochaine année.

Au cours du gala des Gemini, récompensant les meilleures émissions de télévision canadiennes de langue anglaise, The Road Taken, de Selwyn Jacob, a reçu le prix Canada qui « honore l’émission de télévision qui reflète le mieux la diversité multiethnique au pays, tout en respectant les plus hautes normes d’excellence ». Le film de Jacob est la plus récente des quatre productions ou coproductions de l’ONF à avoir remporté le prix Canada ou son équivalent à la soirée des Gémeaux (le prix du Multiculturalisme) depuis 1994.

L’ONF a aussi reçu sa 63e nomination aux Oscars® de l’Académie des arts et des sciences du cinéma pour Sunrise Over Tiananmen Square, l’autobiographie visuelle d’un artiste qui a grandi en Chine pendant les bouleversements historiques des années 1960, 1970 et 1980. Par un riche collage regroupant dessins originaux et photos de famille et d’archives, le réalisateur Shui-Bo Wang, dont c’est le premier film, offre un point de vue personnel sur les turbulences de la révolution culturelle et les années qui ont suivi. Le film recevra plusieurs prix, dont celui du meilleur court métrage documentaire au festival Hot Docs à Toronto et le prix Gemini du meilleur documentaire dans la catégorie histoire/biographie décerné par l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision. Pour l’ONF, cette reconnaissance prouve que sa préoccupation de donner la parole à de nouveaux cinéastes et à des Canadiens récemment arrivés au pays est absolument valable, puisqu’elle permet de faire éclore des talents qui n’auraient pu s’épanouir autrement.

Le prix Albert-Tessier, la plus haute distinction accordée par le gouvernement du Québec dans le domaine du cinéma, est attribué pour la troisième année consécutive à un réalisateur de l’ONF, Georges Dufaux.

Les cinéastes et leurs œuvres

La mi-janvier a été marquée par un nouveau lancement à l’échelle nationale des copies anglaise et française restaurées du classique canadien, Mon oncle Antoine. Le Southern Film Circuit, un projet du Festival international du film de Toronto, a collaboré avec l’ONF à la tournée pancanadienne de ce magnifique film de Claude Jutra. Les cinéphiles qui l’ont revu ont apprécié le retour de cet « oncle préféré », qui s’est arrêté à Montréal, Toronto, Québec, Ottawa, Vancouver, Victoria, Winnipeg et Halifax.

Plusieurs mois avant les Jeux olympiques de Nagano, au Japon, la réalisatrice Lyn Wright avait suivi les progrès de l’équipe canadienne féminine de hockey et elle avait tourné des moments intimes et révélateurs avec plusieurs joueuses. Elle avait aussi filmé la quatrième victoire de l’équipe au Championnat du monde, une épreuve difficile contre les rivales américaines. Cela avait donné le documentaire The Game of Her Life, diffusé à la CBC juste avant le début des Jeux. Voulant mettre le film à jour, Lyn Wright a suivi l’équipe à Nagano et tourné du métrage pendant les parties, de même que les dernières réflexions des joueuses lorsqu’elles ont remporté la médaille d’argent, laissant l’or aux Américaines. La nouvelle version du film a connu un véritable triomphe.

En sport toujours, Hitman Hart: Wrestling with Shadows brosse un tableau remarquable de l’étoile la plus célèbre de la lutte professionnelle, Bret « The Hitman » Hart, qui doit mener le combat de sa vie. Mais l’heure est à la trahison. S’immisçant dans le cirque de l’univers des lutteurs, Paul Jay retrace l’année qui a précédé l’affrontement fatidique à Montréal. Résultat : un tableau vivant sur un remarquable clan de lutteurs et le compte rendu dramatique de la pire duperie jamais vue dans l’histoire pittoresque de ce sport.

Le 4 avril 1957, Herbert Norman, ambassadeur du Canada en Égypte, se donne la mort en se jetant du haut d’un édifice au Caire. Dans le film The Man Who Might Have Been: An Inquiry into the Life and Death of Herbert Norman (L'Homme qui aurait pu être - Une enquête sur la vie et la mort de Herbert Norman), John Kramer ramène le spectateur au plus fort de la guerre froide, quand la seule accusation de sympathiser avec les communistes suffisait à détruire une carrière. Au cours de l’ascension fulgurante qui a précédé sa dégringolade, Norman a croisé les plus grandes personnalités de son époque : Lester B. Pearson, diplomate canadien lauréat du prix Nobel, J. Edgar Hoover, directeur du FBI, le général Douglas MacArthur et le charismatique Gamel Abdul Nasser, chef de l’État égyptien.

Dans un tout autre registre, Show Girls (Les girls) est une célébration de la scène de jazz noire et de ses rythmes endiablés, dans le Montréal permissif des années 1920 aux années 1960. Trois femmes qui dansaient dans les légendaires boîtes de nuit de l’époque – le Rockhead’s Paradise, The Terminal et le Café St-Michel – racontent les souvenirs impérissables qu’elles gardent de leur vie au cœur d’une ville où le jazz occupait une place importante.

Au neuvième étage du magasin Eaton, au centre-ville de Montréal, la salle à manger inspirée de celle d’un paquebot transatlantique a traversé les époques. Dans ce restaurant Art déco à peine modifié depuis son ouverture en 1931, Catherine Martin a rencontré Les dames du 9e, qui y travaillent depuis des décennies, perpétuant la longue tradition d’un service impeccable. Aux Rendez-vous du cinéma québécois, en février 1999, le film a reçu le prix de l’Association québécoise des critiques de cinéma et de Téléfilm Canada du meilleur moyen métrage documentaire.

Le 11 novembre, Jour de l’Armistice, de nombreux petits Canadiens anglais lisent ou récitent par cœur des strophes du célèbre poème In Flanders Fields, de Robert Duncan, un hommage aux soldats canadiens morts en Belgique durant la Première Guerre mondiale. John McCrae’s War: In Flanders Fields retrace la vie du Dr McCrae, depuis son enfance à Guelph, en Ontario, jusqu’aux champs de bataille, où il a écrit ces vers mémorables. Le 9 novembre, à Ottawa, le visionnage du film a marqué le début de la Semaine des anciens combattants.

Le Programme français rend hommage à ses cinéastes avec la toute nouvelle Collection Mémoire, dont chaque édition contiendra l’ensemble des œuvres d’un cinéaste, ainsi que des entrevues, du matériel d’accompagnement, bref, tout ce qui fait partie de l’historique de création de l’artiste. Les deux premières réalisatrices à faire l’objet d’une telle démarche sont deux pionnières du studio d’animation, Suzanne Gervais et Francine Desbiens. Celle-ci vient tout juste de terminer Mon enfant, ma terre/My Child, My Land, un film choc sur les mines antipersonnel, qui dénonce le fait que des milliers d’êtres humains sont annuellement blessés ou tués par cette arme barbare. Plusieurs autres coffrets s’ajouteront à la collection Mémoire, ceux consacrés à René Jodoin et à Pierre Perrault en 1999, à Gilles Groulx en 2002, à Denys Arcand en 2004, à Michel Brault et Anne Claire Poirier en 2005 et à Pierre Hébert en 2007.

Le studio d’Animation du Programme français convoque les jeunes à une grande aventure scientifique. Avec sa série Une minute de science, s.v.p.!, 26 amusantes capsules portant chacune sur un phénomène différent, elle introduit toutes sortes de notions qui vont de la force et des mouvements au magnétisme et à l’électricité, du son et de la lumière à la matière et aux produits chimiques. Les trois capsules déjà terminées sont La force de l'eau, Le souffle du vent et La roue contre la friction. La glace glisse et Le monde merveilleux de la couleur seront complétées sous peu, et seront suivies de onze autres en 2000 et des dix dernières de la série en 2001.

En 1997 et 1998, les jeunes anglophones avaient déjà bénéficié des grands enseignements scientifiques de How Do They…??, série produite en animation au Programme anglais, et avaient donc déjà des réponses aux questions telles que Comment fait-on pour... tresser la corde? ou pour... entrelacer le grillage des clôtures?, ou encore pour... faire les chips? et même pour... remplir le centre des chocolats? Eh bien, en 1999, la nouvelle série How Do They…?? poursuivra leur éducation avec Comment fait-on pour... frapper la monnaie?, fabriquer les biscuits à l'avoine, recycler le papier et recycler l'acier. Toutes choses parfaitement utiles dans la vie!

Le cinéaste Co Hoedeman a choisi, lui, de s’adresser aux tout-petits avec l’histoire de l’ourson Ludovic racontée en quatre films absolument charmants. Le premier de la série, Ludovic - Une poupée dans la neige, parle de la relation qui unit les enfants à leur jouet favori, sur une musique enveloppante de Daniel Lavoie. Ludovic reviendra ensuite avec Un crocodile dans mon jardin, avant d’aller passer Des vacances chez grand-papa et de découvrir peu après Un vent de magie. L’ourson Ludovic a conquis jeunes et grands, la preuve étant les nombreux prix remportés par chacun des films. Une poupée dans la neige a reçu de l’Alliance pour l’enfant et la télévision le Grand prix de la meilleure émission ainsi que le Prix du jeune public au Festival du court métrage pour jeune public, qui a eu lieu à Stains, en France, en avril 1999. Fait à remarquer, deux autres films de la série, Des vacances chez grand-papa et Un crocodile dans mon jardin, ont aussi reçu ce Prix du jeune public à Stains. Ludovic se retrouvera sur Internet dans une section du site <onf.ca>, avec un jeu interactif particulièrement apprécié. En 1999, Co Hoedeman recevra le prix Klingsor pour l’ensemble de son œuvre ainsi que pour son importante contribution au cinéma d’animation pour enfants, à la Biennale d’animation de Bratislava, en République slovaque.

L'ONF

Le 2 mai marque le 60e anniversaire de la création de l’ONF et toute une série de célébrations ont lieu au cours de l’année. Tout d’abord, un clip de trois minutes, 60, pour la réalisation duquel Charles Binamé s’est inspiré de la richesse du patrimoine cinématographique de l’Office, a été présenté avec beaucoup de succès dans plusieurs festivals canadiens et étrangers. De plus, grâce à une entente de partenariat avec la chaîne Famous Players, plus d’un million de cinéphiles du pays ont pu le voir en salle en avant-programme du long métrage à succès intitulé Double condamnation, en français (Double Jeopardy en version originale).

De nombreux festivals canadiens ont rendu un témoignage particulier à l’ONF, notamment le festival Hot Docs et le Reel Aboriginal Film Festival, à Toronto, le Festival de la télévision de Banff, le Festival du film de l’Atlantique, le Festival international du cinéma francophone en Acadie, le Carrousel international du film de Rimouski et Terres en Vues à Montréal.

Du côté international, plusieurs festivals prestigieux et de grandes institutions ont aussi rendu hommage à l’ONF. D’importantes rétrospectives des productions de l’Office ont été présentées à Taipei, Karlovy Vary, Bratislava, Paris (Le printemps du Québec), Hong-Kong et au musée d’art moderne de New York. L’Académie des arts et des sciences du cinéma, à Los Angeles, a tenu une soirée de gala en l’honneur de plusieurs animateurs de l’ONF et de leurs œuvres des 60 dernières années.

À la télévision, le Réseau de l’Information de Radio-Canada (RDI) a diffusé une série de 40 émissions intitulée Toute une époque... vue par l’ONF. À Télé-Québec, on a présenté le deuxième volet de l’émission Le présent du passé, une chronique du 20e siècle à travers les films de l’ONF. Différentes chaînes telles que CBC, Newsworld, Discovery, Vision, Bravo!, History, Teletoon et le réseau spécialisé du cinéma classique MoviePix ont consacré plus d’une centaine d’heures par mois à la diffusion des productions de l’Office.

Le Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa, a offert une exposition consacrée aux artistes et aux œuvres d’animation. L’ONF est aussi devenu commanditaire officiel de l’exposition Formes en mouvement : regards sur l’animation présentée durant trois ans à la Cinémathèque québécoise à Montréal.

En septembre, la Société canadienne des postes a consacré un timbre-poste à l’ONF dans La collection du millénaire, un magnifique ouvrage à tirage limité. Le thème de ce timbre souligne le rôle crucial qu’a joué l’ONF dans la cinématographie canadienne et internationale en tant que lieu exceptionnel de création.

Une des priorités de l’ONF a toujours été de préserver ses films dans les meilleures conditions et d’investir dans la restauration de sa collection afin de redonner au public accès à ce patrimoine audiovisuel. Avec la multiplication des chaînes spécialisées et la production de produits multimédias, on constate que la collection de l’Office présente un attrait et un intérêt grandissants auprès des publics canadien et étranger, puisque 45 % des titres vendus ou loués datent de plus de 20 ans. Ces chiffres viennent confirmer le bien-fondé des politiques de conservation et d’accessibilité que l’ONF a mis de l’avant au cours des années passées.

Au niveau du développement des systèmes de télécommunications, une entente avec CANARIE (Réseau canadien pour l’avancement de la recherche, de l’industrie et de l’enseignement), le RISQ (Réseau inter-ordinateurs scientifique québécois) et l’ONF permet de tester le projet CinéRoute, le premier service canadien de cinéma sur demande par Internet. Grâce à ce partenariat, un auditoire sélectionné utilisant des liens à très haute vitesse a accès à des films présélectionnés de la collection. Ce projet relie la CinéRobothèque à de grandes institutions, à des universités, à des centres de recherche ainsi qu’à un échantillon d’internautes dans tout le Canada. Pour répondre aux demandes des usagers de ce réseau à large bande appelé CA*net3, l’ONF poursuit la numérisation d’une partie importante de sa collection grâce à la technologie mise au point à la CinéRobothèque. Le robot numérise en temps réel à 1,6mbs (standard MPEG1), plus de 800 films à partir des vidéodisques laser, films qui sont ensuite déposés dans un puissant serveur.

Début mai, le ministre des Affaires intergouvernementales et président du Conseil privé de la Reine, l’honorable Stéphane Dion, annonce, en sa qualité de député du comté de Saint-Laurent-Cartierville à la Chambre des communes, l’octroi du contrat pour la réfection et la rénovation de l’édifice Norman-McLaren, qui abrite le bureau central de l’ONF. Les travaux, qui s’échelonneront sur deux ans et coûteront plus de 20 millions de dollars, permettront de loger le personnel dans un même immeuble et de mettre à niveau les systèmes informatiques.

Les films d’animation produits cette année ont connu un succès extraordinaire, tout spécialement les deux courts métrages en nomination aux Oscars®, When the Day Breaks, d’Amanda Forbis et Wendy Tilby, qui outre cette nomination a remporté 17 prix, dont la prestigieuse Palme d’or au Festival de Cannes, et My Grandmother Ironed the King’s Shirts (Ma grand-mère repassait les chemises du roi), de Torill Kove, qui a reçu cinq autres prix. Ces deux films ont été projetés en avant-programme dans un grand nombre de salles de cinéma Famous Players et ont aussi fait l’objet de télédiffusions nationales.

L’Office s’est toujours enorgueilli d’être un centre d’innovation et de compter dans son personnel des gens qui pouvaient faire avancer la technologie. Cela s’est confirmé encore une fois à la fin février 1999, alors que deux ingénieurs de l’Office, Ed H. Zwaneveld et Frederick Gasoi, et deux de leurs collègues d’une société du secteur privé ont reçu un Technical Achievement Academy Award, à Los Angeles, pour avoir mis au point une technologie de postproduction connue sous le nom de Lecteur de KeyKode DigiSyncMD.

Les cinéastes et leurs œuvres

La production documentaire de l’année se caractérise notamment par son questionnement sur les enjeux sociaux (Main basse sur les gènes – ou les aliments mutants, Urgence! deuxième souffle, My Healing Journey: Seven Years with Cancer) et écologiques (Burns Bog – A Road Runs Through It, Footprints in the Delta, L’erreur boréale), par la place accordée aux points de vue des jeunes, tant du côté de la réalisation que des protagonistes (Enfer et contre tous!, L’armée de l’ombre), et par celle accordée également aux cinéastes autochtones et aux réalités de leurs communautés (Welcome to Nunavut, Mon village au Nunavik).

Seulement quatre ans après leur introduction sur le marché, les produits génétiquement modifiés sont déjà présents dans 75 % des aliments industriels. Plusieurs spécialistes et agriculteurs dénoncent vivement l’absence de tests indépendants sur leurs effets à long terme. Avec Main basse sur les gènes - ou les aliments mutants, Louise Vandelac et Karl Parent jettent un regard éclairé sur cette situation explosive. Les deux mêmes réalisateurs se sont aussi penchés sur le Clonage ou l'art de se faire doubler, un débat crucial sur le rêve de certains d’incarner le mythe d’immortalité à travers des clones humains.

Après Médecins de cœur, Tahani Rached s’est replongée dans le milieu hospitalier pour explorer la réalité des équipes d’infirmières qui tiennent à bout de bras le service d’Urgence! Deuxième Souffle. Elles courent pour éteindre les feux, répondent de leur mieux aux besoins des patients, mais leur métier s’exerce souvent sous un stress intense, à la limite du supportable. La médecine fait souvent des miracles, et quand il est question de vie ou de mort, les patients sont prêts à expérimenter tout ce qui est possible pour avoir un sursis. C’est le cas du cinéaste Joseph Viszmeg qui, atteint d’un cancer en 1991, a décidé de documenter sa maladie dans In My Own Time: Diary of a Cancer Patient. Sept ans plus tard, ayant survécu, il reprend la caméra pour raconter la suite de sa bataille, rapportant certains des traitements alternatifs auxquels il s’est prêté. My Healing Journey: Seven Years with Cancer a remporté deux prix Gemini – meilleure réalisation et meilleur documentaire scientifique – décernés par l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision.

Situé dans la banlieue sud de Vancouver, Burns Bog est l’un des écosystèmes les plus précieux au monde. Mais il est voué à la destruction en raison de l’accroissement de la population humaine qui gruge petit à petit ses abords, une situation que dénonce D. Demille dans Burns Bog – A Road Runs Through It. Un autre problème écologique exposé par Peter Campbell est celui qui menace le delta des rivières de la Paix et Athabasca en difficulté depuis l’érection du barrage Bennett en 1967. Dans Footprints in the Delta, des scientifiques, des activistes et des Autochtones décrivent comment les changements ont fondamentalement modifié les existences. Le discours officiel se veut rassurant sur la préservation des forêts, et pourtant, L'erreur boréale démontre qu’il y a grandement lieu de s’inquiéter devant la destruction d’un environnement unique au monde. Richard Desjardins et Robert Monderie présentent un état des lieux qui donne des frissons et, surtout, l’envie de réagir avant qu’il soit trop tard. Ce documentaire choc a remporté le Grand Prix du Festival international du film nature et environnement à Grenoble, en France, et le Prix Jutra du meilleur documentaire.

Jeune cinéaste, Andrée Cazabon a démontré avec son premier film qu’elle savait s’exprimer par le cinéma et, surtout, qu’elle était capable de laisser d’autres jeunes utiliser ce médium pour dire toute la rage, la frustration et le désespoir qui les habitent. Pour Enfer et contre tous!, elle a revisité son passé de toxicomane et s’en est servi pour en aider d’autres à témoigner. Le talent d’Andrée se manifestera à nouveau en 2005 avec Les enfants de la Couronne, ces jeunes qui, pris en charge par le système de l’Aide à l’enfance, ne sont pas toujours équipés pour faire face à la vraie vie une fois laissés à eux-mêmes. Peut-être risqueront-ils de se retrouver dans L'armée de l'ombre, ces jeunes de la rue qui se sont confiés à Manon Barbeau sur leur quotidien de laissés-pour-compte.

La naissance du Nunavut, le nouveau territoire canadien, a donné lieu à de nombreuses discussions chez les gens du Nord : peut-être est-ce trop, trop vite? Ou trop peu, trop tard? George Hargrave et Joe Moulins vont à la rencontre de six personnages durant les quatre journées frénétiques qui ont marqué ce Welcome to Nunavut. Au Programme français, c’est au tour de Bobby Kenuajuak, gagnant du concours « Cinéaste autochtone » de cette année, de diriger son premier film professionnel. Bobby a 23 ans, il habite le village de Puvirnituq, situé sur les rives de la baie d’Hudson, et le temps de trois saisons il a dirigé sa caméra pour présenter Mon village au Nunavik, un regard sans nostalgie, tourné vers le monde.

L’ONF laisse beaucoup la place aux jeunes et sa production le prouve, mais il faut se rappeler que durant les premières années de son existence, les jeunes de l’époque étaient des cinéastes de renom comme Gilles Carle, dont la carrière remonte au début des années 1960. Depuis, il occupe une place unique dans le cinéma québécois et, à l’heure des bilans, Moi, j'me fais mon cinéma ranime tout un pan de l’histoire cinématographique. Il commente avec humour les extraits les plus marquants de ses films, révèle les sources de son inspiration et rend hommage aux acteurs et actrices qu’il a si bien portés à l’écran.

Les Programmes français et anglais réalisent de plus en plus souvent des projets conjoints, ce qui donne des résultats très intéressants. Par exemple, le cas de Cinéma Vérité: Defining the Moment (Cinéma vérité : le moment décisif) de Peter Wintonick, un long métrage qui relate, pour la première fois, les péripéties d’une révolution qui a transformé pour toujours la manière de faire du cinéma, et celui de Frenchkiss - La génération du rêve Trudeau (Just Watch Me – Trudeau and the ’ 70s Generation), de Catherine Annau, un questionnement débordant d’humour et d’esprit sur le rêve d’un Canada bilingue qui a bercé les enfants de cette génération. En janvier 2000, Frenchkiss remportera le prix Génie du meilleur long métrage documentaire; quelques mois plus tard, Cinéma vérité recevra le Prix œcuménique au Festival du film de Berlin, en Allemagne et, en 2001, il remportera le Prix spécial du jury au Festival de télévision de Banff.

Marcel Jean dirige le studio français d’animation, qu’il définit comme un « centre de créativité orienté résolument sur la recherche et l’innovation » et continue à se réclamer de la tradition héritée de Norman McLaren et René Jodoin. Cela donne d’excellents résultats si on en juge par Le Chapeau/The Hat, dans lequel Michèle Cournoyer dépeint le périple d’une danseuse nue qui se remémore le moment de sa vie où elle a été sexuellement agressée. Sujet grave, s’il en est, mais dont le traitement et la qualité ont été reconnus par l’attribution d’une douzaine de prix dans plusieurs festivals, dont la Los Angeles Animation Competition, la Soirée des Jutra, les Rendez-vous du cinéma québécois, le Festival CINANIMA, le Festival international d’animation à Ottawa, le Festival international du film de Toronto et les Journées internationales du cinéma d’animation à Annecy en France.

Un sujet plus léger mais tout autant réussi, Coucou, Monsieur Edgar!, l’histoire de la vie de ce pauvre coucou mécanique dont le quotidien est complètement bouleversé par l’arrivée de trois oisillons un soir d’orage. Edgar fera un malheur auprès des jeunes qui lui décerneront le prix du meilleur court métrage au Festival international du film pour enfants. Il recevra plusieurs autres récompenses, dont le Grand Prix Jeunesse à Montréal, et d’autres au Brésil et ailleurs. La popularité du personnage se confirmera à nouveau en 2002 avec Opération Coucou, dans lequel monsieur Edgar vivra une horrible catastrophe, heureusement résolue avec l’aide de ses amis.

Introduction

La dernière décennie du 20e siècle est marquée elle aussi par des compressions de budget et de personnel, qui viennent s’ajouter à celles des vingt dernières années. Le rapport demandé par le gouvernement au Comité d’examen des mandats fait même craindre carrément la fermeture de l’Office. Finalement, le Comité recommande, en janvier 1996, une restructuration des activités… encore une fois!

Pourtant, dynamisée par le succès du 50e anniversaire et inaugurée avec entrain par The Company of Strangers (Le fabuleux gang des sept) et un chœur spontané Au chic resto Pop, cette nouvelle décennie avait débuté avec un certain optimisme pour l’ONF malgré les coups durs des dernières années. Comment, de toutes façons, résister à ces femmes pleines d’humour qui, vivant une situation plutôt loufoque, improvisent des dialogues savoureux dans le film de Cynthia Scott. Et pourquoi ne pas se laisser entraîner par le chant des employés et des habitués d’un restaurant communautaire du quartier Hochelaga-Maisonneuve, captés sur le vif par Tahani Rached. Il y a, comme ça, des films remplis de joie de vivre qui remontent le moral et forcent l’optimisme.

L’ère n’est plus aux tournages de longs métrages de fiction entièrement réalisés par l’ONF; en revanche, le partenariat avec différentes compagnies du secteur privé permet à l’Office de participer à plusieurs projets avec des cinéastes de renom, tels les Denys Arcand, Michel Brault, Atom Egoyan, Jacques Leduc, Léa Pool et Patricia Rozema, qui ont tous signé le film Montréal vu par..., Giles Walker et ses Princes in Exile, André Forcier avec Une histoire inventée, John N. Smith et The Boys of St. Vincent (Les garçons de Saint-Vincent) et tous ceux qui ont signé les nombreux Téléfilms.

Dans les années 1990, les cinéastes des communautés autochtones ont enfin l’occasion d’exprimer leur talent avec l’ouverture du Studio One, à Edmonton. On y tournera, notamment Forgotten Warriors (Guerriers oubliés), un film de Loretta Todd, qui dénonce le traitement injuste subi par les anciens combattants amérindiens du Canada, qui n’ont pas pu bénéficier de programmes auxquels les autres avaient eu droit.

Auparavant, celle qui avait le mieux fait connaître la situation des peuples autochtones était la cinéaste d’origine abénaquise Alanis Obomsawin, l’une des documentaristes les plus en vue au Canada. En juillet 1990, elle vit de l’intérieur la crise d’Oka, au Québec, alors qu’elle passe 78 jours et nuits derrière les barricades dressées par les Mohawks à tourner des images du conflit armé les opposant à la Sûreté du Québec et à l’Armée canadienne. En 1993, la sortie de son film le plus connu, Kanehsatake 270 Years of Resistance (Kanehsatake - 270 ans de résistance), suscite de nombreuses réactions, puisque les événements sont encore très frais à la mémoire des gens. Trois autres films naissent de ce tournage : My Name is Kahentiiosta (Je m'appelle Kahentiiosta), sur une jeune Mohawk arrêtée au terme du conflit, Spudwrench – Kahnawake Man (Spudwrench : l'homme de Kahnawake), surnom de Randy Horne qui, lui aussi, s’est retrouvé derrière les barricades, et Rocks at Whiskey Trench (Pluie de pierres à Whiskey Trench), un acte de violence perpétré contre les femmes, les enfants et les aînés mohawks alors que, en août 1990, ils quittaient la réserve de Kahnawake, craignant une avancée de l’armée canadienne jusque chez eux. Officier de l’Ordre du Canada, Alanis Obomsawin reçoit de nombreux prix au cours de sa carrière.

L’ONF se réjouit de produire Momentum, le film officiel du Pavillon du Canada à l’Exposition universelle de Séville en 1992. Après Transitions et Urgence/Emergency, Colin Low et Tony Ianzelo récidivent en expérimentant une nouvelle technique IMAXMD inédite de tournage à 48 images/seconde. Sur écran IMAXMD géant, les panoramas du Canada défilent dans toute leur saisissante beauté et leur extraordinaire diversité.

La CinéRobothèque et CinéRoute confirment pour leur part la volonté de l’ONF d’utiliser les technologies de pointe pour accentuer l’accessibilité à ses productions. La CinéRobothèque est un centre de diffusion et de consultation où les films de l’Office, transférés sur vidéodisques, sont accessibles à partir de postes individuels de visionnage alimentés par un système robotisé. Le projet CinéRoute est né de cette technologie, laquelle utilise la fibre optique pour transmettre à distance des signaux analogiques audiovisuels aux universités McGill, du Québec à Montréal et du Québec à Chicoutimi, pour s’étendre ensuite aux usagers du réseau à large bande CA*net3, et ce, grâce à un partenariat avec le Réseau canadien pour l’avancement de la recherche, de l’industrie et de l’enseignement (CANARIE), et le Réseau inter-ordinateurs scientifique québécois (RISQ).