L'ONF

Après avoir produit pendant dix années un cinéma innovateur réservé aux communautés et aux groupes minoritaires, le programme Société nouvelle/Challenge for Change est abandonné en mars. Financé conjointement par les ministères intéressés et l’ONF, cet important programme intégré de production-distribution avait débuté en 1969. Dix années durant, il s’est inspiré de son mandat initial : produire des films qui, grâce à une distribution spécialisée, deviendront, dans une société en pleine mutation, des outils de réflexion importants pour mieux saisir les vraies dimensions du changement social en cours. Le bilan est impressionnant : 56 films, pour la plupart des longs métrages, sans compter les nombreuses vidéos produites par les communautés elles-mêmes. L’ONF sent le besoin de donner de nouvelles dimensions et orientations à ce programme, dans le but d’étudier et d’examiner par le film les mouvements sociaux, politiques et économiques des années 1980. Des cendres de Société nouvelle/Challenge for Change naîtra le programme Perspectives.

En mars, changement de gouvernement à Ottawa, c’est le parti libéral qui reprend le pouvoir, et le premier ministre Pierre Elliott Trudeau confie le ministère des Communications, de qui relève l’ONF depuis l’année précédente, à Francis Fox. Dès son entrée en fonction, celui-ci complète la mise en place, entreprise par son prédécesseur, du Comité d’étude de la politique culturelle fédérale, sous la présidence du compositeur Louis Applebaum et de l’éditeur Jacques Hébert. Ce comité a notamment pour mandat d’étudier les modalités qui devront déterminer à l’avenir les relations entre l’ONF et le secteur privé.

Dans ce climat d’incertitude, le commissaire James de B. Domville craint d’être obligé de réduire la production et le personnel à cause du programme d’austérité fédéral, et entreprend, en juin, de redéfinir les objectifs et les priorités de l’ONF. Le conseil d’administration entérine cinq objectifs qui précisent le mandat de l’Office : servir l’intérêt public; faciliter l’accès aux films; être présent sur la scène internationale, particulièrement dans le tiers-monde; innover dans le domaine technique par l’importance de la recherche et du développement; et jouer un rôle actif dans la politique nationale sur le film.

Après deux ans de travail intense, une équipe de recherche de la Production française, de concert avec un comité composé uniquement de personnes vivant avec un handicap auditif, prépare un plan de communication qui correspond aux besoins réels des personnes sourdes (plus d’un million au pays). Toute une série de mesures y sont proposées afin de répondre adéquatement aux demandes de Santé et Bien-être social Canada en ce sens. Il s’agit d’un vaste projet qui va de la création d’un centre de sous-titrage à la diffusion des résultats des recherches effectuées sur le plan de l’adaptation (ex. : code de langage) et de la communication (ex. : décodeur universel de la voix humaine), de même qu’à la constitution d’une banque de documents audiovisuels.

Le meilleur moment de l’année est, sans contredit, la soirée de la remise des Oscars® par l’Académie des arts et des sciences du cinéma, à Los Angeles, en avril, alors que quatre productions de l’ONF sont en nomination. Il s’agit de Bravery in the Field (Le vieil homme et la médaille), Going the Distance (Edmonton... et comment s'y rendre), Nails (Clous), une coproduction ONF/Mercury Pictures, et Chaque enfant/Every Child, réalisé dans le contexte de l’Année internationale de l’enfant. Ce film, d’Eugene Fedorenko, ayant reçu l’Oscar® de la catégorie du court métrage d’animation, l’ONF remporte ainsi, pour la sixième fois, ce trophée tant convoité.

Chaque année, la Society of Motion Picture and Television Engineers (SMPTE) (Société des ingénieurs du cinéma et de la télévision) décerne un certain nombre de décorations afin de souligner les réalisations les plus remarquables dans ce domaine. La médaille de distinction internationale John Grierson, par exemple, honore le ou la récipiendaire pour des travaux exceptionnels se rapportant à l’aspect technique de la production cinématographique. Au cours de la conférence annuelle qui s’est tenue à New York en novembre, la SMPTE a remis à l’ingénieur Chester E. Beachell, de l’ONF, une décoration « pour ses nombreuses innovations techniques, méthodes de travail et développements en ingénierie au cours des années afin d’améliorer la technologie, la qualité et l’aspect économique de la cinématographie et de la sonorisation pour les films documentaires et la télévision ».

Les cinéastes et leurs œuvres

La Production française innove en s’associant, pour la première fois, à une compagnie privée – Lamy, Spencer et Compagnie – pour produire le long métrage de fiction Les beaux souvenirs, un film de Francis Mankiewicz d’après un scénario de l’écrivain Réjean Ducharme. C’est un récit envoûtant et déroutant, noué de paradoxes et de contradictions, qui entraîne le spectateur dans un monde d’émotions et de passions d’une grande intensité. C’est la deuxième fois que Mankiewicz tourne un scénario de Ducharme, la première étant la réalisation du film Les bons débarras, qui avait connu un immense succès. Le film Les beaux souvenirs tiendra l’affiche durant plusieurs semaines dans différentes villes du Québec et sera traduit en anglais sous le titre Happy Memories.

La qualité de l’environnement est une des préoccupations importantes de la société canadienne. Aussi, afin de mieux faire connaître les richesses des eaux de la côte atlantique du fleuve Saint-Laurent et des Grands Lacs, l’ONF a entrepris, conjointement avec la Fondation Cousteau, la production d’une série de documentaires destinés à la télévision. La réalisation du projet a été confiée au cinéaste-géographe Jacques Gagné, qui a travaillé en étroite collaboration avec l’un des plus célèbres défenseurs de l’environnement, Jacques-Yves Cousteau. Pour sa part, Pierre Perrault a analysé l’impact de la civilisation moderne sur le mode de vie des Amérindiens dans le film Le pays de la terre sans arbre ou le Mouchouânipi.

La Production anglaise démarre le Program to Assist Films and Filmmakers in the Private Sector (PAFFPS), devenu en 1996 le Filmmaker Assistance Program (FAP), conçu pour aider les cinéastes indépendants à compléter leurs films ou vidéos, en leur procurant des services ou de l’équipement. Grâce au programme, 74 projets bénéficient, en 3 ans, de l’aide de l’ONF, le plus souvent sous forme de services.

Le hockey est le sport national du Canada et, au Québec, l’idole de tous les jeunes des années 1940 et 1950 est sans conteste Maurice « Rocket » Richard, le célèbre numéro 9 du club des Canadiens de Montréal. L’écrivain Roch Carrier a écrit une savoureuse nouvelle inspirée de son enfance de jeune hockeyeur, et Sheldon Cohen en a fait un court métrage d’animation, Le chandail, qui remporte énormément de succès auprès du public dans les salles de cinéma Odéon, où il est présenté en complément de programme durant la période des Fêtes. Il a aussi été présenté aux chroniqueurs sportifs réunis au Maple Leaf Gardens de Toronto et au forum de Montréal en présence de l’auteur et de Maurice Richard. Les festivals lui ont accordé quinze prix, dont celui du meilleur film d’animation de la British Academy of Film and Television.

Le Studio d’animation de la Production française lance « Cinéaste recherché(e) », un concours annuel de production d’un premier film animé professionnel. En 2008, cette initiative en est à sa dix-neuvième année.

L’ONF produit deux films conjointement avec le Nederlandse Omroepprogramma Stichting (télévision hollandaise). Le premier, Co Hoedeman, Animator (Co Hoedeman, animateur), réalisé par Nico Crama, montre divers aspects de la vie de ce cinéaste d’origine hollandaise venu s’établir au Canada en 1965. Le second, From the Ashes of War, réalisé par Michael McKennirey, relate les années d’occupation de la Hollande par l’armée allemande et la pénible avance des Alliés dans le pays. Ce film est diffusé par la télévision néerlandaise, en mai 1980, pour commémorer le 35e anniversaire de la libération d’Amsterdam par les forces armées canadiennes.

Diffusion des films

Les nombreux moyens techniques dont disposent maintenant les radiodiffuseurs offrent de nouvelles possibilités en matière de diffusion. En conséquence, l’ONF s’est engagé plus avant sur le marché de la câblodistribution, et ses productions sont couramment transmises par micro-ondes et satellite, rejoignant ainsi des publics qui étaient hors d’atteinte jusque-là.

Au cours de l’année, les réseaux de la télévision d’État ont diffusé 53 films durant les heures de grande écoute et 24 à d’autres heures. Il faut souligner tout particulièrement la télédiffusion en première des films Mourir à tue-tête, One Man (Un homme), La fièvre du castor, Challenger: An Industrial Romance (Le Challenger, un défi industriel), W.O. Mitchell: Novelist in Hiding, Yes or No, Jean-Guy Moreau et Empty Harbours, Empty Dreams (Des ports déserts, des rêves enfuis).

De plus, chaque samedi soir, du 4 octobre 1980 au 4 janvier 1981, Radio-Québec a diffusé 24 productions de l’Office dans le cours d’une série intitulée : Cinéma-réalité. Ainsi, plusieurs films ont bénéficié des meilleures heures d’écoute, tels Le menteur, La vie commence en janvier, Cher Théo, Raison d'être, Les jardins d'hiver, Famille et variations et La fleur aux dents.

L’ONF ouvre un 30e bureau de distribution à Noranda pour mieux desservir la population du Nord-Ouest québécois. Ce nouveau point de service fait partie du réseau relié au bureau central de Montréal par ordinateur, un réseau qui sert principalement à accélérer les prêts de copies de films, à tenir les stocks à jour et à en analyser le mouvement.

À Brossard, au Québec, on fait une première expérience de consultation de films de l’ONF sur vidéocassettes dans une bibliothèque publique. En douze mois, 15 078 personnes utilisent ce service. Cette expérience est le point de départ d’un réseau de bibliothèques partenaires qui, aujourd’hui, complète de façon essentielle le noyau des centres audiovisuels de l’ONF.

Recherche et applications technologiques

Voici la petite histoire du processeur ARRI, telle qu’elle fut racontée par Len Green, rédacteur en chef de Perforations, la revue des Services techniques de l’ONF publiée de janvier 1981 à janvier 1993. Une façon différente de réaliser l’évolution de la pellicule au fil des ans…

« Le 3 janvier, grosse réunion dans le bureau du directeur du laboratoire. On pense à se défaire du processeur ARRI. Destitution ou retraite? Pour bien comprendre la gravité de la question, il faut remonter le cours du temps.

« En octobre 1964, l’ONF est le premier au Canada à faire l’acquisition d’un processeur de films négatifs couleur. Dorénavant, on tourne en couleurs! Le processeur ARRl est installé dans les locaux de l’Office. Trois ans après, le comité organisateur de l’Expo 67 à Montréal retient les services de l’ONF pour le tirage et le traitement de la pellicule 35 mm couleur, incluant le métrage utilisé au pavillon le Labyrinthe.

« Plus tard, Kodak améliore le négatif couleur et le 5251 remplace le 5250. Le processeur ARRl est modifié en conséquence. D’autres améliorations suivent et le 5251 cède la place au 5254. Ce qui doit être fait est fait.

« Le négatif couleur fait l’objet d’autres raffinements chez Kodak. Et c’est au tour du 5254 de se retirer en faveur du 5247. Hélas, le processeur ARRl ne peut plus suivre l’évolution et doit être remplacé. Mais il peut encore servir! Quelques modifications lui permettent de traiter le nouveau film de tirage couleur 5381. Il fournit ainsi un service parallèle à celui du nouveau processeur qui, lui, sert au traitement du négatif couleur 5247.

« Afin d’augmenter son rendement, il est de nouveau modifié pour traiter le 7381, l’équivalent du 5381 en 16 mm. Voilà que Kodak fait d’autres améliorations. Le film de tirage couleur 35 mm 5381 est bientôt remplacé par le 5383 et le format 16 mm 7381 par le 7383.

« C’était écrit… l’adaptation n’est plus possible. Le glas a sonné. Le fonctionnement et l’entretien coûtent cher, et le rendement est insuffisant à cause des dimensions de la machine. Elle n’est plus rentable. Les pièces de rechange sont rares, il faut donc se rendre à l’évidence : la machine s’essouffle et ne suffit plus à la demande.

« Après quinze ans de fidèles services, ayant vu défiler ces millions de pieds de pellicules que sont les longs métrages et les films documentaires 35 mm de l’ONF et des autres, la machine a mérité un bon repos.

« Dans le bureau du directeur du laboratoire, la réunion prend fin. Dans le lourd silence qui enveloppe l’assemblée, quelqu’un tousse pour éclaircir sa voix et dit dans un murmure : “retraite anticipée en l’année 1980”… »

L'ONF

Dans un contexte où le Comité d’étude de la politique culturelle fédérale est en plein travail et que des décisions capitales sont à la veille d’être prises, l’ONF expose publiquement ses positions concernant les politiques culturelles et le rôle des agences gouvernementales. Devant le Comité Applebaum-Hébert et le Conseil de la radiotélévision et des télécommunications canadiennes (CRTC), l’Office tente de démontrer la structure particulière du marché canadien et la nécessité de modifier certains aspects du système de radiodiffusion et de télédistribution par câble et par satellite. Il suggère aussi des moyens précis pour être en mesure d’assumer de nouveaux défis.

En septembre, le commissaire James de B. Domville annonce une importante révision de la politique ayant trait aux contrats de production accordés par l’ONF aux producteurs indépendants. Jusque-là, l’ONF confiait au secteur privé 50 % des quatre premiers millions de dollars de films commandités et 75 % de la valeur des commandites qui dépassaient ce montant. À l’exception de certains projets particuliers dont l’ONF se réserve l’exécution, la plus grande partie de la production commanditée sera dorénavant réalisée par le secteur privé. L’ONF continuera cependant d’exercer le rôle de producteur exécutif de tout le matériel audiovisuel commandité. L’Association des producteurs de films du Québec (APFQ) et l’Association canadienne de cinéma-télévision (ACCT) accordent leur appui à ces changements qu’ils jugent essentiels pour assurer l’épanouissement d’une industrie cinématographique viable au Canada. L’APFQ, l’ACCT et l’ONF désignent chacun des représentants qui siègent à un comité de surveillance de la répartition des projets à entreprendre.

Une autre façon d’appuyer l’industrie cinématographique canadienne, aussi bien au pays qu’à l’étranger, est la mise sur pied du programme Film Canada, réalisé en collaboration avec la Société de développement de l’industrie cinématographique canadienne (SDICC). Conçu dans le but d’offrir des services aux compagnies et aux individus, ce programme s’avère fort utile aux producteurs et productrices ayant peu d’expérience des marchés internationaux. Les représentants des bureaux de l’ONF à New York, à Los Angeles, à Chicago, à Londres, à Paris et à Sydney sont en mesure de les renseigner sur les possibilités de ventes dans un territoire donné, de leur fournir des renseignements précis sur les règlements douaniers, de les aider à organiser des projections et de répondre à leurs demandes spécifiques.

Au cours des ans, les œuvres de l’ONF ont pris leur place parmi les produits canadiens d’exportation et ils continuent de remporter les faveurs du public étranger. Au chapitre des projections de prestige, l’événement par excellence de l’année est sans aucun doute la rétrospective organisée au Musée d’art moderne de New York, l’une des institutions de conservation et de diffusion de l’histoire du cinéma les plus prestigieuses au monde. Plus de 300 films documentaires et films d’animation et de fiction font partie de cette rétrospective qui s’est poursuivie pendant huit mois. La manifestation a fourni aux cinéastes de l’ONF l’occasion de montrer leur talent, attirant maints cinéphiles et suscitant de nombreux reportages, tant dans la presse internationale que dans la presse canadienne. Un public averti a également applaudi les films de l’Office à l’American Film Festival qui a eu lieu à New York et du 16e Festival international du film de Chicago.

Cette année encore, l’ONF a connu des succès remarquables. Ce fut l’année où First Winter, de John N. Smith, et The Tender Tale of Cinderella Penguin (La tendre histoire de Cendrillon Pingouin), réalisé par Janet Perlman, ont été sélectionnés pour les Oscars® décernés par l’Académie des arts et des sciences du cinéma, à Los Angeles.

Les cinéastes et leurs œuvres

Les documentaires de l’ONF traitent souvent de sujets difficiles qui suscitent des débats passionnés, et deux films cette année peuvent être classés parmi ceux qui ont beaucoup fait jaser. L’accueil réservé à Not a Love Story: A Film About Pornography (C'est surtout pas de l'amour - Un film sur la pornographie), réalisé au Studio D par Bonnie Sherr Klein, a été particulièrement intéressant : le succès qu’il a remporté en salle le classe parmi les documentaires canadiens ayant connu la meilleure distribution commerciale au cours des dernières années, même si l’Ontario, qui constitue le plus vaste marché pour les œuvres de langue anglaise au Canada, en interdisait la diffusion dans ses cinémas. Ce film, d’une grande portée sociologique, a été une source de conscientisation de milliers de personnes au problème que pose l’exploitation sexuelle de la femme. Présenté pour la première fois au Festival of Festivals de Toronto, il a fait l’objet de nombreux débats dans la presse et a reçu un accueil très favorable de la part du public. Il a tenu l’affiche pendant dix semaines à New York et à Boston, huit à Los Angeles, onze à Sydney, cinq à Melbourne, huit à Londres et il a été acheté par la Suède, la Grèce, l’Autriche, la Nouvelle-Zélande et les Pays-Bas.

Dans Le confort et l'indifférence, le cinéaste Denys Arcand s’interroge sur la société en mesurant, à l’aulne de la réalité politique universelle, les passions qui ont guidé les Québécois et les Québécoises lors du grand choix collectif que fut le référendum de mai 1980 sur la souveraineté-association. En utilisant des citations extraites de l’œuvre de Nicolas Machiavel, il soulève certains coins du voile en suggérant que les peuples ne changent pas, que l’Histoire se répète et que le confort matériel engendre l’indifférence idéologique. En 1982, l’Association québécoise des critiques de cinéma décernera au film le prix Léo-Ernest-Ouimet.

La situation au Québec diffère de celle du reste du Canada, mais la Production anglaise s’intéresse aussi beaucoup à la vie politique et "Dief", un hommage rendu au 13e premier ministre du Canada, John G. Diefenbaker, décédé en août 1979, vient s’ajouter à la liste des films sur le sujet. D’autres grands personnages font l’objet de documentaires : K. C. Irving, qui a bâti un vaste empire industriel, explique comment il mène ses affaires dans I Like to See Wheels Turn. Inspiré d’une biographie écrite par son petit-fils, Jefferson Lewis, Something Hidden: A Portrait of Wilder Penfield dresse un portrait saisissant de ce neurochirurgien qui s’est distingué par ses recherches sur le fonctionnement du cerveau. Un autre médecin, le Dr Ben Wheeler, prisonnier des Japonais durant la Seconde Guerre mondiale, fait l’objet du film A War Story, réalisé par sa fille. Ce documentaire a remporté plusieurs prix aux 8th Annual Alberta Film and Television Awards. Enfin, l’audace et l’intrépidité d’un casse-cou incorrigible, Ken Carter, est au centre de The Devil at Your Heels, un suspense incroyable qui amène le spectateur dans un monde où risquer sa vie fait partie du métier. Ce film se verra attribuer le prix Génie du meilleur documentaire en mars 1983.

Même si l’ONF traite souvent des grands dossiers politiques et des enjeux de société, il a toujours prêté attention à l’effervescence créatrice des artistes et à leurs œuvres. Quelques films sont venus s’ajouter cette année à la richesse de ce patrimoine culturel. «On est rendus devant le monde!» se passe dans les coulisses du théâtre produit par des troupes engagées dans le renouveau de la dramaturgie québécoise. Le documentaire sur la vie et l’œuvre de Miller Brittain permet de découvrir un des grands peintres des provinces atlantiques. Earle Birney: Portrait of a Poet présente cet artiste des plus prolifiques et avant-gardistes, alors que dans In Search of Farley Mowat on pénètre dans l’univers d’un écrivain passionné et passionnant. For the Love of Dance, un documentaire produit conjointement par l’ONF et le Conseil des Arts du Canada, fait connaître le répertoire de sept compagnies de danse durant leurs répétitions et leurs tournées. Kate and Anna McGarrigle est un portrait joyeux de ces deux troubadours québécois de réputation internationale; le film réunit des prises de vues réelles et des dessins magnifiques qui illustrent leurs chansons. Enfin, Off the Wall propose une vaste réflexion sur l’art, selon qu’il est conçu comme mode d’expression, occasion de spéculation ou produit de consommation. Ce film a reçu le Prix de la qualité de l’image au premier Festival international du film sur l’art à Montréal.

Dans la catégorie suspense, un film d’animation qui a beaucoup fait jaser par son inventivité est Zea, des frères André Leduc et Jean-Jacques Leduc, sur un phénomène connu, l’explosion d’un grain de maïs. Ce qui semble tout simple a pourtant nécessité la mise en œuvre de moyens scientifiques importants : micro-ondes, rayons laser, thermocouples. Le tournage a été réalisé avec une caméra HY-CAM à prisme rotatif, capable d’enregistrer des images au rythme de 5 000 à la seconde. Pour ajouter à la difficulté, une rallonge de bagues totalisant 100 mm s’imposait pour réussir à filmer un champ d’une largeur de 3 mm. Et puis, il y avait aussi la chaleur élevée du sujet à ne pas négliger. Le film remportera le prix Génie décerné au meilleur court métrage à Toronto, en 1982.

Diffusion des films

L’ONF ouvre un bureau au Canada Film Center, à Beverly Hills. En septembre 1984, ce bureau sera repris par la Société de développement de l’industrie cinématographique canadienne (SDICC), bientôt rebaptisée Téléfilm Canada.

Après avoir été expérimenté par l’ONF à la fin des années 1970, FORMAT, le nouveau système informatisé bilingue qui facilite l’accès à l’information sur les documents audiovisuels canadiens, est un outil inestimable dans les bibliothèques de même que dans les milieux de la réalisation, de la production, de la distribution et de l’éducation. Au cours de l’année, les agents de la Distribution donnent une série de conférences dans diverses universités et devant certains organismes, dont la Centrale des bibliothèques du Québec et Radio-Canada, afin de faire mieux connaître ce système. En octobre, FORMAT fait l’objet d’une entente entre les agences culturelles canadiennes qui l’utiliseront désormais : les Archives nationales du Canada, la Bibliothèque nationale du Canada et la Cinémathèque québécoise.

Le contrat liant l’ONF et la société Télécâble Vidéotron Limitée est reconduit pour une durée de deux ans. Les abonnés au câble de la Rive-Sud, dans la région de Montréal, continuent donc à avoir accès sur demande à plus de 800 films de l’ONF. Des films d’archives sont ajoutés à la collection afin d’élargir l’éventail des produits offerts et de mesurer l’intérêt du public pour les œuvres du passé. Un projet pilote de vidéocassettes sera bientôt mis sur pied pour utilisation dans les foyers. Ces innovations aideront l’ONF à rejoindre efficacement d’importants segments de la population.

L'ONF

En novembre, le Comité d’étude de la politique culturelle fédérale (Applebaum-Hébert) dépose son rapport qui confirme les pires craintes de l’ONF. On y recommande que l’Office cesse de produire et de distribuer des films, et qu’il se transforme en un centre de recherche et de formation. Tout en souscrivant aux principes culturels énoncés dans le rapport, l’Office rejette ces recommandations, car il ne croit pas qu’elles puissent servir au mieux les intérêts de l’industrie cinématographique canadienne. Pour l’ONF, le mandat que lui a confié le Parlement dans les années 1940 est aussi valable en 1982 qu’à ce moment-là, et peut-être encore davantage, étant donné que les produits canadiens sont noyés par l’avalanche de produits étrangers diffusés par les médias électroniques.

Selon l’ONF, si on lui retire ses fonctions traditionnelles de production et de distribution, aucun autre organisme à vocation commerciale ne pourra entreprendre ni distribuer des films comme Not a Love Story: A Film About Pornography (C'est surtout pas de l'amour - Un film sur la pornographie) et If You Love This Planet (Si cette planète vous tient à coeur). L’Office est l’une des seules grandes institutions à laisser la parole aux gens du pays. Dans toutes les régions, des films sont réalisés par des cinéastes qui participent activement à la vie et à l’identification de leur communauté. Parmi les films terminés cette année, par exemple, The Pacific Connection: Ties That Bound, The Pedlar, L'Âge des pigeons, J'avions 375 ans, qui vont de l’histoire politique de la Colombie-Britannique à l’adaptation d’une nouvelle d’un auteur des Prairies, ou du quotidien des vieillards du Grand Toronto aux préoccupations des Acadiens, sont d’une importance capitale, puisqu’ils saisissent certaines réalités locales et les portent à l’attention de l’ensemble du pays.

Quant à la recommandation de se transformer en un centre de recherche et de formation, l’ONF a joué ce rôle dès le début de sa création. C’est à l’intérieur de ses murs qu’ont été formés la grande majorité des cinéastes canadiens, et c’est grâce à son Service de recherche et développement que de nombreuses innovations technologiques ont vu le jour, permettant aux cinéastes de repousser les limites de l’art cinématographique. Son action s’est étendue à l’extérieur du pays avec, par exemple, des programmes de formation, à l’instar de celui qui sera mis sur pied au Brésil à la suite du récent accord de coopération signé avec Embrafilme. Il s’agit, pour les gens de l’ONF, de former des cinéastes et des techniciens, de mettre sur pied le service d’animation, d’aider à construire un studio de mixage et de donner des séminaires dans tout le pays.

Durant l’été, le Musée des beaux-arts de Montréal organise une imposante exposition intitulée L’art du cinéma d’animation. L’ONF y présente une collection de dessins et d’œuvres d’art ayant servi à créer ses films d’animation, son écran d’épingles, la machine à dessiner inventée par Norman McLaren pour peindre sur la pellicule, ainsi qu’une variété d’autres trésors. Chaque semaine, un cinéaste d’animation donne une démonstration de ses techniques. L’exposition comprend des œuvres d’autres grands centres d’animation américains et européens, et sous une forme plus restreinte, elle est par la suite déployée au Musée du Saguenay–Lac-Saint-Jean, à Chicoutimi, et au Centre d’Arts Plastiques Contemporains de Bordeaux, où les visiteurs peuvent l’admirer pendant six semaines.

Le gouvernement du Québec remet à Norman McLaren le prix Albert-Tessier, la plus haute distinction cinématographique québécoise, pour sa contribution au cinéma d’animation et à la réputation du Québec à l’étranger.

Les cinéastes et leurs œuvres

Les documentaristes de l’ONF se sont toujours intéressés à ce qui se passe dans le monde et, depuis quelques années déjà, Jacques Godbout et Florian Sauvageau se sont attachés à analyser la modification des rapports internationaux à l’échelle de la planète par l’avènement des moyens de communication modernes. Leur collaboration a donné les films Derrière l'image (1978), Feu l'objectivité (1979) et Distorsions (1981). Cette année, Jacques Godbout livre Un monologue Nord-Sud, dont la présentation est faite par Florian Sauvageau. Ce film pose la question à savoir qui profite vraiment de l’aide internationale. La première a lieu en avril au cours de la Semaine de sensibilisation au développement international.

Une entente est conclue le 27 août entre Sovenfilm et l’ONF, prévoyant qu’une équipe de cinéastes de l’Office irait en URSS en octobre afin de tourner le métrage nécessaire pour compléter une série de sept films d’une heure chacun sur l’histoire de la guerre, série intitulée Goodbye War (Adieu la guerre), écrite et commentée par Gwynne Dyer, journaliste et historien militaire canadien. L’agence Sovenfilm s’engage, pour sa part, à fournir des techniciens, des interprètes et du matériel d’archives.

À l’ONF, les cinéastes ont tourné beaucoup de films sur la situation des Autochtones et ils ont aussi aidé à la formation de plusieurs jeunes des communautés qui voulaient se servir du cinéma comme outil de communication. Cette année, deux professionnels de l’Office qui ont contribué à mieux faire connaître la vie de ces peuples, Colin Low et Maurice Bulbulian, tournent chacun un film portant sur la survie des Autochtones. Colin Low réalise Standing Alone, du nom d’un Amérindien du sud-ouest de l’Alberta qui voit son peuple faire face à l’évolution rapide de la société industrielle et qui est tourmenté à l’idée que ses enfants y sacrifieront peut-être leur héritage indien et leurs traditions ancestrales. De son côté, Maurice Bulbulian produit Debout sur leur terre, un document qui se penche sur la lutte que livrent les Inuits dissidents du nord du Québec pour maîtriser les éléments de la nature et se préserver de la présence de l’homme blanc.

La réalisatrice Beverly Shaffer, qui a remporté un Oscar® en 1978 pour son court métrage documentaire I’ll Find a Way (Je trouverai un moyen), poursuit la réalisation de sa série pour les jeunes avec trois nouveaux films : The Way It Is (C'est la vie...), dans lequel une jeune adolescente n’hésite pas à confier à la caméra jusqu’à quel point le divorce de ses parents l’a affectée; It’s Just Better présente un garçonnet qui vit avec sa mère et ses neuf frères et sœurs dans une petite maison de l’île du Cap-Breton; I Want to Be an Engineer (Nous sommes des ingénieures) incite les adolescentes à s’engager dans des carrières non conventionnelles et à provoquer des débats sur la question des stéréotypes qui étouffent leurs aspirations professionnelles.

Depuis quelques années déjà, le Studio d’animation de la Production française réalise des expériences d’animation assistée par ordinateur. Les résultats obtenus grâce aux compétences des personnes qui se sont spécialisées dans ce champ de recherche ont conduit à l’élaboration d’un projet de centre d’animatique, qui sera le catalyseur des énergies regroupées des universités et des centres de recherches canadiens. La première phase d’implantation du projet est commencée. Cette année, toutes les séquences animées et graphiques, soit environ six minutes, faisant partie d’un film de 30 minutes en prises de vues réelles de Guy Dufaux, Au pays des glaces, une production conjointe de l’ONF et de Pêches et Océans Canada, ont été créées par l’animateur Daniel Langlois avec cette technique.

La recherche en animation artisanale a quand même toujours sa place à l’ONF, et Pierre Hébert, dans Souvenirs de guerre, se servant de la technique de gravure sur pellicule, mise au point par Norman McLaren, a développé un procédé de repérage qui, tout en conservant aux images la spontanéité du dessin et la vérité du geste, assure leur stabilité et la continuité du récit. Par ailleurs, pour remédier au problème de la séparation des couleurs, il a emprunté le procédé dit d’élimination propre à la gravure sur bois ou sur linoléum, ce qui lui permet de travailler et de retravailler les images en fonction de chaque couleur. Souvenirs de guerre plonge le spectateur au cœur d’une vision troublante du monde, remettant en question la paix, la guerre, l’organisation sociale et l’autorité.

Recherche et applications technologiques

Du côté du cinéma en trois dimensions, Colin Low et Ernest McNabb ont tourné des images en 65 mm avec des caméras IMAXMD et, en partant de ce métrage, Eric Miller termine un premier montage expérimental dont la première projection aura lieu à Toronto.

Une claquette sans fil a été conçue et fabriquée pour servir aux tournages qui nécessitent l’usage simultané de plusieurs caméras. Cette claquette a été utilisée pour la première fois durant la réalisation de If You Love This Planet (Si cette planète vous tient à coeur).

Au laboratoire, on a innové en convertissant à l’ultraviolet deux machines à imprimer les numéros de bord de la pellicule image et son, ce qui donne des chiffres blancs au lieu des noirs souvent illisibles.

À Ottawa, le Centre de la photographie a perfectionné une technique consistant à ajouter par procédé photographique des textes, logos ou autres dessins en couleurs à des diapositives destinées à être agrandies. Cette technique s’est avérée plus économique que l’ajout de textes par le procédé de la sérigraphie.

L'ONF

À la fin des années 1930, lorsque le gouvernement a fait venir John Grierson au Canada, c’était avec la nette intention de voir comment les productions cinématographiques de l’époque pouvaient être améliorées, ce qui a mené à la création de l’ONF en 1939. Depuis, les producteurs, les cinéastes, les directeurs photo, les preneurs de son, les monteurs, les ingénieurs et les techniciens, bref toutes les équipes de production de l’Office ont tellement innové dans les façons de faire du cinéma que leur expertise et leur inventivité sont reconnues partout dans le monde. L’ONF est donc une référence incontournable en matière de cinématographie, et plusieurs exemples de sa renommée se sont ajoutés encore cette année aux nombreuses démonstrations de reconnaissance accumulées au fil de son histoire.

Aux États-Unis, Donald Brittain, Tom Daly, Roman Kroitor et Colin Low ont participé à un symposium organisé conjointement par l’ambassade du Canada et la Bibliothèque du Congrès, à Washington, à l’occasion d’un programme de films documentaires canadiens présentés durant six semaines. Pour sa part, Co Hoedeman a été convié par la Commission des Arts de la Caroline du Sud à montrer quelques films des studios d’animation dans quatre grandes villes du sud des États-Unis.

Une rétrospective de films de l’Office, organisée par le consulat canadien de San Francisco et l’ONF, a eu lieu à Denver, au Colorado, puis à Honolulu, à Hawaii. Gala, un film sur la danse de John N. Smith et Michael McKennirey produit conjointement par l’ONF et le Conseil des Arts du Canada, a été présenté en grande première américaine au Musée d’art moderne de New York avant d’être acclamé à Los Angeles et à San Diego. Le Musée a également tenu à rendre un hommage spécial à Norman McLaren en présentant Narcisse/Narcissus en première, le 2 décembre. Ce film a aussi été montré au Lincoln Centre de New York ainsi qu’à Boston lors d’une soirée organisée par la Boston Film/Video Foundation et le consulat général du Canada. À cette occasion, le gouverneur du Massachusetts a remis au cinéaste un Vase d’argent « pour rendre hommage à sa contribution à l’art du cinéma pendant 50 ans ». Le génie créateur de McLaren est bien évidemment reconnu aussi au Canada, et l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision lui remet un prix Génie pour l’ensemble de son œuvre.

Dans les pays francophones d’Europe, la collaboration avec les centres culturels canadiens a pris de l’ampleur et a mené, à Paris, à la mise sur pied d’une vidéothèque très courue ainsi qu’à une exposition intitulée Portrait d’un studio d’animation. Cette exposition comprenait 36 éléments ayant servi à la fabrication de 25 films du Studio d’animation de la Production française et était accompagnée d’un livre explicatif largement illustré. Elle a été proposée aux Parisiens durant trois mois, puis quelques-uns de ses éléments ont été intégrés aux expositions d’animation d’Arnhem et d’Anvers; elle a par la suite été reconstituée pour être montrée au Palais des Congrès de Bruxelles et à l’Académie des beaux-arts de Gand. La participation de l’ONF au Festival d’animation d’Arnhem comprenait aussi des maquettes et des décors, des films, des photographies et une vidéo réalisée par Grant Munro, McLaren on McLaren, dans laquelle Norman McLaren remercie ses amis et collègues hollandais pour l’hommage spécial qu’ils lui ont rendu pendant le festival.

Un autre cinéaste d’animation populaire en Europe, Pierre Hébert, a été invité par la Belgique et la Hollande à présenter ses œuvres dans huit villes et à y animer des ateliers de gravure sur pellicule.

En mars, à Vienne, les sept films de la série War ont été présentés durant sept jours consécutifs au Musée autrichien du cinéma. À Londres, le National Film Theatre a organisé trois soirées réservées au cinéma d’animation canadien : la première regroupait des classiques de l’ONF, la seconde ses œuvres récentes, et la troisième, qui comprenait des films du secteur privé, offrait Narcisse/Narcissus en première londonienne.

En octobre, le gouvernement du Québec a honoré Maurice Blackburn, un des grands compositeurs de musique de film, du prestigieux prix Albert-Tessier, réservé aux réalisations exceptionnelles dans le domaine du cinéma. La Cinémathèque québécoise lui rendra aussi hommage plus tard en présentant un programme de films dans lesquels ses dons de créateur seront mis en évidence.

La productrice-réalisatrice Alanis Obomsawin a été décorée de l’Ordre du Canada pour l’œuvre accomplie auprès du peuple abénaquis par le chant, le conte, l’écriture et le cinéma.

Leonard A. Green a reçu le Fellowship du British Kinematograph and Sound Television Society pour son apport technique à l’enregistrement sonore depuis 30 ans. En même temps se déroulait, à Londres, la conférence bisannuelle de la Société, qui rend compte des progrès techniques les plus intéressants; Leonard Green a eu le grand honneur d’être nommé Fellow de la Société, honneur qui jusqu’à maintenant n’avait été accordé qu’à deux autres Canadiens. M. Green assurera également la vice-présidence de la 18e Conférence mondiale de la Society of Motion Picture and Television Engineers (SMPTE) portant sur la télévision qui aura lieu à Montréal, en février 1984. Des centaines de participants du Canada, des États-Unis et de l’Europe y seront présents, et plusieurs techniciens de l’ONF travaillent déjà à l’organisation de cette rencontre.

Les cinéastes et leurs œuvres

Le Studio D ne manque pas d’audace, et les femmes qui y travaillent sont déterminées à jouer un rôle actif dans l’évolution de la société et à provoquer des débats sur des enjeux de toute première importance. La réalisatrice Terre Nash est de celles qui ont beaucoup fait parler avec If You Love This Planet (Si cette planète vous tient à coeur), un brillant plaidoyer en faveur du désarmement nucléaire. Au centre du documentaire, un discours prononcé devant un groupe d’étudiants par la Dre Helen Caldicott, présidente américaine d’une association internationale regroupant plus de 10 000 médecins engagés dans la lutte contre le nucléaire. Ce film, de même que deux autres sur les pluies acides produits pour Environnement Canada, Acid Rain: Requiem or Recovery (Les pluies acides : à la croisée des chemins) et Acid from Heaven (Une pluie acide du ciel), réalisés en 1981, ont été considérés comme des films de propagande par le département de la Justice des États-Unis et leur distribution a été soumise à des restrictions. Toutefois, à la suite de pressions du public américain, qui estimait avoir droit à cette information, le département a accepté de surseoir à l’application de sa directive et de réexaminer la question. If You Love This Planet (Si cette planète vous tient à coeur) a remporté l’Oscar® du meilleur court métrage documentaire décerné par l’Académie des arts et des sciences du cinéma, à Los Angeles.

L’ONF a participé à la production de plusieurs longs métrages, dont Bonheur d'occasion et The Tin Flute, produits par Ciné St-Henri, la Société Radio-Canada et l’ONF. Adaptée du roman éponyme de Gabrielle Roy, l’histoire se passe dans le quartier ouvrier de Saint-Henri, à Montréal, à l’hiver 1940. Réalisés par Claude Fournier, les films ont été tournés à la fois en français et en anglais. Une autre belle aventure cinématographique signée André Forcier, Au clair de la lune, présente l’homme-sandwich Bert et son copain albinos Franck, dans un récit tragico-comique d’une amitié qui dépasse la fiction. Le film a été coproduit par les Productions Albinie et l’ONF.

Dans le domaine des arts, la danse a été admirablement bien servie par les documents Narcisse/Narcissus, film inspiré de la mythologie grecque et signé Norman McLaren, Un jour j'ai rêvé, documentaire de Claude Grenier sur une école de danse manitobaine, et Flamenco at 5:15 (Flamenco à 5 h 15) mettant en vedette Susana et Antonio Robledo, professeurs invités à l’École nationale de ballet du Canada. Ce film vaudra aux producteurs, Cynthia Scott et Adam Symansky, de remporter l’Oscar® du meilleur documentaire décerné par l’Académie des arts et des sciences du cinéma à Los Angeles, en 1984.

Deux films attirent l’attention sur des problèmes à résoudre en milieu rural et en milieu urbain. Dans Une installation à disposer... Saint-Yvon, Gaspésie 1983, François Brault montre comment une communauté résiste à la volonté administrative de ne plus entretenir les quais, privant ainsi les pêcheurs de leur gagne-pain et les poussant à l’exode au nom de la rentabilisation. À plus de 1 000 kilomètres au sud, le corridor Jane-Finch – un bloc de six rues de HLM dans la ville de North York, en banlieue de Toronto, synonyme de tension sociale, de vandalisme, de crime et de déchéance – a servi de toile de fond au film Home Feeling: Struggle for a Community. Fort controversé, le document de Jennifer Hodge et Roger McTair produit en collaboration avec Multiculturalisme Canada fait ressortir le fait qu’il existe là une communauté dynamique confiante dans l’avenir, une image contraire à celle véhiculée habituellement dans les médias.

Les rapports culturels entre nations ont trouvé leur écho dans Singing: A Joy in Any Language, de Malca Gillson et Tony Ianzelo, produit en collaboration avec la Société Radio-Canada et Affaires extérieures Canada, et dans Comme en Californie, un dossier de Jacques Godbout et Florian Sauvageau sur le Nouvel Âge au Québec. Le premier relate la visite en Chine de trois artistes canadiens qui y ont donné des concerts et des cours; le second, s’inspirant du modèle californien, tente de dégager les grandes tendances qui marqueront peut-être les 20 prochaines années de la société humaine et la place qu’occuperont le Québec et le Canada au sein de cette civilisation globale de demain.

Dans Beyrouth! «À défaut d'être mort», la réalisatrice Tahani Rached a voulu rapporter les gestes, les actes, les silences et les dires de ces Libanais exilés dans leur propre pays, afin d’en faire un réquisitoire saisissant contre la guerre, tout comme a voulu le faire Martin Duckworth dans No More Hibakusha! (Plus jamais d'Hibakusha!) en donnant la parole aux survivants d’Hiroshima et de Nagasaki. Ce film, produit en collaboration avec Les Productions du Regard, a remporté la Colombe d’argent décernée au meilleur documentaire au 26e Festival international du film documentaire de court métrage pour le cinéma et la télévision, à Leipzig (République démocratique allemande), ainsi que le Prix spécial du jury de la 27e Compétition de films sur le Japon 1983, à Tokyo.

À l’occasion des fêtes, les artistes des studios d’animation ont créé une murale sur le thème de la paix qui a été exposée durant un mois dans un des corridors particulièrement achalandés du métro de Montréal. Deux autres expositions ont aussi été montées : l’une, montrant les éléments ayant servi à la réalisation des films de Co Hoedeman, a été présentée en collaboration avec Neerland Art Québec à Place-Ville-Marie, à Montréal; l’autre, composée de photos tirées du film Narcisse/Narcissus, de Norman McLaren, a été inaugurée à la première du film au Festival des Films du Monde, à Montréal, pour être ensuite présentée à diverses reprises un peu partout au Canada.

Diffusion des films

Trois documentaires du Studio D ont remporté un immense succès de distribution. Ce sont : I Want to Be an Engineer (Nous sommes des ingénieures), Attention: Women at work! et Femmes au travail! Le premier a été emprunté 2,46 fois plus souvent que la moyenne enregistrée pour l’ensemble des films de l’ONF. Il a été lancé simultanément dans ses versions française et anglaise à la deuxième conférence sur les femmes ingénieures, qui a eu lieu à Montréal au printemps, et a été très bien reçu de la part des organisations féminines, des jeunes à qui il est destiné et du personnel enseignant qui l’utilise pour inciter les adolescentes à poursuivre une carrière en ingénierie. Les deux autres films marquent le début d’une série que se propose de faire produire le Programme fédéral des femmes, un regroupement d’agences et de ministères du gouvernement fédéral dont l’objectif est de produire et de distribuer des films traitant de la condition féminine. La réponse du public à ces films a été plus que favorable, puisqu’on les a demandés 3,45 fois plus souvent que la moyenne des autres films de l’ONF.

Jusqu’à maintenant, aucun emprunt de vidéocassettes ne pouvait se faire à l’ONF. La demande se faisant de plus en plus pressante, on a étudié les diverses possibilités offertes par ce marché en pleine expansion et opté pour deux canaux de distribution qui fonctionneront par mode de location : les vidéoclubs et certains bureaux de l’ONF. Du côté français, à la suite d’une entente conclue avec Les Productions Vidéo MPA inc., une quarantaine de titres sont offerts dans les vidéoclubs, une première, puisque jusqu’alors aucune cassette à contenu canadien n’avait été présentée au public francophone. Du côté anglais, 50 titres sont mis en circulation par l’intermédiaire de Crawford Video One (Moncton), Video One Canada Ltd. (Vancouver), MPA Video Distributors (Montréal) et International Home Entertainment Canada Ltd.

Le second canal de distribution consiste à offrir en location, dans les bureaux de l’ONF, un certain nombre de films pour usage privé ou institutionnel, des films qui servent surtout de documents de travail. En français, ces cassettes sont accessibles aux bureaux de Montréal, de Québec et d’Ottawa; en anglais, elles le sont aux bureaux de Toronto, de Halifax, de Winnipeg et de Vancouver. Par ailleurs, le projet Vidéostat, mené dans la région d’Ottawa, offre au public un service de duplication vidéo en format VHS ou Betamax, à la seule condition que l’usager fournisse sa cassette.

Le répertoire Film Canadiana, qui était édité par l’Institut canadien du film depuis 1970, est dorénavant publié sous l’égide de l’ONF grâce à la base de données FORMAT, le système informatisé bilingue qui facilite l’accès à l’information sur les documents audiovisuels canadiens.

Recherche et applications technologiques

En collaboration avec la firme française Aaton, de Grenoble, l’ONF a mis au point un code de temps matriciel sur film. En 1990, toutes les productions de l’ONF l’auront adopté.

De plus, un prototype de robot destiné à contrôler certaines fonctions d’une caméra a été mis à l’essai; conçu par John Pley, l’assemblage en a été confié à une firme de l’Ontario.

L'ONF

Le commissaire James de B. Domville quitte son poste en janvier 1984, et c’est le commissaire adjoint François N. Macerola qui assure l’intérim jusqu’en mai, alors qu’il devient officiellement commissaire du gouvernement à la cinématographie et président de l’institution.

Le 29 mai, le ministre des Communications Francis Fox dévoile la Politique nationale du film et de la vidéo, qui s’inscrit dans le prolongement du rapport Applebaum-Hébert publié en novembre 1982. La Politique ajoute deux précisions au mandat original de l’ONF. Ainsi, en plus de « produire et distribuer des films destinés à faire connaître et comprendre le Canada aux Canadiens et aux autres nations », l’ONF devient également, d’une part, « un centre mondial d’excellence en matière de production de films et de vidéos »; d’autre part, « un centre national de formation et de recherche dans l’art et la technique du film et de la vidéo ». Le ministre demande au commissaire de définir un plan d’exploitation quinquennal afin que l’ONF remplisse ce mandat. Proposé par le commissaire Macerola, le plan est adopté par le conseil d’administration à l’automne.

La restructuration qui s’ensuit entraîne des effets majeurs sur la production et la distribution, qui seront désormais réunies. Le plan suggère aussi une réduction du personnel permanent et l’embauche de cinéastes pigistes. Une politique d’incitation à la retraite et à la préretraite entraîne une diminution de 30 % de l’ensemble du personnel, et le nombre de cinéastes permanents passe de 54 à 30 en moins de cinq ans. Il est prévu que dès 1987, 70 % de l’ensemble de la production sera assurée par des pigistes. Le nombre de bureaux régionaux de distribution diminue de 26 à 12; ces derniers seront dorénavant appelés « centres canadiens de l’audiovisuel ». La moitié d’entre eux (Halifax, Moncton, Toronto, Winnipeg, Edmonton et Vancouver) abriteront des services de production et de distribution. À l’étranger, seuls trois bureaux sont conservés (Paris, Londres et New York). En fait, toutes ces mesures visent à économiser 10 M$ en cinq ans.

L’ONF procède aussi à une réaffectation administrative de certains de ses programmes qui, malgré leur importance et leur signification à ses yeux, représentent des charges excédentaires quant à la réalisation de ses mandats. C’est pourquoi le Programme des commandites ministérielles et le Centre de la photographie du gouvernement relèveront désormais du ministère des Approvisionnements et Services, le Service de la photographie est transféré aux Musées nationaux du Canada, certaines responsabilités sur le plan international, dont le Canada Film Center de Los Angeles, seront à l’avenir du ressort de Téléfilm Canada et le Programme de certification devient la responsabilité du ministère des Communications.

La mise en place du plan d’exploitation suscite beaucoup de réactions de la part des cinéastes. À leur avis, la diminution de leur nombre aura comme effet de vider l’ONF de ses forces vives, car seule la présence d’un groupe substantiel de cinéastes permanents peut garantir la liberté de création. Ils s’insurgent contre l’intégration de la mise en marché dans les Programmes et la volonté d’adapter les projets à la demande, puisque cela aura comme effet de leur enlever la politique de production. Dans de nombreux textes, pamphlets, études chiffrées, ils dénoncent le fait que, depuis plusieurs années, les concessions successives faites par l’Office pour atténuer les critiques et s’adapter aux politiques fédérales ont abouti à un affaiblissement de sa structure et de son identité profonde.

L’ONF parraine un dossier important, celui de Télé-Jeunesse Canada/Young Canada Television, visant la mise sur pied d’un réseau autonome de télévision réservé aux jeunes. Ce projet correspond à l’un des principes reconnus par l’Office quant au droit des personnes de toute catégorie d’exprimer librement en langue française ou anglaise leurs préoccupations particulières sur le plan socioculturel. L’ONF devra se présenter devant le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) pour obtenir une licence permettant la création de ce nouveau réseau. Malheureusement, en 1986, le CRTC refusera de recevoir la demande, et le projet ne verra pas le jour.

Les cinéastes et leurs œuvres

La Production française fête son 25e anniversaire à l’automne, sous le thème « Vingt-cinq ans d’images à notre image », et plusieurs événements marquent le fait. Tout d’abord, une grande rétrospective de plus de 80 films est présentée à la nouvelle salle ONF du Complexe Guy-Favreau et à la Cinémathèque québécoise. La première montréalaise de la prestigieuse exposition Portrait d’un studio d’animation, ayant circulé préalablement en Europe, s’inscrit aussi dans cet anniversaire qui est souligné par la parution d’un dossier de la Cinémathèque québécoise intitulé La production française à I’ONF, 25 ans en perspectives auquel ont collaboré de nombreux cinéastes et journalistes. Enfin, cet anniversaire est marqué de façon fort éloquente par le documentaire Cinéma, cinéma réalisé par Gilles Carle et le vétéran monteur Werner Nold, décoré cette année de l’Ordre du Canada. Cette réalisation évoque avec humour, émoi et en chansons le quart de siècle de cinématographie d’expression française à l’Office et son impact sur la population et le septième art. Cinéma, cinéma rejoindra 816 000 téléspectateurs le 17 février 1985, à l’émission Les beaux dimanches de Radio-Canada.

La Production française fête, certes, mais elle produit aussi d’excellents films durant l’année. En fiction, le long métrage Mario, tourné dans le paysage envoûtant des Îles-de-la-Madeleine, raconte l’histoire de deux frères partageant le même monde imaginaire, jusqu’à ce qu’un troisième personnage intervienne et que l’orage éclate. Inspiré du roman La sablière, de Claude Jasmin, ce film de Jean Beaudin est présenté au Festival des Films du Monde de Montréal à l’été et prend l’affiche en salle en octobre. La réponse du public est telle que le film garde l’affiche du cinéma Dauphin à Montréal pendant 22 semaines consécutives.

En coproduction avec l’industrie privée, la Production française participe à deux autres longs métrages de fiction : La dame en couleurs, une réalisation de Claude Jutra coproduite avec les Productions Pierre Lamy, sur des orphelins qui, pendant les années 1940, au Québec, sont placés dans un hôpital psychiatrique, et Le crime d'Ovide Plouffe, un film de Denys Arcand d’après le roman du même nom de Roger Lemelin et coproduit avec International Cinéma Corporation. Ce long métrage reprend les deux derniers épisodes d’une série télévisée de six, dont les quatre premiers, réalisés par Gilles Carle, ont aussi été coproduits par la Production française de l’Office.

Une des voies les plus intéressantes explorées ces dernières années par le cinéma canadien, et en particulier par les cinéastes de l’ONF, est celle que l’on a surnommée la troisième voie. Elle se situe à mi-chemin entre la fiction et le documentaire, d’où l’appellation docufiction. Le dernier glacier, coréalisé par Roger Frappier et Jacques Leduc, s’est avéré une des plus belles réussites du genre. Le sujet : un amour qui se meurt sur fond de ville à l’agonie, Schefferville. Documentaire et fiction se répondent, et la technique est souvent celle du double écran. On retrouve également cette symbiose du documentaire et de la fiction dans L'ordinateur en tête, un film de Diane Beaudry sur les femmes et l’informatique, produit au Studio D en collaboration avec le Programme fédéral des femmes. John N. Smith et Giles Walker ont eux aussi choisi cette voie pour réaliser The Masculine Mystique, sur quatre hommes très différents et leurs relations avec les femmes. Même chose pour Paul Cowan qui a trouvé que c’était le meilleur moyen pour rendre compte du combat mené par le Dr Henry Morgentaler dans Democracy on Trial: The Morgentaler Affair (La Justice en procès : l'affaire Morgentaler).

Un film de la Production anglaise, Abortion: Stories from North and South (L'avortement - histoire secrète), de Gail Singer, parle de l’univers des femmes en général et fait aussi un survol historique du système patriarcal à la base des politiques concernant l’avortement. Cette réalisation a remporté le Prix du public au 16e Festival international du cinéma à Nyon, en Suisse. Une des principales productions du Studio D est Behind the Veil: Nuns, de Margaret Wescott, un ensemble de plus de deux heures sur l’apport capital, mais aussi sur l’oppression des religieuses à travers la turbulente histoire de la religion catholique.

Plusieurs autres documentaires ont attiré l’attention au cours de l’année. Incident at Restigouche (Les événements de Restigouche), d’Alanis Obomsawin, traite de l’opposition entre le gouvernement du Québec et les Amérindiens de la réserve Restigouche quant aux droits de pêche et révèle les circonstances et les conséquences de deux descentes de la Sûreté du Québec sur la réserve en 1981. Carnets du Maroc I - Mémoire à rebours est le premier film d’une trilogie du réalisateur d’origine marocaine Jacques Bensimon, qui est retourné dans son pays natal pour se réapproprier son passé et poser un regard sans complaisance sur le Maroc d’aujourd’hui. Carnets du Maroc II - Au sujet du roi et Carnets du Maroc III - La volonté et la foi viendront s’ajouter en 1987. Feeling Yes, Feeling No (Mon corps, c'est mon corps), une série de trois courts métrages de Moira Simpson vise à informer les enfants quant aux moyens à prendre pour se protéger des assauts sexuels; rapidement, la série deviendra la vidéocassette la plus vendue de l’histoire de l’ONF. Ce succès de distribution s’explique en grande partie par un partenariat avec Santé et Bien-être Canada concernant l’inclusion d’un dépliant promotionnel dans ses envois postaux de chèques d’allocation familiale.

Les studios d’animation des deux Productions, française et anglaise, ont produit plusieurs films, dont : Mascarade, de Co Hoedeman, où trouvailles nombreuses et marionnettes expressives constituent un merveilleux stimulant pour l’imagination des jeunes; Amuse-gueule, une fantaisie humoristique de Robert Awad sur le thème de la faim dans le monde; Paradis/Paradise, d’Ishu Patel, une superbe fable en mouvements et couleurs sur le thème de l’envie, qui remportera un Ours d’argent au Festival de Berlin et le Prix spécial du jury au Festival du cinéma d’animation d’Annecy en 1985; Le petit garçon et l'oie des neiges/The Boy and the Snow Goose, de Gayle Thomas, sur l’amitié entre un jeune garçon et une oie; et Chants et danses du monde inanimé - Le métro/Songs and Dances of the Inanimate World: The Subway, où le réalisateur Pierre Hébert témoigne avec des moyens multiples de l’oppression et de l’aliénation vécues dans le métro. Ce film remporte le Prix du court ou moyen métrage de l’Association québécoise des critiques de cinéma.

La Production française fait aussi preuve d’innovation en créant le programme Vidéoclips, qui donne à l’industrie privée et aux acteurs des secteurs public et parapublic le coup de pouce nécessaire pour favoriser la production de vidéoclips canadiens. Un pas de plus vers la canadianisation des ondes dans un domaine où il était plus qu’urgent d’agir! Le programme est né d’une expérience tentée à Saint-Jean où, à l’occasion du lancement de Vidéo-Biblio, cinq groupes de jeunes réalisent des vidéoclips à partir de la chanson Rumeurs sur la ville, de Michel Rivard, avec l’aide de professionnels de l’Office. L’expérience se poursuivra au cours des mois suivants avec les chansons Cochez oui, cochez non, de Paul Piché, et Double vie, de Richard Séguin.

Par ailleurs, comment ne pas citer la production IMAXMD pour l’Exposition internationale de la Louisiane qui a eu lieu à la Nouvelle-Orléans du 12 mai au 11 novembre? Au fil de l'eau/River Journey, réalisé par John N. Smith, a connu un grand succès populaire, entraînant le spectateur à travers les cours d’eau du Canada avec des images impressionnantes, dix fois plus grandes que celles des cinémas traditionnels, et un système de son ultramoderne Dolby à six pistes. Ce projet a mobilisé les connaissances du personnel du Service de l’ingénierie de l’ONF pour plusieurs aspects, dont la modification d’un banc d’optique avec une caméra IMAXMD 65 mm, une première dans l’industrie.

De plus, l’ONF a réalisé une carte du Canada inédite. De format rectangulaire, mesurant 480 cm sur 80 cm, elle consiste en un tracé perceptuel du Canada créé par ordinateur et peint à la main, offrant une vue du haut du ciel, à la fin de l’été. Dévoilée en février à Ottawa par le gouverneur général Edward Schreyer, en présence d’une centaine d’invités, cette carte servira d’outil pédagogique complémentaire aux films et autres produits didactiques audiovisuels de l’ONF; elle est accompagnée d’un guide préparé en collaboration avec du personnel enseignant de l’ensemble du pays à l’intention des écoles primaires et secondaires. Les milieux d’affaires se montrent aussi vivement intéressés à cette carte, qui a d’ailleurs reçu une mention honorable de l’Association internationale des artisans de l’imprimerie au concours Gallery of Superb Printing.

Diffusion des films

L’ONF a profité du 450e anniversaire de la découverte du Canada par Jacques Cartier pour faire connaître ses nombreuses productions traitant du fleuve Saint-Laurent ou de la découverte du Canada. Jacques Cartier - Les deux premiers voyages aux Terres Neufves, un ensemble multimédia composé de films fixes, de cartes pour rétroprojecteur et d’affiches, a retenu l’intérêt du personnel enseignant de toutes les régions du Canada. D’ailleurs, plus de 200 ensembles ont été vendus dès les premiers mois de leur mise en marché. Cette production a aussi été présentée tous les jours en français et en anglais à Québec 1984, également pendant tout l’été à Saint-Malo et devant un public nombreux le 24 juin à l’ambassade canadienne à Paris.

L'ONF

Le leadership de l’ONF s’est affirmé au cours de l’année dans plus d’un domaine, ce qui coïncide avec certaines initiatives importantes de la part du gouvernement fédéral : la création du groupe de travail Caplan-Sauvageau chargé d’examiner l’avenir de la télédiffusion au pays, celui de Raymond-Roth qui s’est penché sur l’industrie du long métrage et le Comité Jensen-Macerola dont le mandat est de mener une étude sur le film non destiné aux salles de cinéma.

Le docudrame The Kid Who Couldn’t Miss, de Paul Cowan, produit en 1982, fait l’objet d’une controverse. Dès sa sortie, ce film avait suscité une réaction assez vive. Il s’agit de l’histoire fascinante d’un jeune Ontarien nommé William Avery (Billy) Bishop qui, à l’âge de 23 ans, est devenu un héros de la Première Guerre mondiale et le militaire le plus décoré au pays. Le film n’est pas une biographie de Bishop, mais plutôt un mélange d’éléments réels et de fiction. Le problème est que certains personnages expriment des doutes ou émettent des réserves par rapport aux exploits de Bishop. Le commissaire François Macerola a dû comparaître devant un sous-comité du Sénat pour répondre aux questions soulevées par les vétérans sur l’image de Billy Bishop dans le film. Ils demandent que celui-ci soit retiré de la distribution. Malgré cette interférence sans précédent du pouvoir politique, Macerola refuse d’acquiescer à cette demande. En 1987, on ajoutera une description spéciale au film pour en clarifier l’approche et le genre.

L’identification visuelle de l’ONF, créée en 1969 par le graphiste Georges Beaupré, est redessinée par le cinéaste d’animation Ishu Patel. Toutefois, la symbolique reste la même, à savoir l’importance que l’Office attache à la vision de l’humain sur le monde.

Plusieurs honneurs rejaillissent cette année sur l’ONF et certains de ses cinéastes. Anne Claire Poirier et Norman McLaren sont nommés Chevaliers de l’Ordre national du Québec. Gilles Groulx reçoit le prix Albert-Tessier, la plus haute distinction accordée par le gouvernement du Québec dans le domaine du cinéma. Kathleen Shannon est décorée de l’Ordre du Canada pour l’excellence de la direction qu’elle a donnée au Studio D. Norman McLaren reçoit un prix pour l’ensemble de son œuvre, au Festival mondial du film d’animation de Zagreb. Le jury du Festival international du film documentaire de Nyon, en Suisse, attribue à l’unanimité un prix spécial à l’ONF « pour l’action exemplaire qu’il a menée depuis 1939 pour le développement du cinéma documentaire ».

Le Studio D de la Production anglaise, familièrement appelé le Studio des femmes, de même que le Programme de promotion de la culture chez la femme sont proclamés Trésors nationaux par l’Institut canadien pour la promotion de la culture chez la femme. Dans son communiqué, l’Institut mentionne que cet honneur leur est décerné en reconnaissance de leur vaste contribution au mouvement féminin et parce que ce sont des centres vitaux d’activités créatrices dont le travail a déjà atteint à une renommée internationale. Ils sont à l’origine d’œuvres admirables et ont contribué fortement à la diffusion des connaissances. Ils ont en outre servi de stimulants à la production de nombreux autres trésors dans tous les coins de ce vaste pays où les femmes unissent leurs efforts pour présenter leur vision de l’avenir.

Les cinéastes et leurs œuvres

Pour l’ONF, ce n’est pas une première que de produire des longs métrages de fiction avec le secteur privé. Toutefois, cette année, l’approche adoptée par le producteur Roger Frappier a été tout à fait novatrice. Il a proposé à des cinéastes de former un groupe qui travaillerait selon une formule qui, en jumelant des réalisateurs permanents de l’Office et d’autres du secteur privé, permettrait d’élargir les bases créatrices et financières pour réaliser des films d’auteur. La réalisatrice Léa Pool et le cinéaste Denys Arcand ont été invités à y participer. La maison de production montréalaise Les Films Vision 4 inc. a été pressentie pour coproduire Anne Trister, de Léa Pool. En échange, cette firme a proposé à l’ONF de coproduire Pouvoir intime d’Yves Simoneau. Le projet de Denys Arcand, Le déclin de l'empire américain, a été offert à une autre maison de production québécoise, Corporation Image M & M Limitée. Anne Trister, film empreint de tendresse sur la quête intime d’une jeune femme en deuil de son père, a été la première de ces trois coproductions à affronter le public. Immédiatement sélectionné pour la Compétition officielle du Festival de Berlin de 1986, ce film a remporté ensuite le Prix du public et le Prix de la meilleure actrice accordé à Louise Marleau, au Festival des femmes de Créteil, en France, tandis qu’il poursuivait avec succès ses présentations en salle dans tout le Québec. Pouvoir intime, film qui n’aurait pu être plus différent quant au style et au contenu, allait lui aussi conquérir la critique et le public. Ce film à sensations basé sur l’attaque d’un camion blindé a provoqué à Montréal et à Québec des commentaires de presse excellents, particulièrement à l’égard de son jeune réalisateur. Le déclin de l’empire américain pose un regard satirique et ultracontemporain sur les mœurs sexuelles d’une brochette d’intellectuels québécois. Il ouvrira la prestigieuse Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes de 1986, où la Fédération internationale de la presse cinématographique lui décernera le prix FIPRESCI. Il raflera aussi huit prix Génie à Toronto et sera le premier long métrage de fiction canadien à être en nomination aux Oscars® à Los Angeles.

La Production française a poursuivi ses activités en Ontario, en Acadie et dans l’Ouest où a été tourné le long métrage de fiction Le vieillard et l'enfant, de Claude Grenier, dont le scénario de Clément Perron est une adaptation d’un récit de Gabrielle Roy. Ce film tendre sur l’éveil à l’amitié, à la vie et à la conscience de la mort a été présenté en première devant une salle comble à Winnipeg avant d’être télédiffusé par Radio-Canada.

Mais l’ONF ne s’en est pas tenu aux films de fiction dans ses coproductions. Gilles Carle est revenu à l’Office pour réaliser Ô Picasso avec l’Association coopérative de productions audiovisuelles de Montréal (ACPAV). Dans ce film, il a combiné ses racines artistiques avec sa superbe maîtrise de l’art cinématographique pour projeter son regard sur le peintre le plus célèbre de l’époque, examinant les points de recoupement de son œuvre et de sa vie.

Présenté en pleine controverse publique à propos du libre-échange entre le Canada et les États-Unis, Final Offer (La dernière offre) jette un regard en coulisses sur les Travailleurs unis de l’automobile du Canada et Bob White, leur populaire leader syndical. Présenté au réseau anglais de la Société Radio-Canada, le film a été suivi d’une émission d’une demi-heure animée par Peter Mansbridge, mettant sur la sellette des travailleurs de l’industrie automobile et Bob White lui-même, ce qui a permis de pousser plus loin les discussions concernant une éventuelle rupture avec leur centrale américaine. Final Offer a vivement intéressé un auditoire avide d’approfondir le contexte de décisions susceptibles d’affecter près d’un travailleur canadien sur sept.

Le réalisateur et écrivain Donald Brittain, de réputation internationale, a eu recours au docudrame dans Canada’s Sweetheart: The Saga of Hal C. Banks pour tracer le profil de l’homme qui a dominé les travailleurs maritimes du Canada en maintenant une poigne brutale sur le Syndicat international des marins canadiens. Ce film, qui reconstitue un drame vécu, est basé sur les transcriptions judiciaires et des interviews avec quelques-unes des personnes-clés de la situation.

La grande question de la paix est au cœur de la série de trois films : Defence of Canada, qui deviendra, contre toute attente, la production de l’ONF la plus populaire de l’année, avec en moyenne 1 260 000 téléspectateurs par épisode. Cette assistance considérable était surtout différente dans sa composition : en effet, 62 % des téléspectateurs avaient moins de 50 ans, soit le double du pourcentage habituel de ce groupe d’âge pour les émissions d’affaires publiques de la CBC. Animée par le journaliste et historien militaire Gwynne Dyer et réalisée par Tina Viljoen, cette série marchait dans les traces d’une autre de l’ONF, intitulée War, diffusée cette année au réseau américain PBS.

Le Programme anglais a la réputation de traiter sérieusement les sujets graves, mais il a aussi prouvé qu’il sait y mettre de l’humour. C’est ce qu’a fait le réalisateur Giles Walker dans 90 Days (90 jours... pour tomber en amour), une ode à l’homme nouveau relevée d’ironie, inspirée par le récent succès de The Masculine Mystique. Dans un film innovateur à petit budget utilisant des acteurs non professionnels, Walker a réussi le tour de force de se ménager les louanges de la critique et de la salle. Du même coup, il a engendré un précédent fort agréable au sein du système de distribution du long métrage au Canada. Bénéficiant d’un très large auditoire, 90 Days a fait ses frais en une période de temps très courte. Et après avoir surpris et ravi les publics des festivals de Montréal et de Toronto durant l’été, le film a fait le tour des salles du pays. Poursuivant la ronde des festivals, il a raflé des prix à Chicago, Mannheim et Rio de Janeiro, et des offres de distribution ont commencé à parvenir des États-Unis. Résultat : l’ONF s’est retrouvé avec la vente la plus importante jamais obtenue pour un de ses films.

Richard Condie aussi a bien fait rire le public. Musicien, compositeur, écrivain et animateur, ce maître de l’humour est venu enrichir la cinématographie avec The Big Snit (Le p'tit chaos). Ce film à la fois loufoque et original introduit le spectateur dans la vie d’un couple dont les manies exaspérantes mènent à une querelle familiale, tandis qu’à l’extérieur de sa maison éclate une guerre mondiale. Cette production a remporté le prix Génie du meilleur film d’animation et a aussi été honorée d’une nomination pour un Oscar®.

Diffusion des films

L’ONF a multiplié les possibilités d’accès à ses films et vidéos, grâce à des accords conclus avec des bibliothèques municipales ou d’autres institutions culturelles dans trois régions importantes du Québec : Québec, Chicoutimi et Rimouski. Dans la Vieille Capitale, une entente de cinq ans a été signée avec l’Institut canadien de Québec, en vertu de laquelle l’ONF a déménagé son bureau régional à la bibliothèque Gabrielle-Roy. Résultat fracassant : grâce aux cinq succursales de la bibliothèque, l’emprunt de vidéocassettes a augmenté de façon stupéfiante, passant de 335 à 5 525. Des résultats du même ordre ont été enregistrés au Saguenay–Lac-Saint-Jean quand l’ONF a déménagé ses bureaux au Centre socioculturel de Chicoutimi. Dans la région du Bas-Saint-Laurent, l’ONF a emménagé à l’hôtel de ville de Rimouski; la distribution a doublé avant même qu’il ait pu organiser l’ouverture officielle. Au cours des cinq années suivantes, l’ONF conclura des ententes analogues avec d’autres villes, partout au pays.

La Distribution française a signé, en janvier 1985, un contrat avec Premier Choix : TVEC Inc. permettant la télédiffusion de 25 courts métrages, dont L'affaire Bronswik, Les tacots et Les «troubbes» de Johnny. Du côté de Télé-câble Vidéotron, des centaines de films de l’Office ont été télédiffusés à l’émission Cinéma sur demande. Une statistique intéressante : au cours des 9 dernières années, les films de l’Office y ont fait l’objet de 94 839 diffusions, et 29 films de la Production française y ont été montrés plus de 500 fois chacun.

Recherche et applications technologiques

La projection frontale a été utilisée pour réaliser les effets spéciaux du film Les Terribles Vivantes - Louky Bersianik, Jovette Marchessault, Nicole Brossard. Cette photographie composite, adaptation moderne du vieux système de projection arrière, exige l’alignement parfait de la caméra et du projecteur. Elle rend le fondu de l’action filmée avec l’arrière-champ projeté plus près de la réalité qu’en utilisant la technique de projection arrière. Plus de 200 techniciens et membres du personnel de production de l’ONF et du secteur privé ont tenu un séminaire sur le plateau pour discuter de ce système lors du tournage.

Le Service d’ingénierie a mis au point un prototype du Ciné-texteMD, un système peu coûteux d’affichage électronique DEL des sous-titres, guidé par le code de temps des copies de films. Sa version plus élaborée, qui repose sur la reconnaissance numérique de la modulation du son sur la piste sonore pour assurer la synchronisation des titres, sera présentée pour la première fois en 1990, à New York, au congrès de la Society of Motion Picture and Television Engineers (SMPTE). Elle sera lancée officiellement en novembre de la même année, au gala-bénéfice de la Cinémathèque québécoise.

L’EditDroid, une nouvelle installation destinée au montage cinématographique assisté par ordinateur, a été aménagée cette année. Conçue par Lucasfilm de San Raphael en Californie pour le film 35 mm, l’EditDroid a été adaptée pour le 16 mm par le Service de la recherche et du développement de l’ONF. Cette installation unique sera appelée à remplacer, comme plusieurs le prédisent, la traditionnelle table de montage. Elle rend possible le transfert des rushes de films sur vidéo, le montage et retransfert sur film. L’un de ses plus importants avantages est la possibilité de faire, grâce à un simple bouton-pressoir, des manipulations rapides et illimitées, éliminant ainsi l’utilisation des ciseaux et les opérations de collage.

Un projet du Service de la recherche et du développement impliquant toutes les divisions de la Direction des services prévoit la création d’une distributrice automatique de vidéocassettes canadiennes, fonctionnant avec l’utilisation de cartes de membre ou de crédit. Le prototype est en développement chez Continental Research and Development et TERTEC Entreprises Inc., deux firmes de Toronto. Ces véritables voûtes de matériel visuel auront une capacité de quelque 200 cassettes.

L'ONF

L’ONF a rigoureusement maintenu l’application des mesures administratives et respecté le plan d’exploitation tracé en 1984. Maintenant, deux grands projets sont au cœur de ses préoccupations : l’implantation du Programme d’équité en matière d’emploi pour les femmes et le dépôt d’une requête visant à créer Télé-Canada et TV Canada.

La priorité de l’Office est d’accroître la participation des femmes dans la production cinématographique canadienne, et ce, à tous les niveaux. En février, le rapport Égalité et accès – Un nouveau contrat social est rendu public. C’est le point de départ de la mise en œuvre concrète du Programme d’équité en matière d’emploi, qui vise à atteindre la parité entre les hommes et les femmes dans toutes les catégories professionnelles de l’ONF. Mais l’Office veut élargir ce programme et, à cette fin, il compte faire partager ses exigences à toute entreprise indépendante avec laquelle il signera des ententes. Le redressement se fera progressivement jusqu’en 1996, année fixée pour atteindre l’objectif de la parité.

En accord avec les recommandations du rapport Caplan-Sauvageau et à la suite de l’appel de demandes que lançait, le 13 août, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) concernant les services d’émissions spécialisés, l’ONF a pris l’initiative de préparer, au nom d’une société à but non lucratif, une requête visant à obtenir des licences pour des services spécialisés de télévision non commerciaux d’intérêt public, soit Télé-Canada et TV Canada. Complémentaires des réseaux publics et privés déjà existants, les programmations de ces services doivent comprendre essentiellement des productions canadiennes, des émissions étrangères de qualité et des émissions traitant de sujets spécifiques, tels les arts et les sciences, de même que des émissions jeunesse. L’ONF envisage ces nouveaux services comme un autre créneau de diffusion de ses films et vidéos. La création éventuelle de Télé-Canada et de TV Canada lui semble en tout point conforme à l’esprit et à la lettre de la loi qui fait de l’ONF un producteur et un distributeur publics. La requête sera déposée au CRTC le 30 avril 1987, mais elle sera rejetée en novembre.

Dans la foulée du succès phénoménal des films Anne Trister, Pouvoir intime et Le déclin de l'empire américain, l’ONF et Téléfilm Canada créent un fonds spécial de 11 M$ pour la réalisation de films en langue française. Ce fonds d’aide destiné à encourager la production de longs métrages au Québec a soutenu la coproduction, avec le secteur privé, des films Un zoo la nuit, qui a remporté un immense succès à Cannes, Kalamazoo, Tinamer, Tristesse, modèle réduit, Trois pommes à côté du sommeil et Les portes tournantes, d’après l’œuvre du romancier acadien Jacques Savoie, film auquel le jury œcuménique du Festival de Cannes a décerné une mention spéciale.

Les cinéastes et leurs œuvres

L’innovation technologique à l’ONF n’a peut-être jamais été aussi frappante qu’en 1986, année où 1,7 million de visiteurs du monde entier ont défilé au Théâtre du Canadien national à l’Exposition universelle de Vancouver pour assister à l’événement cinématographique appelé Transitions. Produit par l’ONF pour la Corporation Place du Havre du Canada et commandité par le CN au coût de 4 M$, ce film ne s’est pas contenté de voler la vedette à Expo 86. En effet, Transitions représente le summum en matière de films en 3D, constituant rien de moins qu’un point tournant dans l’histoire du cinéma. Déjà, à l’Expo 67 à Montréal, avec Dans le labyrinthe, l’ONF s’était imposé à l’attention universelle avec ce chef-d’œuvre sur écrans multiples réalisé par Roman Kroitor, Colin Low et Hugh O'Connor. Ce succès fut suivi, en 1970, par la mise au point du système de projection IMAXMD qui projetait des images incroyablement nettes sur des écrans géants mesurant 23 mètres de hauteur sur 30,5 mètres de largeur, une réalisation dont Roman Kroitor fut l’initiateur à l’extérieur de l’Office. En 1984, Colin Low et Ernest McNabb ont tourné les premières images de Transitions – 20 canoéistes refaisant les gestes des premiers voyageurs canadiens – en filmant simultanément et en stéréoscopie, à l’aide de 2 caméras IMAXMD assemblées et fixées selon un prototype d’assemblage construit par Istec Limited de Hamilton, en Ontario. Depuis plus de dix ans, Colin Low rêvait de transposer le cinéma IMAXMD dans un univers en 3D. Cette idée audacieuse allait être couronnée de succès. Transitions est un film impressionniste qui retrace l’évolution des réseaux de transport et de télécommunications au Canada. Il comprend plusieurs minutes d’infograhisme d’avant-garde réalisées au tout nouveau Centre d’animatique de l’ONF. Alors que jusque-là les films en 3D donnaient des maux de tête aux spectateurs, Transitions est une expérience sans douleur. Et tout comme Dans le labyrinthe avait donné naissance à la dynamique IMAXMD Systems Corporation à Toronto (il existe actuellement plus de 50 cinémas IMAXMD dans le monde), la percée effectuée par Colin Low a fait reculer la frontière des possibilités.

Un cinéaste qui disposait d’un tout autre ordre de grandeur côté budget, John N. Smith, a réussi à produire le long métrage Sitting in Limbo, une fiction alternative qui a remporté un très grand succès populaire. Ce film, dans lequel les personnages sont joués par des amateurs plutôt que des professionnels, traite des problèmes du chômage et de la grossesse chez les adolescentes au sein de la population noire de Montréal. Sitting in Limbo a été primé au Festival des Films du Monde de Montréal (meilleur film canadien hors compétition), au Festival of Festivals de Toronto (mention d’honneur pour la « fraîcheur et la vitalité » du film) et à la Semaine internationale du film de Mannheim, en République fédérale d’Allemagne.

L’ONF a demandé à Paule Baillargeon de concevoir un projet de film sur la maladie d’Alzheimer. Plutôt que d’adopter la forme du documentaire, la comédienne-réalisatrice a choisi d’explorer le sujet au moyen de la fiction, avec comme résultat le film Sonia, qui a reçu un accueil très chaleureux de la part du public et de la presse. L’Association québécoise des critiques de cinéma lui a décerné le prix André-Leroux du meilleur moyen métrage aux Rendez-vous du cinéma québécois.

Si l’Office s’est acquis une réputation internationale d’excellence dans le domaine du documentaire, il la doit en grande partie à Donald Brittain, qu’un critique américain range parmi les trois plus grands réalisateurs de documentaires dans le monde et qui sera couronné de l’Ordre du Canada en 1989. Cette année, l’équipe formée par Brittain et le producteur Adam Symansky a consolidé cette réputation grâce à plusieurs projets, à commencer par The Final Battle (Le dernier combat), conclusion très attendue de la trilogie mordante de Brittain, The Champions, sur l’ex-premier ministre du Canada, Pierre Elliott Trudeau, et l’ex-premier ministre du Québec, René Lévesque. La Société Radio-Canada a diffusé les trois volets au début de septembre. Donald Brittain est également responsable du scénario et de la narration de Tommy Douglas: Keeper of the Flame, portrait documentaire du politicien qui conduisit le CCF au pouvoir en Saskatchewan, puis les néo-démocrates à Ottawa.

Le Studio D existe depuis 1974 à la Production anglaise, mais il n’avait pas d’équivalent du côté français. Pour combler cette lacune, l’ONF met sur pied, sous la direction de la productrice Josée Beaudet, le programme Regards de femmes, dont le mandat est de produire des documents qui reflètent les préoccupations des femmes pour les rapports sociaux, culturels, économiques et politiques qu’elles entretiennent avec les hommes.

Avec la série de neuf films Discussions in Bioethics: A Chronic Problem (La bioéthique : une question de choix), l’ONF aborde de front de nouveaux enjeux moraux auxquels la société doit faire face. Les sujets traités vont du cancer au problème moral pour un individu de travailler dans une usine de fabrication d’armes chimiques, ou du placement en centre d’accueil de personnes âgées à la stérilisation sans consentement d’une mère de famille monoparentale de trois enfants, bref, de quoi alimenter de nombreuses discussions.

Les premières réactions à Daughters of the Country, la plus récente série du Programme anglais, laissent présumer que cette œuvre manitobaine pourrait devenir une des réalisations les plus populaires de l’Office. Présentée au MIP-TV de Cannes, elle a immédiatement été achetée par dix pays. Divisée en quatre parties, cette série retrace l’évolution des Métis à travers la vie de leurs femmes, dont le courage invincible et la persévérance rappellent de manière troublante qu’aujourd’hui, dans le pays qu’ils ont aidé à bâtir, ils sont encore un peuple coincé entre deux mondes. Le réalisme passionné et intrépide de Daughters of the Country prend sa source dans le cœur et l’âme des personnages, ainsi que dans la performance impressionnante des comédiennes, elles-mêmes descendantes des premiers Métis. En 1987, le 12th Annual American Indian Film Festival, en Californie, décernera à l’ONF le prix du meilleur producteur pour cette série ainsi que pour sa contribution à la cause des Indiens du Canada.

Tourné dans seize pays et produit avec l’aide de centaines de bénévoles, The Journey, documentaire de quatorze heures du réalisateur britannique Peter Watkins sur les armes nucléaires, alimentera le débat sur ce sujet pendant des années à venir. L’impact sur le grand public est exactement ce que Watkins recherchait avec cette condamnation épique du militarisme.

La condition humaine est le sujet de La casa, document bouleversant réalisé par Michel Régnier, un cinéaste animé d’une conscience internationale aiguë et d’une passion pour le Tiers-monde. Dans un barrio de Guayaquil, en Équateur, 900 000 personnes sont refoulées aux marges de la ville dans la fange marécageuse du pantano où elles vivent dans des cases sur pilotis en rêvant... d’une maison. Michel Régnier choisit la voie de la sensibilité, faisant vivre à l’écran le quotidien éprouvant d’une famille de 22 personnes qui essaient de sauvegarder l’espoir et une existence normale élémentaire malgré les conditions les plus précaires.

Et pourtant, à l’opposé, Bernard Gosselin a découvert que le paradis est bien de ce monde! Il existe en pleine mer, à deux pas de Terre-Neuve, à l’île d’Anticosti. Dans le long métrage documentaire L'Anticoste, cette île de Robinson apparaît comme une perle rare, avec son fabuleux passé, sa faune et sa flore presque intactes, et les chaleureux habitants de son unique village, Port-Menier. Le cinéaste a été le caméraman et collègue de Pierre Perrault qui, lui, a porté ailleurs l’esprit de découverte, terminant cette année La Grande Allure, et poursuivant l’histoire d’amour qui le lie au fleuve Saint-Laurent. Poussant toujours plus loin sa réflexion sur le pays, sa culture et les gens qui la font, il a refait le voyage de Jacques Cartier, depuis Saint-Malo jusqu’à l’intérieur du fleuve, confiant à des marins et à des hommes d’écriture la tâche de réinterpréter le livre de l’explorateur du 16e siècle. Mais Pierre Perrault est lui-même devenu la découverte d’un autre, en l’occurrence Jean-Daniel Lafond, qui a dirigé sur lui la caméra pour proposer, avec Les traces du rêve, un portrait grandeur nature de Perrault, un homme engagé dans une quête sans équivalent : celle de son pays. Entreprise audacieuse pour un premier long métrage, ce film très émouvant constitue, au premier abord, un documentaire sur l’œuvre et le personnage de l’auteur de Pour la suite du monde, considéré comme l’un des grands maîtres du cinéma direct.

La littérature et la notion de pays prennent une autre dimension avec Toutes les photos finissent par se ressembler, un docudrame réalisé par le poète et écrivain acadien Herménégilde Chiasson. Le prétexte de cette œuvre émouvante est la rencontre entre un père écrivain et sa fille adolescente venue lui montrer son premier manuscrit. Toutefois, le véritable sujet du film est la naissance de la littérature acadienne moderne, mise en parallèle avec le combat politique des Acadiens.

Depuis un certain temps, au Studio d’animation de la Production française, on s’interrogeait sur les moyens à prendre pour mieux faire connaître le cinéma d’animation au grand public. Persuadé que c’était la meilleure façon, Jacques Giraldeau, le réalisateur d’Opéra zéro, a choisi de raconter une histoire avec des personnages réels dont la vie est transfigurée par la découverte du cinéma d’animation : celle de L'homme de papier. Une vingtaine d’extraits de films d’animation, illustrant autant de techniques différentes, parsèment le récit en s’intégrant à l’action. Le Studio a aussi produit, à l’intention du grand public, un document unique en son genre : Le manuel de L’homme de papier. Il s’agit d’un coffret à l’intérieur duquel on trouve une brochure contenant des renseignements et des illustrations pertinentes quant aux règles qui régissent l’art de l’animation, ainsi que des jeux et des exercices. Les objets qui accompagnent le document ont été spécialement fabriqués par des cinéastes d’animation. En les manipulant et en suivant les instructions, on comprend le principe de la décomposition du mouvement, tout en expérimentant par soi-même certaines techniques. Le manuel de L’homme de papier remportera, en 1987, un prix Gutenberg remis par l’Association internationale des artisans des arts graphiques lors de son concours « Galerie internationale de l’imprimerie par excellence 87 ».

Tout comme Le paysagiste, L'heure des anges/Nightangel, de Jacques Drouin et Bretislav Pojar, a été réalisé grâce à l’écran d’épingles, technique inventée par Alexandre Alexeïeff et Claire Parker. L’écran qui a servi à ce film avait été commandé à ses inventeurs par Norman McLaren, geste visionnaire, puisqu’il ne subsiste que trois écrans d’épingles dans le monde. Et depuis le décès d’Alexeïeff survenu en 1981, seul Jacques Drouin possède maintenant le secret de cet art. L’originalité de cette œuvre novatrice, qui dépeint les déboires et les rêves d’un homme devenu aveugle à la suite d’un accident, réside dans la combinaison de deux techniques n’ayant rien en commun : l’écran d’épingles et les marionnettes. Le film est le résultat d’une coproduction Canada-Tchécoslovaquie, le travail avec les marionnettes ayant été effectué à Prague par le coréalisateur Bretislav Pojar.

Recherche et applications technologiques

Parmi les projets importants du Service de la recherche cette année figure la conception d’un logiciel qui, essentiellement, transformera l’ordinateur personnel Macintosh en un « banc » d’animation informatisé. Mis au point en collaboration avec Softhansa, de Berlin-Ouest, ce programme permettra aux cinéastes d’animation de « numériser » leur art et d’indiquer ainsi avec plus de précision aux caméramans les mouvements de leurs personnages. Selon Eddy Zwaneveld, ingénieur responsable du projet pour l’ONF, des scientifiques allemands avaient commencé à développer un système plus élémentaire pour faire des déplacements sur trois axes, mais la participation de l’Office a haussé le standard et l’a fait passer à huit axes. Il s’agit d’un projet extrêmement important qui devrait être terminé à la fin de 1987.

L'ONF

L’ONF et l’Institut québécois du cinéma parrainent le projet d’une future école de cinéma à Montréal. En fait, une recommandation en ce sens avait été émise en 1982 par la Commission d’étude sur le cinéma, à laquelle aucune suite n’avait été donnée. Cinq ans plus tard, l’Institut et l’ONF créent une société à but non lucratif dont le premier geste est de mener une vaste consultation auprès des associations professionnelles autour d’un programme de formation. En 1989, un protocole d’entente sera signé entre les représentants de différents groupes intéressés par le projet, et un conseil d’administration sera formé pour coordonner la création et l’implantation d’un centre de formation professionnelle, l’Institut national de l’image et du son (INIS). Ce n’est qu’en janvier 1996 que l’INIS sera en mesure d’accueillir ses premiers étudiants dans un programme abordant le documentaire, la fiction télévisuelle et la fiction cinématographique. Jusqu’à ce moment, les cinéastes apprenaient leur métier sur le tas, avec des gens qui, eux-mêmes, avaient fait leurs premières expériences en se servant de compétences acquises dans les beaux-arts, en littérature, théâtre, sociologie et autres domaines.

Les cinéastes et leurs œuvres

C’est en première ligne de l’actualité internationale que le Programme français a inscrit une partie de sa production de l’année 1987. Tout a débuté en République dominicaine, avec Sucre noir, de Michel Régnier. Les touristes canadiens ont appris avec stupeur que les plages où ils s’étaient prélassés dans le luxe côtoyaient un univers authentiquement esclavagiste, où survivent 200 000 coupeurs de canne à sucre et leurs familles. Un enfer dans la plus pure tradition historique des pirates et négriers des Caraïbes, et dont ils se découvraient un peu les complices involontaires. Lancé en collaboration avec OXFAM-Québec, qui a entrepris une vaste campagne de dénonciation à laquelle le film a apporté les éléments nécessaires, Sucre noir a suscité spontanément à Montréal la formation d’un comité pour étudier la possibilité de faire pression sur les autorités canadiennes afin qu’elles interviennent auprès du gouvernement dominicain. Montré à Genève à la demande d’une organisation des Nations Unies, ce film ouvrira, à l’automne 1988, le Festival de Bahia, marquant le centième anniversaire de l’abolition de l’esclavage au Brésil.

Un mois après, à l’émission Le Point, de Radio-Canada, on diffusait Haïti, Nous là! Nou La!, de Tahani Rached – laquelle avait déjà tourné Haïti (Québec) en 1985 – un film dont le tournage a été interrompu brutalement. En effet, il a fallu rapatrier d’urgence l’équipe, qui avait subi une fusillade nourrie, laissant en plan ce qui devait être à l’origine un documentaire sur l’accession d’Haïti à la démocratie, à la veille des premières élections présidentielles depuis la chute du régime Duvalier. Le matériel enregistré sur le vif donne une idée précise de l’engagement profond du peuple haïtien et de la terreur qui règne dans ce pays. C’est encore hors frontières que mène la collection L’américanité, mise en chantier par Éric Michel, un retour aux grands programmes thématiques à plusieurs volets, qui jette un regard analytique et poétique sur les valeurs et les réalités contemporaines qui touchent le Québec de près, situées dans leur contexte proprement nord-américain. La formule est originale : réunis d’abord en groupes de réflexion et de discussion, les cinéastes étaient libres ensuite de réaliser chacun un projet personnel. Cela a donné deux films sur le thème de l’exploration territoriale – Le voyage au bout de la route ou La ballade du pays qui attend et Voyage en Amérique avec un cheval emprunté –, deux autres consacrés à des écrivains américains d’origine francophone – Alias Will James et Le grand Jack –, un cinquième sur la situation des femmes – L'amour... à quel prix? et un dernier sur la société de consommation – La poursuite du bonheur.

Chaque année, comme une tradition, l’une des équipes de la Production anglaise signe un film qui suscite une nouvelle vague d’intérêt envers l’ONF et prouve le dynamisme de son cinéma novateur et d’engagement social. En 1988, la palme revient à Beverly Shaffer et au Studio D pour To a Safer Place (L'enfant dans le mur), un documentaire émouvant qui a plongé des millions de spectateurs nord-américains dans le cauchemar des agressions sexuelles dont sont victimes les enfants. Avant de remporter le très convoité prix Emily, décerné au meilleur film du festival par l’American Film and Video Festival de New York, ce documentaire a été présenté en primeur sur le réseau américain Public Broadcasting Service (PBS), aux dix millions de téléspectateurs de son émission d’actualités Front Line.

Un docudrame de Donald Brittain sur la vie et l’époque de Mackenzie King évoque brillamment la carrière épique de ce premier ministre du Canada durant 22 ans. Cette coproduction de l’ONF et de la Société Radio-Canada (CBC), qui se situe parmi les projets de films canadiens les plus ambitieux, couvre plusieurs époques distinctes. Elle fait appel à une fastueuse distribution de figurants et à un budget de 200 000 $ pour les costumes seulement. Mais le plus impressionnant est sans doute le produit final : une chronique de six heures qui révèle toute la richesse de l’histoire canadienne et met en scène les manœuvres de King dans le climat politique perturbé de son époque. The King Chronicle, dont la télédiffusion a été répartie sur trois soirées au réseau anglais de la Société Radio-Canada, au mois de mars, a attiré en moyenne 1 185 000 téléspectateurs, sans changement important entre le premier et le dernier épisode, ce qui représente une cote d’écoute exceptionnelle pour une émission dite intellectuelle.

L’engagement de l’Office envers ses studios régionaux donne d’admirables résultats. Parmi les films de cette année figure un autre exemple d’importance, le documentaire Foster Child, réalisé par Gil Cardinal au Studio Nord-Ouest. Ici, le cinéaste est à la recherche de ses vrais parents et voit surgir des cousins éloignés, un oncle, une tante et l’épouse d’un frère dont il ne soupçonnait même pas l’existence. Cette production éclaire autant sur les conditions sociales des Autochtones du Canada et les intransigeances bureaucratiques que sur le psychisme perturbé d’un orphelin.

Le court métrage d’animation George and Rosemary (Georges et Rosemarie), de Alison Snowden et David Fine, répond sur un ton optimiste et enjoué à la question : l’amour existe-t-il après 65 ans? La façon avec laquelle les cinéastes abordent ce délicat sujet jette un rayon de lumière sur le vieillissement et la solitude. Le film recevra un prix Génie et sera sélectionné pour un Oscar® en 1988. Les problèmes qui touchent les personnes du troisième âge sont abordés de façon beaucoup plus sérieuse au Studio de l’Ontario avec Mr. Nobody et A House Divided: Caregiver Stress and Elder Abuse qui traitent tous deux de cas distincts : le laisser-aller et les mauvais traitements que subissent les gens âgés, dus au surmenage du personnel soignant.

Pour sa part, le Studio de production multimédia a innové en matière d’éducation avec la série pilote de vidéos scolaires interactives intitulée Perspectives in Science. Ce projet est le résultat d’une recherche de matériel audiovisuel compatible avec les nouvelles méthodes d’enseignement dans les programmes de sciences des écoles secondaires du Canada. Outre les concepts scientifiques de base, les élèves étudient les applications technologiques modernes des théories scientifiques, conjointement avec l’évaluation de leur engagement social. Cette méthode s’appelle la connexion SST : Société-Science-Technologie. La série People and Science met en œuvre cette stratégie éducative au moyen de trois vidéos maison : People and Science: Test of Time, sur les déchets toxiques; People and Science: Waiting for the Flies to Die, sur la biotechnologie; et People and Science: Deadlines, sur l’eau. Trois autres sont en production sur la forêt, le sol et l’air.

Recherche et applications technologiques

En collaboration avec la société allemande Softhansa, Tigertec Electronics de Montréal et Integration Inc., l’ONF met au point le système numérisé AniMaîtreMD de simulation de maquettes et de consignation électronique de prises, pour la production de films d’animation. Ce banc facilite la définition et l’exécution de fonctions multiples et complexes.

L’ONF conçoit également un poste de travail de vidéo interactive CléopâtreMD, pour la présentation de matériel de base diversifié, un poste auteur efficace pour programmeurs non initiés. Il est pensé tout particulièrement en fonction des auteurs ou des éditeurs de films éducatifs.

L'ONF

L’Office joue un rôle essentiel dans le développement du cinéma canadien, et c’est ce que le gouvernement a reconnu, au mois de juin, en lui accordant un fonds de 25 M$, soit 5 M$ annuellement, pour la coproduction de longs métrages s’apparentant au cinéma d’auteur. Le Programme anglais gère 3 M$ de ce fonds du Programme de productions indépendantes, et le Programme français, 2 M$. Plusieurs coproductions réalisées grâce à ce fonds seront au nombre des meilleurs longs métrages canadiens : The Last Winter (Last Winter Corporation/ONF), Beautiful Dreamers (Starway Films Inc./ONF), George’s Island (Salter Street Films Limited/ONF), Le party (Association coopérative de productions audiovisuelles/ONF), Les noces de papier (Les Productions du Verseau inc./ONF), Portion d'éternité (Productions du Regard inc./ONF), Cruising Bar (Les Productions Vidéofilms Ltée/ONF) et Jésus de Montréal (Max Films Productions/Gérard Mital Productions/ONF). Réalisé par Denys Arcand, Jésus de Montréal a été sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes et couronné par le Grand Prix du jury et le Prix œcuménique. Il a aussi remporté onze prix Génie, dont ceux du meilleur film, du meilleur acteur et du meilleur scénario original.

Dans son rapport annuel, le commissaire François Macerola se réjouit d’avoir accepté, au nom de l’ONF, l’audacieux projet de coproduction avec Lavalin Communications inc. du film Urgence/Emergency, un autre exemple d’avancement de la cinématographie et d’innovation sur le plan technique. Au départ, le défi était de taille puisque l’Office disposait de seulement six mois pour le produire, un délai tellement court qu’il était qualifié d’irréalisable. Pourtant, le 15 juin 1988, le film inaugurait la toute nouvelle salle IMAXMD dans le Vieux-Port de Montréal et devenait le clou d’Expotec. Dans Urgence/Emergency, les cinéastes Colin Low et Tony Ianzelo font état de l’avance prise par le Canada sur le plan mondial dans le domaine de la technologie médicale, notamment en cardiologie. De toutes récentes techniques d’animation par ordinateur, mises au point par le Centre d’animatique de l’Office, sont utilisées pour illustrer avec un réalisme surprenant les délicates interventions des cardiologues québécois. Plus de 280 000 spectateurs ont assisté aux représentations.

En décembre, six mois avant la fin de son mandat, le commissaire François Macerola quitte l’ONF et accepte un poste chez Lavalin Communications. C’est la vice-commissaire Joan Pennefather qui assurera l’intérim jusqu’au 15 septembre 1989, date où elle deviendra officiellement commissaire du gouvernement à la cinématographie et présidente de l’ONF.

Les cinéastes et leurs œuvres

Cette année, aucun document n’a provoqué autant de discussions que Disparaître, le premier grand dossier de la série Enjeux d’une nation. Tout en examinant les conséquences de la dénatalité au Québec, ce documentaire s’intéresse à la destinée de la nation canadienne-française, à plus ou moins brève échéance. Près de 800 000 téléspectateurs ont pu le voir lors de sa diffusion en primeur à l’émission Les beaux dimanches, à Radio-Canada.

Anne Claire Poirier a vu son œuvre couronnée par le prix Albert-Tessier, la plus haute distinction décernée par le gouvernement du Québec dans le domaine du cinéma. Sa plus récente réalisation, Salut Victor!, est un film de fiction intimiste sur deux attachants vieillards que le hasard réunit dans une maison de retraite. Salut Victor! fait partie de la première série de dix téléfilms coproduits avec quatre maisons de production du secteur privé. La participation de l’ONF, qui produit deux des films et collabore aux autres, a permis de mener à bien cette nouvelle expérience de production de longs métrages de fiction à budget modeste destinés au grand public et télédiffusés sur les ondes de Radio-Québec aux heures de grande écoute.

Au Programme anglais, le laboratoire de fiction DramaLab veut aider des artistes du pays à parfaire leur métier par la réalisation de fictions de quinze minutes. La série sur le chômage Without Work, scénarisée, réalisée et produite par les participants au DramaLab, sera projetée au Festival de la télévision de Banff en juin 1989.

Quelle que soit la nature du projet, le documentaire repose sur une recherche en profondeur et une quête quasi obsédante de la vérité. La réalisatrice Alanis Obomsawin, dont l’enfance a été marquée par le foin d’odeur et les cendres fumantes de son village abénaquis, s’est retrouvée dans les bas-fonds de Montréal pour dépeindre, dans No Address (Sans adresse), ce qu’il advient des jeunes Autochtones transplantés en ville. Pour la cinéaste, le cinéma est une voie permettant aux Autochtones de se faire entendre.

Le documentaire See No Evil…, avec pour toile de fond un paysage industriel sinistre, montre le peu d’importance qu’accordent certains employeurs à la question de la sécurité des travailleurs. Utilisant comme point de départ un accident de travail survenu en novembre 1979, qui a laissé l’ouvrier Terry Ryan estropié et aveugle, le film suit l’histoire de Stan Grey, représentant syndical responsable de la sécurité dans l’usine, qui affronte le Bureau des relations ouvrières de l’Ontario et le ministère du Travail pour tenter d’obtenir justice pour Terry Ryan.

L'espoir violent est peut-être l’un des documents les plus authentiques réalisés sur la maladie mentale. Dans ce film bouleversant, des êtres humains prisonniers d’eux-mêmes autant que d’un système disent leurs souffrances, leurs griefs, leurs attentes et en appellent à une meilleure écoute de leurs besoins et de leurs désirs, dans le respect de leur dignité. Ces thèmes se retrouvent aussi dans La peau et les os. Inspiré de faits historiques et de témoignages contemporains, ce docudrame explore deux désordres psychologiques qui se répandent de plus en plus chez les jeunes : l’anorexie et la boulimie. Le traitement empreint d’une grande humanité et l’actualité du sujet comptent sans doute pour beaucoup dans le succès que le film a remporté en salle, en tenant l’affiche plusieurs semaines au Cinéma Parisien, à Montréal, et au Cinéma Place-Québec, à Québec, fait exceptionnel pour un docudrame.

Le programme Regards de femmes s’est attardé, quant à lui, au récent phénomène de société qu’est la famille recomposée. Singulier pluriel suit le cheminement de deux couples plongés au cœur de cette aventure pleine d’embûches que constitue la composition d’une nouvelle cellule familiale. Dans On a pus les parents qu'on avait, des enfants de tous les groupes d’âges parlent librement de ce qu’ils vivent dans une situation qui leur a été imposée par les adultes. Ce documentaire sera télédiffusé au réseau TVA en 1989, au cours de l’émission Le match de la vie, qui sera suivie exceptionnellement d’une table ronde d’une heure animée par Claude Charron, avec les parents des enfants qui se sont exprimés dans le film.

Au Festival international d’animation d’Ottawa, en octobre, Pierre Hébert s’est vu attribuer, pour l’ensemble de son œuvre, le prix Héritage Norman-McLaren, créé et décerné par Asifa-Canada et Guy Glover au nom de la succession Norman McLaren. Son dernier film, La lettre d'amour, une performance qui se déroule sur le mode de l’improvisation, réunit danse, musique, écriture et gravure sur pellicule.

The Cat Came Back (Le chat colla...), réalisé par Cordell Barker au Studio des Prairies, reformule de manière loufoque la chanson à répondre enfantine au sujet du vieux monsieur Johnson qui essaie de se débarrasser de son petit chat jaune. Présenté dans les salles canadiennes avec le film A Fish Called Wanda, The Cat Came Back a fait partie de la rétrospective de courts métrages animés du réseau anglais de la Société Radio-Canada et a été primé aux festivals de films de Zagreb, Los Angeles, Chicago, Rouyn-Noranda et Shanghai. Il a en outre remporté un prix Génie à Toronto pour le meilleur court métrage animé et sélectionné pour un Oscar®.

Recherche et applications technologiques

En collaboration avec la firme Tigertec Electronics de Montréal, l’ONF conçoit et met au point le CerveauMD, système sophistiqué à effets spéciaux pour planifier, mémoriser et exécuter les mouvements de caméra, de chariot et d’objets par ordinateur. Le chariot de caméra a été fabriqué par le Service de l’ingénierie.

Le Génie du sonMD/Sound GenieTM est un système de gestion numérique développé pour moderniser et perfectionner la Sonothèque. L’ONF possède en effet une sonothèque contenant 40 000 effets sonores enregistrés sur bobines. Mais ce type de support technique exige une manipulation longue et compliquée. De plus, ce système ne protège pas suffisamment le matériel, et la qualité s’en trouve altérée. Avec la technologie R-DAT, qui permet l’enregistrement numérique, le catalogage électronique et la manipulation robotisée des enregistrements, le Génie du son remédie à tout cela. Développé de concert avec Tertec Enterprises Inc. de Markham (Ontario), le système, d’une capacité initiale d’enregistrement de 2 000 heures de son numérique stéréo, placera la Sonothèque de l’ONF parmi les banques de son les plus vastes et les plus modernes au monde.

L'ONF

En cette année du 50e anniversaire, de très nombreux Canadiens et Canadiennes ont pris plaisir aux célébrations qui se sont déroulées dans l’ensemble des studios au pays. Au bureau central de Montréal, du 29 avril au 2 mai, l’événement Portes ouvertes a attiré pas moins de 24 000 personnes curieuses de mieux connaître les artisans, les coulisses et les secrets du cinéma. Parmi les innombrables activités mises sur pied pour l’occasion, le public a particulièrement apprécié le stand de l’Animation française. Dans leurs propres studios, les cinéastes expliquaient et démontraient leurs méthodes de travail : animation de marionnettes, manipulation de l’écran d’épingles, gravure sur pellicule, animation assistée par ordinateur, création d’images de synthèse. Deux courts métrages et une vignette ont été spécialement réalisés pour l’occasion. L’originalité du premier, l’amusant Audition, de Bruce Mackay, réside dans le fait que le public des Portes ouvertes assistait à la reconstitution du tournage. Dans L'anniversaire/Anniversary, de sympathiques personnages jouent à reproduire les différentes étapes de la réalisation d’un film; Marc Aubry et Michel Hébert ont ainsi permis d’apprécier les multiples possibilités de l’animation assistée par ordinateur. Au Programme anglais, le cinéaste George Geersten a réussi à raconter en 60 secondes l’histoire du Canada à travers les productions de l’ONF dans Anniversary vignette, un record d’efficacité! Le cinéma d’animation est un des fleurons de l’ONF, et c’est en l’honneur du grand cinéaste qui a amené cet art à l’Office que le bâtiment principal du bureau central a été nommé Édifice Norman McLaren, ce génie décédé en 1987.

Quatre cinéastes renommés – Anne Claire Poirier, Jacques Godbout, Kathleen Shannon et Colin Low – ont accepté d’être les ambassadeurs culturels spéciaux de l’ONF tout au long de cette année au cours de laquelle l’Office a reçu de nombreux hommages. Le monde entier a salué ses accomplissements, comme en témoignent un Génie à Toronto, un Rockie honorifique à Banff, une plaque commémorative à Cannes, le prix Don-Quichotte à Annecy et un Oscar® honorifique à Los Angeles. Ce dernier lui a été remis « pour saluer son 50e anniversaire et pour souligner son engagement constant à encourager la création artistique, le développement technologique et l’excellence dans toutes les sphères de la cinématographie. »

Au Festival de Cannes, 50 ans, une compilation réalisée par Gilles Carle, a reçu la Palme d’or décernée pour « souligner le cinquantenaire de l’ONF et son effort continu en faveur du cinéma canadien ». Au cours d’une tournée pancanadienne, plus de 10 000 personnes ont pu se faire photographier tenant à la main un de ces prix prestigieux. De plus, le demi-siècle de réalisations cinématographiques de l’Office a été souligné par un timbre commémoratif émis par la Société canadienne des postes.

Le documentaire a toujours été pour l’ONF le meilleur genre cinématographique pour répondre à sa mission de producteur public. Ainsi, l’un des événements marquants du 50e a été le symposium « Le documentaire se fête/A Salute to Documentary », qui s’est tenu au mois de juin à Montréal. Il a mis en évidence le rôle de chef de file international qu’occupe l’Office dans ce domaine et en a souligné la vitalité dans le monde entier. Près de 300 films ont été présentés dans plusieurs salles, et 1 200 personnes venant de 46 pays se sont inscrites au colloque. Dans une ambiance chaleureuse et parfois tumultueuse, les documentaristes du monde entier ont eu l’occasion d’échanger leurs points de vue sur l’évolution historique, la dynamique actuelle et les perspectives d’avenir du cinéma documentaire. L’une des principales recommandations formulées à la clôture de cet événement est que l’ONF agisse comme leader dans le domaine du cinéma documentaire au niveau mondial et assure une continuité à l’action lancée au cours du symposium.

Depuis décembre 1988, Joan Pennefather occupait par intérim le poste de commissaire du gouvernement à la cinématographie et présidente de l’ONF. En septembre, elle devient la première femme à occuper officiellement ce poste.

Exceptionnellement, l’Union internationale des associations techniques cinématographiques (UNIATEC) a tenu son congrès en Amérique du Nord. Organisé à Montréal, en octobre, sous les auspices de l’ONF et présidé par Marcel Carrière, l’UNIATEC a décerné un Prix d’excellence à l’ONF.

En décembre, un autre film souligne le 50e anniversaire, mais il se conjugue au féminin cette fois. En effet, la cinéaste Anne Claire Poirier a présenté en avant-première à la Cinémathèque québécoise Il y a longtemps que je t'aime, un survol de 50 ans de cinéma sur les femmes, un portrait tel qu’il a été présenté presque exclusivement par les hommes pendant longtemps à l’ONF.

Les cinéastes et leurs œuvres

Un projet des plus excitants cette année est le film en IMAXMD-OMNIMAXMD The First Emperor of China (Le premier empereur de Chine), tourné sur le site archéologique de l’Armée terracotta, en Chine, qui renferme les secrets de la dynastie Qin. Grâce aux coréalisateurs Tony Ianzelo et Liu Hao Xue, les caméras de l’ONF racontent l’histoire du roi guerrier Qin Shihuang, qui a unifié l’empire chinois, et nous font pénétrer dans l’intimité de son palais royal. Les images spectaculaires, d’une clarté et d’une définition sans égales, donnent une impression plus vraie que nature du tombeau de l’empereur Qin et de son armée de statuettes de terre cuite. Cette coproduction de 7 M$ est un projet conjoint du Musée canadien des civilisations, de Crawley Films Limitée et du Xian Film Studio de Chine. L’ONF essaie, par l’entremise de telles ententes, de rendre accessible au plus grand nombre de maisons de production et de distribution la technologie de l’écran géant qu’il a contribué à créer. L’Office distribuera Le premier empereur de Chine dans les salles de cinéma du monde entier.

Deux autres anniversaires importants sont à souligner, le 15e anniversaire du Programme hors Québec de la production régionale en français et le 15e également du fameux studio des femmes, le Studio D. Première dans le monde à se consacrer spécifiquement à la cause des femmes, cette unité a produit plus d’une centaine de films depuis sa création. Goddess Remembered (Sur les traces de la déesse) et Half the Kingdom ont été les deux œuvres les plus remarquées en 1989. Goddess Remembered analyse l’histoire de la spiritualité féminine, qui commence environ 3 500 ans avant Jésus-Christ, alors que la femme était considérée comme source de vie, de sagesse et de justice. Lancé en septembre et octobre dans tout le pays, ce film a été sélectionné par le Festival of Festivals de Toronto, le Vancouver International Film Festival et le Edmonton Insight Festival of Films and Videos by Women. Half the Kingdom trace le portrait de sept femmes originaires du Canada, des États-Unis et d’Israël qui luttent pour donner une perspective féministe à leur héritage juif. Cette coproduction entre le Studio D et Kol Ishah a été lancée dans tout le pays avec la collaboration de plusieurs organisations nationales juives féminines et de dirigeants de synagogues locales.

Avec ses deux centres de production de l’Acadie et de l’Ontario, le Programme de production régionale en français cherche à rendre compte de la réalité des diverses cultures francophones du pays par la production de films de cinéastes pigistes. C’est le cas de la collection Franc-Ouest, consacrée aux adolescents des provinces de l’Ouest qui a produit Jours de plaine. Ce court métrage d’animation a été sélectionné en compétition officielle par le Festival de Cannes. Inspiré par une chanson originale de Daniel Lavoie, Jours de plaine lance un appel à la solidarité de la grande famille des francophones du monde. La musique du cinquième film de la collection Franc-Ouest, Entre l'effort et l'oubli, est également de Daniel Lavoie.

Durant la saison des festivals canadiens, l’ONF a lancé deux films majeurs, qui ont obtenu un succès international. Il s’agit de Justice Denied et de Welcome to Canada, qui ont d’abord été sélectionnés au Festival des Films du Monde de Montréal, puis au Festival of Festivals de Toronto. Justice Denied est l’histoire prenante de Donald Marshall, un Micmac de 17 ans de la Nouvelle-Écosse qui fut incarcéré dans une prison à sécurité maximale pour un crime qu’il n’avait pas commis. Le récit dramatique que Paul Cowan fait de cette parodie de justice couvre les onze années que Marshall passa en prison avant que son cas soit révisé, et son innocence, reconnue. Dans Welcome to Canada, John N. Smith raconte l’histoire, profondément émouvante, d’un groupe de réfugiés tamouls du Sri Lanka qui dérivent le long des côtes de Terre-Neuve et des habitants d’un petit village de pêcheurs qui les accueillent et les réconfortent.

Plusieurs films se sont ajoutés au catalogue du programme Regards de femmes. Qui va chercher Giselle à 3 h 45? est un constat affligeant du fait que, pour les parents, et particulièrement pour les mères, mener de front vie professionnelle et vie familiale tient parfois du prodige. Le film a reçu le prix André-Leroux du meilleur moyen métrage de l’Association québécoise des critiques de cinéma. Sélectionné par le Festival international des films sur l’art, Ferron, Marcelle a remporté le Prix du meilleur portrait d’artiste de cette manifestation. L’importance de vieillir en beauté est démontrée dans Les pouvoirs de l'âge, alors que Femmes en campagne raconte la marche triomphale des agricultrices du Québec qui ont conquis un statut économique et juridique enviable au cours des dernières années.

Plusieurs films d’animation innovateurs ont été lancés, dont Juke-Bar, réalisé par Martin Barry, qui a soulevé l’enthousiasme au Canada et à l’étranger. Avec ce court métrage combinant tournage réel et animation de marionnettes, le lauréat du septième concours « Cinéaste recherché(e) » a remporté pas moins de trois prix importants : le Grand Prix de Montréal du meilleur court métrage au Festival des Films du Monde, le prix Génie du meilleur film d’animation et le Hugo d’argent de sa catégorie au Festival de Chicago. À l’heure où l’on déplore la faible diffusion des courts métrages dans les salles commerciales, Juke-Bar a été présenté durant 18 semaines avec le long métrage Les matins infidèles, et dans pas moins de 66 salles au Canada, dans le circuit Famous Players, avec le film Crazy People.

Recherche et applications technologiques

L’innovateur DigiSyncMD, qui est à la fois un compteur numérique universel de défilement et un lecteur de codes barres sur film, mis au point par l’ONF et construit par Research in Motion de Waterloo (Ontario), a obtenu un succès considérable sur le marché. Eastman Kodak, qui a acheté l’un des premiers DigiSyncMD, a fait la démonstration de ses possibilités à l’occasion de plusieurs expositions. Un grand nombre de firmes étrangères ont déjà demandé des permis de distribution. Le système possède la faculté de lire les nouveaux numéros de bord en codes barres, ce qui permet une meilleure manipulation de la pellicule.

La 17e Conférence de l’UNIATEC, à Montréal, a été l’occasion de lancer publiquement le DigiSoundMD, système de son numérique pour cinéma compatible avec les formats du son analogue traditionnel, utilisant un enregistrement optique sur pellicule 35 mm. Pas plus d’un mois auparavant, ce système traçait la première piste de données numériques sur film sonore 35 mm et il a déjà suscité un intérêt considérable dans le monde, de la part de géants, dont l’American Multi-Cinema (AMC) et Famous Players. Quant à Agfa-Gevaert, le second plus important fabricant de pellicule cinématographique, il a déjà commencé un projet de recherche conjoint avec l’ONF et Berringer Research pour concevoir une nouvelle pellicule sonore négative numérique.

Nombreux ont été les films de l’ONF acclamés cette année, au pays comme à l’étranger, qui présentaient des découvertes des services de la recherche et du développement technique. Parmi celles-ci, soulignons le nouveau support ventral pour hélicoptère pour tous les formats de caméras, utilisé pour des prises de vue aériennes spectaculaires dans Ballade urbaine et Aces: A Story of the First Air War (Les as du ciel - Chronique de la première guerre des airs), qui sortira dans trois ans. En 1990, cette pièce d’ingénierie polyvalente servira au tournage du film IMAXMD destiné à l’Exposition universelle de 1992 à Séville.

Introduction

Pour l’ONF, la nouvelle décennie est placée sous le signe du déclin. Les nombreuses compressions budgétaires ont grandement nui à ses activités, et d’autres nuages noirs se profilent à l’horizon avec la création, dès 1980, du Comité d’étude de la politique culturelle fédérale (Applebaum-Hébert), qui doit se pencher notamment sur le rôle de l’ONF. Le Comité Applebaum-Hébert publie son rapport deux ans plus tard, dans lequel il recommande que l’ONF cesse de produire et de distribuer des films, et qu’il se transforme en un centre de recherche et de formation, une option rejetée fermement par l’Office.

En 1984, le ministre Francis Fox rend publique la nouvelle Politique nationale du film et de la vidéo, qui s’inscrit dans le prolongement des recommandations du rapport Applebaum-Hébert. Le nouveau mandat de l’ONF consiste désormais à devenir un « centre mondial d’excellence en matière de production de films et de vidéos » et un « centre national de formation et de recherche dans l’art et la technique du film et de la vidéo » ayant pour vocation de « réaliser des œuvres de haut calibre ». Un nouveau commissaire, François Macerola, se voit chargé d’établir un plan d’exploitation quinquennal comportant une réorganisation des activités de l’Office et une réaffectation de ses ressources internes.

Considérant la diminution constante de ses moyens de production, l’ONF perçoit la coproduction avec le secteur privé comme la meilleure réponse à l’inflation des coûts et la seule possibilité de poursuivre la mise en œuvre de films de fiction. La Production française s’engage donc dans un programme de coproductions avec le privé et prend ainsi part à un grand nombre d’œuvres marquantes, dont Le déclin de l'empire américain, de Denys Arcand, la plus célèbre d’entre elles. Au Programme anglais, on opte pour le projet Alternative Drama, des films de fiction à petit budget comme celui de John N. Smith, Sitting in Limbo, dans lequel quatre jeunes Noirs de Montréal improvisent les dialogues sur des thèmes comme la pauvreté, le racisme et leur vie dans la communauté.

En 1986, à l’Exposition de Vancouver, l’ONF présente le premier film IMAXMD en 3D, Transitions, de Colin Low et Tony Ianzelo, sur le thème des transports, et Making Transitions, de Tony Ianzelo, sur les procédés utilisés dans le film. C’est une suite logique à la démarche entreprise dans les années 1960 pour la production du film Dans le labyrinthe, présenté à l’Exposition universelle de Montréal. L’expérience se poursuit avec Urgence/Emergency, en 1988, et The First Emperor of China (Le premier empereur de Chine), en 1989.

Grâce au Programme fédéral des femmes, lancé en 1981, le Studio D peut continuer de produire des films réalisés par des femmes, pour des femmes. Cinq ans plus tard, l’équivalent francophone, Regards de femmes, sera créé à la Production française.

La politique de décentralisation du gouvernement fédéral conduit la Production anglaise à établir un programme d’aide à la production privée, le Program to Assist Films and Filmmakers in the Private Sector. La Production française fait de même avec l’Aide au cinéma indépendant – Québec, qui sera élargi peu après à tout le Canada.

Durant la décennie, l’informatique sous toutes ses formes retient l’attention. L’ONF cherche des applications possibles, aussi bien dans le domaine de la production, en mettant sur pied le centre d’animatique, que de la distribution, avec le guichet vidéomatique.