L'ONF

John Grierson voulait que l’ONF devienne un puissant organisme de propagande, contrôlant à lui seul toute l’information gouvernementale. Pour ce, il avait suggéré, en novembre 1939, la création d’un bureau d’information qui aurait un contact direct avec le premier ministre, ce qui avait été entériné par Mackenzie King en décembre de la même année. Le Bureau d’information publique devait collecter et faire circuler les renseignements concernant l’effort de guerre canadien. C’est dans cette perspective que Grierson obtient, en 1940, la coopération du Bureau pour financer la série En avant Canada (Canada Carries On), laquelle connaîtra une large diffusion au pays.

Jusque là, c’était le Bureau de la cinématographie qui était responsable de la production, et ce dédoublement mène rapidement à une lutte entre celui-ci et l’ONF. Dénonçant le dysfonctionnement de cette double structure qui oppose les limites administratives aux besoins de la production, Grierson fait parvenir sa lettre de démission au président de l’Office le 27 novembre 1940. Il affirme la nécessité de soumettre le Bureau à l’administration de l’ONF et déplore le manque de souplesse du service public concernant l’embauche de créateurs. Son départ est différé pendant quelques mois, et le gouvernement finira par céder en juin 1941.

Pour croître, l’ONF a besoin de l’apport de cinéastes expérimentés. Grierson en fait venir quelques-uns des États-Unis (Irving Jacoby, Roger Barlow, Gordon Weisenborn, Robert Flaherty, Stuart Legg), d’autres d’Europe (Joris Ivens, Boris Kaufman, Alexandre Alexeïeff). Mais il tient à associer de jeunes Canadiens tels que Ross McLean et Donald Buchanan, choisis pour leur rôle dans le paysage cinématographique canadien. Certains, sans expérience, sont recrutés selon des critères connus de Grierson seulement : c’est le cas de Donald Fraser, James Beveridge, Tom Daly, Sydney Newman et Stanley Jackson. Le cinéaste Guy Glover intègre l’ONF grâce à son amitié avec McLaren qui, lui, doit respecter son engagement avec Caravelle Film à New York et n’arrivera à l’ONF qu’en 1941, même s’il réalise quelques courts métrages pour l’organisme avant cette date.

Grierson a toujours misé sur la créativité des cinéastes, et pour lui le fonctionnariat est incompatible avec cette qualité première. Les cinéastes et les producteurs qu’il recrute sont engagés sur une base contractuelle de trois mois avec possibilité de renouvellement à la fin de leur mandat. Cette façon de faire prévaudra jusqu’en 1950, alors qu’on accordera la permanence aux cinéastes, mais l’ONF devra revenir à la philosophie de départ au milieu des années 1990, lorsque d’importantes compressions budgétaires le forceront à se départir de ses cinéastes et d’une bonne partie de ses techniciens.

Le même principe d’instabilité s’applique au sein des équipes de production, où les rôles sont interchangeables, ce qui favorise l’acquisition de compétences multiples. Cette souplesse engendre une conception égalitaire au sein du processus cinématographique et permettra à de nombreux techniciens d’accéder à la réalisation.

À la fin de l’année 1940, l’organisme compte une douzaine d’employés, tous anglophones sauf Philéas Côté, nommé au poste de directeur de la distribution. Son embauche marque l’entrée du premier Canadien français à l’ONF.

Les cinéastes et leurs œuvres

La trentaine de films catalogués pour l’année 1940 ont été majoritairement tournés en anglais par l’ONF et quelques-uns par le Bureau de cinématographie. Comme c’est le cas très souvent en animation, les quatre courts métrages réalisés par Norman McLaren sont des films sans paroles qui conviennent donc à tous les publics, quelle que soit leur langue.

Fait à souligner, Un du 22e, réalisé par Gerald Noxon, un hommage aux soldats du célèbre Royal 22e Régiment de Québec, est considéré comme étant le premier film de l’ONF en langue française, même s’il est tourné par une équipe d’Associated Screen News.

Au fil des ans, l’ONF travaillera régulièrement en partenariat et, dès 1940, il coproduit avec Audio Pictures Limited le film Wings of Youth (Notre jeunesse ailée), qui démontre comment l’Empire britannique réagit pour neutraliser les bombardements aériens et tourner à son avantage la formule « l’avenir est à l’aviation ».

On commence à produire la série En avant Canada (Canada Carries On), dont l’objectif est de mettre en lumière les réalisations canadiennes et situer le pays sur la scène internationale. Le cinéaste Stuart Legg, spécialiste de la propagande cinématographique, met à profit son expérience du montage et réalise, à partir de métrages d’archives d’origines diverses, les films les plus importants de la série, dont Churchill’s Island (La forteresse de Churchill), premier documentaire de l’ONF à remporter un Oscar® à Hollywood en 1941. Grâce à des ententes signées avec la Columbia Pictures pour la distribution commerciale des films en anglais et avec France Film pour celle des films en version française, la série est projetée régulièrement dans près de 700 cinémas d’un océan à l’autre, ce qui en fait sans conteste la plus répandue de n’importe quel genre au pays.

La progression de la guerre ayant interrompu toutes possibilités de distribuer des films en Europe (sauf dans les Îles britanniques) et dans la plus grande partie de l’Asie, le service de distribution concentre donc ses efforts en vue de diffusion au Canada et dans d’autres parties du Commonwealth britannique, aux États-Unis, en Amérique du Sud, au Proche-Orient et en Orient.

L'ONF

Depuis mai 1939, l’Office national du film et le Bureau de cinématographie du gouvernement canadien relèvent tous deux du ministère de l’Industrie et du Commerce. Toutefois, John Grierson juge que la coordination efficace de l’activité cinématographique de tous les ministères fédéraux devrait être gérée par une seule structure. Il croit aussi que sa mission première étant de soutenir l’effort de guerre, l’organisme devrait être transféré du ministère du Commerce à celui des Services de guerre. Pour affirmer sa position, il va même jusqu’à démissionner en novembre 1940, mais son départ est différé de plusieurs mois.

Convaincu du bien-fondé de la démarche, le gouvernement accepte et sur ordre du Conseil, le 11 juin 1941, les pouvoirs, obligations et fonctions du ministre du Commerce sont transférés au ministre des Services de guerre. Par la même occasion, il intègre le Bureau de cinématographie à l’ONF, lequel reflète désormais les vœux et la vision de Grierson.

Les services cinématographiques et photographiques, jadis administrés par l’Office de l’information, sont aussi confiés à l’ONF. Cela signifie qu’une proportion plus grande du matériel graphique lié à l’information sur la guerre, est produite à l’Office.

Les cinéastes et leurs œuvres

L’Écossais Norman McLaren connaît bien le commissaire John Grierson, lequel l’invite à l’ONF pour s’occuper de la section animation, ce qu’il accepte le 7 septembre 1941. McLaren a déjà réalisé quelques courts métrages pour l’Office, mais son premier film en tant que cinéaste de l’ONF est Mail Early, une publicité pour Postes Canada. La technique et le style de McLaren répondent très bien aux exigences de l’effort de guerre : rapidement réalisés, avec un minimum d’équipement, ses films véhiculent les messages par un biais divertissant, essentiellement visuel donc accessible dans toutes les langues, et peu coûteux. Les films réalisés par McLaren entre 1941 et 1943 sont les premières productions en couleurs produites à l’ONF.

Parallèlement à la réalisation, McLaren se consacre à la mise sur pied du studio d’animation et au recrutement de son équipe qui deviendra opérationnelle en 1942. Dès le départ, il établit un standard d’excellence basé sur la recherche et l’innovation, et sa présence, au fil des années, se fera sentir sur l’ensemble de la production. Le documentaire et, plus tard le long métrage de fiction, bénéficieront directement et indirectement des activités de son studio.

La production mensuelle des films de la série En avant Canada (Canada Carries On) se poursuit et le premier épisode, Atlantic Patrol (Patrouille sur l’Atlantique) commence à être diffusé en salle. Les deux autres films à retenir de cette série sont Churchill’s Island (La forteresse de Churchill), premier documentaire de l’ONF à remporter un Oscar® à Hollywood, et Warclouds in the Pacific (Menace sur le Pacifique), un documentaire sur la possibilité d’une attaque à Pearl Harbor, distribué deux semaines avant les faits. Ils proviennent de matériel documentaire britannique, de piétage reçu des Allemands, des Italiens et des Japonais ainsi que de matériel provenant des dépôts d’archives américains. Ces trois films sont réalisés par le cinéaste Stuart Legg. Outre sa diffusion dans tout le pays, la série est distribuée à l’étranger dans les cinémas du Royaume-Uni, des États-Unis, de l’Australie, des Indes et des Antilles.

John Grierson avait fait preuve de vision tout au long de la mise en place de l’ONF et de la définition du rôle que l’organisme devait jouer au sein de la cinématographie canadienne et internationale. Pourtant, un aspect de la spécificité du Canada lui avait échappé : la double culture. Durant toute la période de la guerre, la production de films en langue française est minoritaire et les Canadiens français doivent se contenter de versions des films en anglais. Le seul francophone en poste à l’ONF, Philéas Côté, sensibilise le commissaire au problème, ce qui donne lieu à l’embauche du premier cinéaste francophone, Vincent Paquette, à qui l’on confie la réalisation de la série mensuelle Actualités canadiennes, un magazine de langue française, dont la diffusion débute en septembre de la même année. Les épisodes de la série font l’objet d’une très grande demande dans les milieux français du Canada et dans les pays de langue française. La série prendra, en mars 1943, le titre de Les Reportages.

L'ONF

Le mandat établi par le gouvernement en créant l’Office national du film, en 1939, devait répondre à la problématique de l’identité canadienne. En effet, l’ONF devait produire et distribuer des films destinés à faire connaître et comprendre le Canada aux Canadiens, Canadiennes, et aux autres nations. En 1942, le commissaire John Grierson rédige le bilan suivant pour la revue britannique Documentary Newsletter : « La première partie de notre travail au Canada s’est terminée au début de l’année 1942. (...) Il y a des raisons particulières pour que l’usage national des films s’adapte si vite et progresse sur la scène canadienne. Le besoin de concrétiser l’unité dans un pays fait de distances géographiques et psychologiques en est une, mais pas la plus importante. Plus vital, je pense, est le fait que le Canada prend conscience de sa situation dans le monde et comprend, comme peu de pays anglophones semblent le faire, que c’est une situation d’un nouveau genre. (...) Je ne peux pas expliquer autrement l’ampleur du soutien que nous avons reçu, ni les espoirs à long terme qui ont été placés dans cette école de projection que nous avons créée. »

Grâce au travail accompli par l’ONF, le Canada peut diffuser à l’étranger l’image d’une nation distincte et autonome. C’est exactement ce dont il a besoin pour prendre part au nouvel ordre mondial, dans le contexte de redéfinition des liens entre l’Angleterre et les Dominions, due au statut de Westminster, et pour contrer la puissante influence exercée par les États-Unis par le biais des images.

Les cinéastes et leurs œuvres

L’ONF organise, en septembre, une Unité de coordination des actualités filmées. L’intention est de gérer la production d’actualités plus directement avec l’effort de guerre et de stimuler la production tout en augmentant le volume des sujets canadiens dans les bandes d’actualités distribuées au Canada et à l’étranger. Les actualités tournées durant l’année font connaître les différents aspects de la production industrielle et agricole du pays, la participation du Canada aux programmes d’aide mutuelle, la Conférence de Québec et les autres conférences internationales. À noter que les actualités produites pour l’armée relèveront éventuellement de la Canadian Army Film Unit, qui sera créée en 1943.

On débute la production mensuelle de la série The World in Action (Le monde en action); il s’agit d’épisodes de 20 minutes réalisés en grande partie en faisant un montage du piétage reçu du gouvernement britannique, de l’unité de production Signal Corps, des actualités françaises et de matériel provenant d’Allemagne, d’Italie, du Japon, de Chine et de l’URSS. Les films les plus remarquables de la série sont Inside Fighting Russia (La Russie sous les armes), The War for Men’s Minds (À la conquête de l’esprit humain) et Balkan Powder Keg, tous trois réalisés par Stuart Legg, et Our Northern Neighbour, de Tom Daly.

Cette série a pour mission de présenter sur les écrans du pays une synthèse des événements mondiaux durant la guerre et d’étudier leurs répercussions sur la vie canadienne. Elle décrit éloquemment les phases successives de la grande stratégie alliée. De plus, elle contribue à faire comprendre et à interpréter la participation canadienne au fonctionnement des organismes internationaux, tels que la Commission des vivres et de l’agriculture, la Banque et les fonds internationaux, la Commission de l’aviation civile et l’organisation de la sécurité mondiale.

La ville de Montréal fête son tricentenaire et, pour l’occasion, le cinéaste Vincent Paquette réalise La cité de Notre-Dame, le premier film en français tourné par un Canadien français.

La diffusion des films

Les productions de l’ONF sont projetées sur les écrans du Canada, des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, de l’Afrique du Sud, des Indes, des Antilles et par l’intermédiaire du ministère britannique de l’Information et des agences de films d’actualités. Ainsi, ces films atteignent presque tous les cinémas des nations alliées.

Le Canada est un pays vaste et plusieurs communautés qui vivent hors des grands centres n’ont aucun accès aux salles commerciales. Sous la direction de Donald Buchanan, qui possède de nombreux contacts à travers le pays pour avoir fondé la National Film Society, l’ONF met sur pied un réseau de projectionnistes itinérants pour la diffusion des films 16 mm. La distribution rurale est organisée par l’intermédiaire des circuits ruraux, tandis que la distribution urbaine incombe aux circuits industriels et syndicaux et au service de bénévoles.

Chacun des circuits ruraux est circonscrit dans une région rurale bien définie. Le projectionniste, muni d’un appareil portatif et d’un programme choisi de films, parcourt son territoire – en voiture habituellement – suivant un itinéraire et un horaire bien arrêtés. Les séances sont données gratuitement dans les bibliothèques, les salles paroissiales, les écoles et les centres civiques. Certains de ces circuits sont entièrement subventionnés par l’ONF et d’autres sont établis en coopération avec les organisations agricoles et éducatives des différentes provinces. Environ 1 700 séances sont organisées chaque année et l’assistance mensuelle se chiffre en moyenne à 250 000 personnes.

Les circuits industriels présentent des films aux artisans de l’industrie canadienne, alors que les circuits syndicaux offrent des programmes aux syndicats locaux d’un océan à l’autre, conjointement avec le Congrès canadien du travail, le Congrès canadien des métiers et du travail et l’Association éducative des travailleurs.

Le service volontaire de projection est organisé en coopération avec des organismes civiques et des clubs sociaux non desservis par les autres circuits de l’ONF. Les organisations fournissent un projectionniste tandis que, pour sa part, l’Office met à leur disposition des appareils de projection à la condition que l’équipement serve à la présentation de films éducatifs aux groupements paroissiaux, aux organisations féminines et aux clubs de jeunes.

L’ONF collabore aussi avec les programmes d’éducation permanente des universités; parmi elles, le collège Macdonald de l’Université McGill, près de Montréal, et l’Université de l’Alberta occupent une place de choix.

La mise sur pied par l’ONF de ce réseau très novateur de distribution non théâtrale de films 16 mm ainsi que le succès remporté auprès des auditoires canadiens soulèvent l’enthousiasme et l’admiration des autres pays. Plusieurs veulent connaître le mode de fonctionnement des circuits, particulièrement celui des districts ruraux.

L'ONF

En obtenant du gouvernement la fusion du Bureau de la cinématographie du gouvernement canadien avec l’ONF en 1941, John Grierson avait réussi à centraliser la politique de propagande qu’il avait initialement préconisée dans son rapport en 1938. Mais son influence ne se limite pas à cela. Au début de l’année 1943, on lui demande d’occuper, parallèlement à son rôle de commissaire de l’ONF, le poste de directeur général de la Commission d’information en temps de guerre (Wartime Information Board). Cette commission avait remplacé, l’année précédente, le Bureau d’information publique, jugé inefficace.

Le poste de directeur général confère à Grierson le pouvoir d’orienter toute la politique d’information selon sa conception de l’éducation. Il prend les rennes du département des graphiques de la Commission, ce qui lui permettra d’étendre l’idée documentaire aux photographies, aux affiches et aux publications gouvernementales. Désormais, il contrôle la politique, la production et les outils de la propagande canadienne.

À partir de ce moment, l’ONF connaît un essor considérable en ce qui a trait à ses effectifs et à son organisation. Une proportion plus grande de matériel graphique informatif lié à la guerre est produite à l’ONF, et les fonds de l’organisme serviront notamment à la production et à la diffusion de ses films.

Les cinéastes et leurs œuvres

Bien qu’elle ait été suscitée et encouragée par John Grierson, la contribution des femmes à la production cinématographique canadienne avait été peu reconnue dans les premières années d’existence de l’ONF. Et pourtant, Evelyn Cherry, Evelyn Lambart, Gudrun Parker, Laura Boulton, Jane Marsh furent des pionnières et on leur doit plusieurs productions importantes, entre autres : Alexis Tremblay : Habitant (1943), Before They Are Six (1943), People of the Potlatch (Les Indiens de la côte Ouest) (1944), Listen to the Prairies (Le chant des Prairies) (1945).

Plusieurs films sur les femmes et sur le rôle qu’elles ont joué durant la guerre et l’après-guerre, Proudly She Marches (Carrières de femmes) (1943), Wings on Her Shoulder (Nos femmes ailées) (1943), Careers and Cradles (Carrières et berceaux) (1947) sont des documents fascinants, qui traduisent la perception ou la vision masculine sur la présence des femmes au travail. Ces films n’ont pas été produits par l’ONF, mais ils ont été intégrés à sa vaste collection d’Archives. Ils sont essentiels pour comprendre les valeurs sociopolitiques et culturelles véhiculées à différentes époques de l’histoire canadienne. Ces documents aident aussi à saisir l’évolution de la technique cinématographique et ils sont constamment en demande aux fins de recherche ou de consultation.

En 1943, une quinzaine de francophones travaillent sous la supervision de producteurs anglophones. L’ONF décide de les réunir au sein de la French Unit, appellation qui démontre bien à quel point l’Office fonctionne principalement en anglais à cette époque. La direction est assurée par Vincent Paquette, qui poursuit la production des Actualités, mais les rebaptise Reportages. Cette série s’attache primordialement à mettre en relief le rôle des Canadiens français durant la guerre, mais des sujets plus généraux tels que l’histoire, la culture ou la religion y sont également abordés. Les Reportages, au nombre de 118, comprennent, notamment, des films comme Appel spécial à la femme canadienne par madame Casgrain (Reportages no 7, 1941), Nos Canadiennes dans l’armée et l’aviation (Reportages no 8, 1941), Université de Montréal (Reportages no 77, 1942) La Conférence de Québec (Reportages no 42, 1943), Les Canadiens en Italie (Reportages no 57, 1944), La Palestre nationale (Reportages no 99, 1944), De Gaulle au Canada (Reportages no 73, 1944).

La diffusion des films

Comme pendant aux circuits existants de projectionnistes ambulants au Canada, l’ONF met sur pied des Conseils du film (Voluntary Film Councils), une équipe anglophone de projectionnistes bénévoles en milieu urbain pour atteindre des endroits non couverts par les circuits industriels et syndicaux. Ce n’est qu’en 1946 que les francophones bénéficieront d’une telle équipe.

L’ONF ouvre des bureaux à Londres, Chicago et New York. On trouve également ses films dans plus de 25 missions diplomatiques. Au cours de l’année, 592 copies de films en 16 mm sont expédiées à 11 pays, dans les territoires de l’Empire britannique ou autres régions en dehors du Canada (les États-Unis exceptés).

Sa large diffusion au pays et à l’étranger fait que la série Le monde en action (World in Action), qui se penche sur la participation canadienne au fonctionnement des organismes internationaux, est considérée comme le reflet de la pensée canadienne dans les cinémas américains et ceux du Royaume-Uni. Aux États-Unis, 5 000 à 6 000 salles projettent ces films, et environ 1 000 cinémas la diffusent au Royaume-Uni. Cette distribution assure à la série 30 à 40 millions de spectateurs pour chaque édition mensuelle. De plus, des versions spéciales sont préparées pour les pays tels que l’Afrique du Sud, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, les Indes et les Républiques de l’Amérique latine. La série est distribuée par l’intermédiaire de la United Artists Corporation.

L'ONF

C’est la première année que les activités de l’Office national du film sont consignées dans un rapport annuel produit par l’organisme lui-même. En effet, de 1939 à 1942 l’information sur l’ONF était colligée dans les rapports du ministère de l’Industrie et du Commerce et de 1942 à 1944, dans ceux des Services de guerre. En fait, dans tous les cas, il s’agissait d’un très court texte qui ne faisait aucune mention des réalisations de l’Office en matière de cinématographie.

À une réunion du conseil tenue le 7 septembre 1945, le président suggère que l’ONF produise son propre rapport. Selon lui, l’avantage politique à ce que l’Office présente son bilan en Chambre est indéniable. Les autres membres acquiescent et la décision est prise d’en rédiger un sur l’année budgétaire précédente, couvrant la période du 1er avril 1944 au 31 mars 1945. Le tout premier rapport est déposé le 14 novembre 1945. C’est l’occasion pour l’ONF de faire une mise à jour importante de l’ensemble de ses activités et d’en donner une vue d’ensemble. Le rapport fournit une mine de renseignements sur la structure de l’Office, ses productions, ses circuits de distribution et son rayonnement au Canada et dans le monde.

Les cinéastes et leurs œuvres

Durant l’année, un total de 308 films sont réalisés par une douzaine d’unités de production réparties en trois grands secteurs : le programme national de cinématographie (46 films), le programme d’information en temps de guerre (153 films) et la production pour les autres ministères (109 films).

Le programme national de cinématographie a été créé en réponse à la demande de plus en plus forte des milieux scolaires et autres groupements canadiens de films d’information sur le Canada. Cinq séries sont produites dans ce programme : une série consacrée à la vie communale canadienne; une autre traitant de l’agriculture et du développement de la vie rurale; une troisième sur les ressources et les industries nationales; une série abordant les progrès réalisés au pays en arts, en recherche scientifique et en médecine; une série à caractère touristique.

Les séries d’actualités Rural Newsreels, Industrial Newsreels et Frontline Report (qui deviendra Canadian Screen Magazine), produites à partir de métrage tourné par l’Unité cinématographique de l’Armée outre-mer, informent les auditoires industriels et ruraux du pays de ce qui se passe sur les fronts. De la même façon, les séries Canada communique et Eyes Front (qui prendra plus tard le nom de Revue-cinéma canadienne) sont distribuées par les services auxiliaires de l’armée aux troupes canadiennes combattant outre-mer et dans les camps militaires au Canada. Elles ont pour but de les informer des activités canadiennes et internationales : la visite de Mme Chiang Kai-Shek, les convois canadiens, la réhabilitation des blessés, les femmes au travail et les événements sportifs.

Un film théâtral d’une heure, This Is Our Canada (Terre canadienne), est réalisé à l’instigation du gouvernement soviétique et il est destiné aux cinémas de l’URSS. Ce film a pour mission de montrer les différents aspects de la vie canadienne, l’effort de guerre du Canada et les forces potentielles du pays dans le domaine du commerce, de l’industrie, de l’agriculture et du transport aérien.

Depuis son entrée à l’ONF à l’automne 1941, le cinéaste Norman McLaren a réalisé de nombreux films d’animation prônant l’effort de guerre. L’introduction d’une note de légèreté dans ses courts métrages renforcent les messages comme dans Five for Four, prônant l’achat d’obligations d’épargne de guerre, et dans V for Victory, encourageant l’acquisition de Bons de la Victoire. Toutefois, en 1944, il met fin à ce genre de production et Keep Your Mouth Shut est sa dernière contribution personnelle à l’effort de guerre. Il se consacre plutôt à la production des séries Chants populaires et Let’s All Sing Together, et il réalise lui-même l’animation de quelques-uns de ces films. Les plus célèbres sont Là-haut sur ces montagnes et C’est l’aviron.

En mai, on met sur pied une section de films fixes. Développé depuis une vingtaine d’années, ce genre de projections est un nouvel auxiliaire dans l’enseignement par l’image. Chaque projection consiste en une bobine de film ininflammable d’une longueur de cinq pieds, sur laquelle est disposée une série ordonnée de photographies servant à illustrer un thème complet. Un commentaire écrit ou enregistré sur disque accompagne la bande. Comme l’appareil de projection est moins coûteux et plus facile à manier que les appareils à cinématographie, les organisations qui ne peuvent se payer le luxe des représentations cinématographiques peuvent bénéficier de cet aide visuel. Huit cents appareils de ce genre sont en service au Canada et leur utilisation augmente constamment.

L’ONF est une maison de production et de distribution intégrée, c’est-à-dire qu’on réalise à l’interne toutes les phases d’un film de A à Z, depuis l’élaboration du scénario original jusqu’à la copie finale présentée à l’écran. Il a donc besoin, non seulement de studios de production, mais aussi de services techniques comprenant un laboratoire, un studio d’enregistrement sonore, un service de caméras, des effets sonores et musicaux, de l’animation, des effets d’optique, des services de projection, des cinémathèques, un service d’entretien et d’organisation technique. Pour donner un ordre de grandeur du matériel à traiter, mentionnons que le laboratoire a développé au cours de l’année plus de 7 000 000 de pieds de film en 35 mm en plus de 1 250 000 pieds pour diffusion non commerciale.

L’ONF ne produit pas seulement des films, mais il gère aussi un département des graphiques composé de quatre services : le service de photographie qui prend et développe les photos à l’usage des ministères du gouvernement et distribue des maquettes et des matières imprimées aux journaux, aux revues et aux maisons d’édition; le service d’étalage et d’expositions, qui prépare des photographies et des panneaux d’étalage destinés à l’information du public; le service de dessins, d’affiches et de disposition typographique, qui réalise les panneaux-réclames, les affiches, les dépliants, les caricatures et les illustrations servant à agrémenter les publications du gouvernement; et le service de projections fixes à l’intention des divers ministères.

La diffusion des films

L’importance du Canada et son influence dans le monde des affaires internationales suscitent dans les pays étrangers une demande croissante de films traitant des différents aspects de la vie canadienne, de la topographie et des ressources du pays. Le Canada devant préparer sa croissance commerciale d’après-guerre, l’ONF assume pleinement son rôle de faire connaître le pays aux autres nations en réalisant un programme cinématographique adéquat.

Par l’intermédiaire des agences de New York, l’ONF distribue son métrage d’actualités aux États-Unis et aux agences d’actualités canadiennes et de l’Amérique latine. Les compagnies qui éditent ces actualités fournissent le métrage à tous les pays de l’Empire britannique. Par Londres, l’ONF alimente les compagnies anglaises d’actualités, les actualités du United States Office of War Information, du British Ministry of Information et du gouvernement français. Ces films sont distribués en Chine, aux Indes, en Suède, au Portugal, en Turquie, en Afrique et au Moyen-Orient. L’ONF a aussi des bureaux à Washington, Chicago, Mexico et Sydney, et distribue également par l’intermédiaire de 25 agents diplomatiques (ambassades, légations, consulats) et commissariats de commerce établis par le Canada à l’étranger. En 1944, on note une augmentation de 200 % dans la distribution à l’étranger, soit 1 948 copies diffusées dans 31 pays.

Au Canada, l’ONF a maintenant des bureaux régionaux à Montréal, Toronto, Winnipeg et Vancouver. Durant l’année, 3 112 copies de 761 films circulent dans les réseaux urbains et ruraux. Ces films traitent de l’effort de guerre canadien, alors que d’autres servent à transmettre des messages adressés par les divers ministères ou à communiquer des notions sur des sujets d’un intérêt particulier pour les auditoires ruraux, tels que l’hygiène rurale, le contrôle des prix, les méthodes de culture scientifiques, etc. La moyenne mensuelle de l’assistance est de 465 000 spectateurs. En octobre, la campagne de l’Emprunt de la Victoire à elle seule permet d’atteindre un record : 2 856 séances attirent 385 615 spectateurs. On estime que la distribution en salles commerciales des séries En avant Canada (Canada Carries On) et Le monde en action (The World in Action) atteint mensuellement un auditoire de 3 000 000, tandis que les sujets courts et les Actualités fournis aux agences sont vus par la totalité des habitués du cinéma au pays.

Les productions en langue française de l’ONF, distribuées dans les cinémas desservant les milieux canadiens-français et par l’intermédiaire des circuits industriels et ruraux de l’Office, sont en demande croissante. Deux facteurs expliquent cette hausse : la difficulté d’obtenir des films originaux en français, et le fait que les plus importantes compagnies d’actualités filmées n’alimentent pas les cinémas français. Les films de la série Les reportages sont projetés une fois la semaine dans 72 cinémas, dans les clubs, les associations et les écoles au Québec, en Ontario, au Nouveau-Brunswick, en Alberta et en Saskatchewan. Chaque mois, on compte une assistance moyenne de 720 000 spectateurs. À l’étranger, depuis la libération de l’Europe, la demande pour les films en français de l’ONF est en hausse, particulièrement en France et en Belgique.

L'ONF

Le commissaire John Grierson croit fermement que le cinéma est le médium le plus apte à propager un idéal collectif, et la guerre lui a offert la possibilité d’exercer ses talents de propagandiste en toute légitimité. Il a aussi une conception de l’interdépendance entre les nations qui s’est exprimée dans des séries comme En avant Canada (Canada Carries On) et surtout dans celle sur Le monde en action (The World in Action), dont les épisodes présentent une anticipation des liens internationaux sur lesquels devrait être fondé le nouvel ordre mondial après-guerre. Ces films frôlent dangereusement les questions de politiques étrangères, dont le premier ministre a l’exclusivité, et le gouvernement n’apprécie pas d’être devancé par cette initiative. On reconduit tout de même, après un premier mandat de six mois, l’engagement de Grierson à la Commission d’information en temps de guerre (Wartime Information Board), mais on suspend son projet de lancer un plan d’information pour la reconstruction d’après-guerre. Ce désaccord provoque la démission de Grierson de la Commission en janvier 1944, mais il poursuit son action à l’ONF.

D’autres films provoquent des remous. Our Northern Neighbour, par exemple, présente l’allié russe sous un jour favorable; sa distribution est stoppée aux États-Unis par la United Artists et interdite par le Bureau de censure de la province de Québec. L'ONF est accusé de faire de la propagande communiste aux frais du gouvernement. En janvier 1945, le film Balkan Powder Keg, de Stuart Legg, commente défavorablement l’intervention de la Grande-Bretagne en Grèce. Cette prise de position est contradictoire avec la politique du premier ministre Mackenzie King, qui assume le rôle de médiateur entre les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Cet incident pose le problème de la liberté d’action de l’ONF, mais Grierson en réaffirme l’indépendance en refusant l’éventualité d’un droit de regard du ministère des Affaires étrangères. Le film est retiré de la circulation, remonté et rebaptisé Spotlight on the Balkans (Orage sur les Balkans). Ce faux pas met fin à la liberté dont jouissait Grierson jusque là, et il n’est pas encouragé à rester à la tête de l’ONF après la guerre. Désavoué par le gouvernement canadien et mû par d’ambitieux projets de développement international du documentaire, il démissionne de son poste le 7 août et quitte définitivement l’ONF le 7 novembre 1945.

Avant de venir au Canada, John Grierson avait consacré dix ans au développement du documentaire au sein de l’Empire Marketing Board (1927-1933) et du General Post Office (1933-1937) et il avait mis en pratique à la fois sa conception du documentaire et ses principes en matière d’organisation et de production. Même s’il a souvent provoqué la controverse et suscité des débats idéologiques lorsqu’il était à la tête de l’ONF, sa contribution au déploiement d’une cinématographie canadienne est rarement remise en cause. L’Office national du film, sa structure intégrée, son réseau de distribution, ses cinéastes engagés socialement constituent, en effet, un héritage inestimable.

Ross McLean, celui qui, en 1938, avait suggéré à son patron Vincent Massey, haut-commissaire du Canada à Londres, de faire venir Grierson au Canada pour étudier les activités cinématographiques gouvernementales, assure l’intérim au poste de commissaire du gouvernement à la cinématographie. À l’automne 1945, l’Office national du film passe sous la juridiction du ministère de la Santé et du Bien-être social.

Les cinéastes et leurs œuvres

La production destinée aux salles de cinéma se poursuit avec de nouveaux épisodes des séries Le monde en action (World in Action) et En avant Canada (Canada Carries On), ainsi qu’avec les Actualités et les films de langue française. La guerre est encore très présente dans Road to the Reich (Aux portes du Reich), une description de l’entrée de l’armée canadienne en Allemagne, et Ordeal by Ice (L’épreuve du froid), un documentaire sur l’entraînement d’hiver du régiment écossais Lovat Scouts dans les déserts glacés de la Colombie. On pense aux soldats, mais aussi à la gent féminine et À vous mesdames rend hommage à la Canadienne pour avoir si entièrement coopéré à la politique nationale du contrôle des prix et de mesures anti-inflationnistes.

La fin des hostilités en Europe donne naissance à Salut à une victoire, en mémoire des héros canadiens tombés aux champs de bataille. Ce film a ceci de remarquable que la prise de vues est réalisée en moins de deux heures et que tous les écrans canadiens, de Halifax à Vancouver, le montrent le jour même de l’armistice en Europe. Un autre record à souligner : La guerre est finie, dont la prise de vues est effectuée en moins de 72 heures, est présenté sur tous les écrans du pays la veille même du jour de l’armistice avec le Japon.

La paix revenue, on peut enfin passer à des sujets plus joyeux et se laisser emporter par la musique avec Le vent qui chante, un poème en images sur les orgues Casavant, Toronto Symphony (La Symphonie de Toronto), le premier film en l’honneur d’un orchestre canadien, et Listen to the Prairies (Le chant des Prairies), un hommage au Festival de musique de Winnipeg.

Les Reportages sont devenus Coup d’œil et les films ont trait aux problèmes de la vie rurale, industrielle et culturelle du Canada français. Aux spectateurs francophones, on propose aussi plusieurs versions de reportages originellement en anglais. On y montre, entre autres, les sports d’hiver, les arts domestiques, les sites touristiques.

Parallèlement à la production destinée aux salles commerciales, on poursuit celle qui vise particulièrement la diffusion communautaire avec une série de films culturels et ruraux et des dessins animés. Certains, comme This Is Our Canada (Terre canadienne), soulignent la diversité ethnique du pays et font voir qu’il doit sa vitalité non seulement aux deux groupes majoritaires d’origine française et anglaise, mais aussi à la richesse des apports plus récents d’immigrants d’Europe centrale, d’Ukraine, de Pologne et d’autres pays. On réalise aussi une quarantaine de versions en langue étrangère de films déjà existants.

La diffusion des films

Le service de distribution de l’ONF diffuse ses productions au Canada par l’intermédiaire de cinq voies principales : les circuits ruraux dont le nombre atteint 85; les circuits industriels qui rejoignent un auditoire mensuel moyen de 132 712 personnes; les circuits des syndicats dont les 292 locaux réunissent en moyenne chaque mois 26 426 ouvriers; les 83 cinémathèques utilisant les films de format 16 mm et les cinémas commerciaux.

La distribution communautaire des films de l’Office a pris une grande expansion pour répondre aux besoins spécifiques des groupements locaux qui font la demande de films relatifs aux campagnes d’hygiène publique et de bien-être social, aux problèmes d’embellissement urbain et de sécurité publique, à des programmes culturels ou éducatifs. Pour mieux satisfaire à toutes ces demandes, l’ONF a dû trouver un mode de distribution plus flexible que l’ancien système des circuits mensuels. En conséquence, le service de distribution a aidé plusieurs localités, d’un bout à l’autre du pays, à constituer leur propre cinémathèque où elles peuvent trouver, au moment voulu, les films qui les intéressent. Ces nouvelles cinémathèques locales font connaître les films 16 mm à de nombreux publics qui ne pouvaient auparavant être rejoints ni par les circuits ruraux, ni par les circuits industriels et ouvriers.

Dans les cinémas canadiens, les séries de films documentaires Le monde en action (World in Action), En avant Canada (Canada Carries On) et Les reportages ou Coup d'œil sont vendues de la même manière que les productions commerciales et sont diffusées dans plusieurs centaines de salles par l’intermédiaire de la Columbia Pictures of Canada et de France-Film. Durant l’année, l’ONF a distribué commercialement deux films d’un caractère particulier : La rive gauche du Rhin, réalisé par le ministère de l’Information de Grande-Bretagne à l’aide de prises de vues de l’armée britannique et de l’armée canadienne, et True Glory, un documentaire sur la campagne alliée en Europe.

La distribution à l’étranger s’effectue, soit par l’intermédiaire des bureaux de l’ONF en Grande-Bretagne, aux États-Unis, en Australie et au Mexique, soit par l’intermédiaire des ambassades et des consulats du Canada, soit par l’intermédiaire des cinémas ou d’autres organismes spéciaux. Les films sont soigneusement choisis de façon à faire connaître le vrai visage du Canada, c’est-à-dire celui d’un pays industriel et progressif, riche d’un héritage culturel multiple, s’intéressant aux arts, à la science, aux problèmes sociaux et à l’éducation. Un pays riche aussi en produits commerciaux de toutes sortes, en produits manufacturés, en matières premières, en produits agricoles, et constituant, par surcroît, un marché qui n’est pas à négliger de quelque douze millions de consommateurs. Un pays, enfin, dont la physionomie doit fasciner les touristes en quête de paysages inédits, de souvenirs historiques ou de sports variés.

L'ONF

Dans le cadre d’une vaste politique de réduction des dépenses, le ministre des Finances demande au commissaire intérimaire Ross McLean de réduire son budget de 15 % et les effectifs de 40 %. Même s’il est déjà submergé par les problèmes administratifs dus à la gestion antibureaucratique pratiquée par son prédécesseur John Grierson, McLean entreprend une réorganisation. Les opérations administratives sont regroupées et l’organisation simplifiée dans l’établissement tout entier. À la suite de 93 licenciements, le personnel est ramené à un total de 654.

Avec la fin de la guerre, les compagnies de production privées commencent à dénoncer le fait que l’ONF est financé par des fonds publics, ce qu’ils considèrent comme une concurrence déloyale à leur égard. Elles souhaitent que l’Office revienne uniquement à son rôle de conseiller du gouvernement en matière cinématographique, une des fonctions de son mandat d’origine. D’ailleurs, ce point de litige reviendra fréquemment tout au long de l’histoire de l’ONF.

En février, un événement survenu l’année précédente provoque un scandale qui atteint l’ONF. Début septembre 1945, un employé de l’ambassade de l’Union soviétique à Ottawa, Igor Gouzenko, fait défection en emportant des documents compromettants qui prouveraient l’existence d’un réseau d’espionnage soviétique au Canada. Cette nouvelle est déterminante quant à la décision du gouvernement canadien d’entrer dans la guerre froide aux côtés des États-Unis et donne lieu à une enquête sur l’éventualité d’une infiltration des services gouvernementaux. Freda Linten, qui avait été secrétaire de John Grierson à l’ONF, est mentionnée comme étant liée à ce réseau d’espionnage. Certains dossiers mentionnent aussi le nom de Grierson. Éclaboussé et soupçonné même de sympathies communistes, Grierson fera l’objet d’enquêtes de police canadienne et américaine. En cette époque de guerre froide, plusieurs douteront de son innocence et l’ONF sera coupable par association.

Les cinéastes et leurs œuvres

Conséquence des compressions budgétaires, la production passe de 310 sujets de films l’année précédente à 214, soit une baisse de 90 films complets à l’exclusion des courts films publicitaires, d’actualité et autres sujets. Toutefois, ces films sont plus ambitieux et plus complexes et la production gagne en qualité. Ils marquent un progrès technique certain et prouvent que le personnel de production de l’Office acquiert rapidement une expertise qui le rend dorénavant capable de s’attaquer aux productions les plus diverses.

La série commerciale Le monde en action (World in Action), traitant des affaires internationales et mondiales ayant un intérêt pour le Canada, tels le commerce, le logement et le travail des Nations-Unies dont le Canada fait partie, est maintenue – six films durant l’année – mais elle disparaîtra alors que En avant Canada (Canada Carries On) – douze films durant l’année –, qui peint les événements et les réalisations canadiennes, continuera d’exister jusqu’en 1959. Dix films sont réalisés dans la série Vigie, un programme de films originaux entièrement en français sur la vie industrielle, agricole et culturelle du Canada français.

La section des graphiques répond à plusieurs demandes de panneaux et réalise ceux de la grande exposition Design in Industry pour le Conseil national des recherches et la Galerie nationale qui fut montrée dans tout le Canada, ceux de l’exposition Films and the Library présentée dans tout le Dominion et au Congrès de l’Association des Bibliothèques américaines à Buffalo, ainsi qu’une exposition sur les réalisation scientifiques canadiennes pour le Conseil national des recherches et montrée à la Conférence générale de l’UNESCO à Paris.

La diffusion des films

Bien que les circuits ruraux occupés par le seul ONF passent de 85 à 67, malgré la disparition des circuits des unions ouvrières et industrielles, la circulation des films au Canada et à l’extérieur est en augmentation. Le développement le plus significatif est la multiplication des cinémathèques qui diffusent les films de l’ONF dans les secteurs urbains et assurent le service pour l’industrie et les unions ouvrières. Cette prise de relais populaire de la distribution non commerciale canadienne a pour effet de maintenir le nombre de séances de projection dans le milieu communautaire.

Une distribution spéciale pour les organisations féminines est mise sur pied durant l’année. Plus de 1 800 fascicules d’information pour femmes sont distribués, chacun contenant un catalogue de 200 films accessibles dans les cinémathèques canadiennes, mises à contribution pour ce projet.

À l’étranger, des organismes de distribution sont établis dans 35 pays et des contacts sont amorcés dans 30 autres pays. Au cours de l’année, 2 861 copies de films ont été expédiées aux agences gouvernementales canadiennes à l’étranger, soit un accroissement de 552 par rapport à l’année précédente; 1 422 copies ont été vendues et le matériel nécessaire à l’impression de 54 films en 6 langues différentes a été envoyé. Conséquemment, des centaines de copies ont été distribuées dans le monde entier.

L'ONF

En janvier, Ross McLean, qui occupait le poste de façon intérimaire depuis l’automne 1945, est nommé commissaire. La situation n’est pas très reluisante : le gouvernement affiche une réticence croissante envers la manière dont l’organisme exerce son autonomie, et les plus virulents détracteurs de l’Office lui reprochent d’être politiquement dangereux, financièrement irresponsable et d’usurper un marché destiné à l’industrie privée.

Loin de se laisser influencer par ce contexte, McLean essaie plutôt d’élaborer une vision d’avenir pour l’ONF. Il veut positionner l’Office pour l’arrivée imminente de la télévision avec tous les débouchés qu’offrira ce nouveau médium, et il envisage aussi la possibilité d’ouvrir la production au long métrage de fiction. Ces aspirations ne font qu’accroître la méfiance de l’industrie privée canadienne et américaine.

John Grierson se félicitait des relations de coopération qui existaient entre l’ONF et Hollywood. McLean, lui, s’insurge contre le fait que les majors hollywoodiens exercent une domination sur le marché canadien sans jamais offrir quoi que ce soit en contrepartie. En juin 1947, il suggère au gouvernement d’imposer une mesure les obligeant à investir dans la production canadienne entre 30 et 40 % des 17 millions de dollars de profit annuel réalisé sur le sol canadien. Cette éventualité suscite une vive réaction de la Motion Picture Association of America, laquelle, de son côté, crée un comité destiné à prévenir toute mesure d’Ottawa à l’encontre d’Hollywood.

Le gouvernement avait déjà réagi à certaines productions de l’ONF. En 1944, par exemple, Our Northern Neighbour, qui présentait l’allié russe sous un jour favorable, avait provoqué des remous et sa distribution avait été interdite aux États-Unis et dans la province de Québec. Trois ans plus tard, l’Office se retrouve encore en position de controverse. En réponse à une commande de la United Nations Relief and Rehabilitation Administration, l’ONF envoie Grant McLean, le neveu du commissaire, filmer les efforts de reconstruction en Chine. Il ramène des images inédites de Mao Tsé-toung et des forces communistes à Yenan, de Chiang Kai-Shek et des nationalistes en pleine guerre civile. Considérant que ce film reconnaît la Chine communiste, ce qui est contraire à la politique officielle du Canada et des États-Unis, le secrétaire d’État aux Affaires extérieures intervient et en interdit la sortie. Cet épisode met un terme aux velléités internationalistes de l’ONF.

Dans la foulée des compressions budgétaires, certains services sont supprimés et le personnel est réduit de 654 à 589 employés. C’est la première fois qu’il est fait mention dans le rapport annuel d’un grave problème concernant les locaux occupés par l’ONF et des conséquences sur le personnel. La situation perdurera jusqu’en 1956, date où on déménagera les installations d’Ottawa à Montréal. Dans le texte sur le laboratoire, on mentionne que « malgré la décrépitude des édifices qui les abritent et les multiples inconvénients qui en résultent (...), ingénieurs, chimistes et techniciens accomplissent chaque jour de véritables miracles d’ingéniosité et d’improvisation. » Considérant que les pellicules au nitrate sont très inflammables, on se préoccupe surtout de sécurité lorsqu’on souligne que « pour diminuer les risques d’incendie, le personnel du service technique a terminé l’inspection de toute la canalisation électrique, et a remplacé l’outillage défectueux. L’état de vétusté et de détérioration des entrepôts continue toutefois de constituer un problème. Tant que l’on n’aura pas pourvu l’ONF de locaux convenables, les techniciens devront tirer le meilleur parti possible de la situation, atténuer les risques d’incendie, s’attaquer au problème de la saleté, de la poussière et des rats. »

Les cinéastes et leurs œuvres

Signe des temps, les cinéastes entament une bataille afin que l’on reconnaisse leur travail en tant que créateurs et qu’ils puissent dorénavant signer leurs films, pratique que réfutait Grierson. La « bataille des génériques » symbolise l’éloignement de l’esprit « service public » qui prévalait jusqu’alors.

Un total de 167 films sont produits au cours de l’année. Parmi ceux-ci, neuf films de la série Vigie ont comme sujet les aspects culturels, agricoles et industriels de la scène canadienne-française. La série En avant Canada (Canada Carries On) s’est enrichie de douze nouveaux films pour les salles commerciales. Depuis bientôt huit ans, cette série présente régulièrement aux Canadiens et aux Canadiennes un aperçu général de leur nation et de leurs voisins en temps de paix et en temps de guerre. Cette année, les films ont porté notamment sur les sports canadiens, l’énergie atomique, l’Exposition nationale canadienne, la pêche au saumon en Colombie, le rôle des Canadiennes dans la vie publique de la nation, les arts canadiens.

La production des séries Coup d'œil et Eye Witness débute cette année et se poursuivra jusqu’en 1959. Diffusées dans les salles de cinéma, elles présentent des reportages variés sur les faits et gestes du peuple canadien d’un bout à l’autre du pays : Mackenzie King Retires (Coup d’œil no 9, 1948), Un Canadien à Paris (Coup d’œil no 43, 1952), Royal Ontario Museum Is Popular Classroom (Eye Witness No. 51, 1953), Fishermen Hunt Battling Broadbills (Eye Witness No. 64, 1954), Eye Witness No. 66: Hands Across the Sky (1954) sur l’aide au Pakistan, pour n’en citer que quelques-uns.

Une autre nouvelle série, intitulée Mécanismes mentaux, se rapportant aux problèmes psychologiques de la vie quotidienne, a été inaugurée pour le compte du ministère fédéral de la Santé et du Bien-être, et avec le concours du Allan Memorial Institute, de Montréal. Le premier de cette série, Les bannis imaginaires, a été bien reçu au Canada, en Grande-Bretagne et aux États-Unis. D’autres films sont en voie de réalisation.

Avec 30 bandes nouvelles, le service de films fixes a connu son meilleur bilan, puisqu’il a presque doublé celui de l’année précédente. Les sujets ont été choisis pour s’adapter aux programmes scolaires et répondre à la demande des professeurs.

La diffusion des films

Les statistiques officielles démontrent bien que les Canadiens et les Canadiennes profitent des services de l’ONF. Si l’on considère, en effet, que les films distribués au cours de l’année ont été vus par 80 484 auditoires, représentant 7 458 578 personnes, et cela sans compter les auditoires des cinémas, on comprend mieux l’envergure d’une pareille entreprise. De plus, il existe au pays 201 cinémathèques où sont déposées près de 18 000 copies. Par l’entremise de ses 160 circuits ruraux, l’ONF présente chaque mois des films éducatifs aux résidents des campagnes et des petites villes, où l’on n’aurait autrement guère l’occasion d’en bénéficier. Dans plus de 200 agglomérations urbaines, on a institué des conseils du film pour répondre aux besoins cinématographiques régionaux, et on a même parfois groupé ces conseils sur une base provinciale, ce qui permet de fournir un service communautaire encore plus étendu.

Les dirigeants de l’industrie cinématographique canadienne, distributeurs et propriétaires de cinémas, ont eux aussi beaucoup aidé à la propagation du film documentaire canadien et l’on compte aujourd’hui plus de 550 cinémas où l’on utilise régulièrement les productions de l’Office.

Dans le domaine de la distribution internationale, on note aussi de grands progrès. Les films de l’ONF ont été distribués dans 51 pays et ont été vus dans les cinémas et ailleurs par plus de 70 millions de personnes. Aux États-Unis, l’ONF a des bureaux à New York, Chicago et Washington, et 7 000 copies de films sont en circulation. L’événement principal de l’année a été la création, à Washington, d’une nouvelle cinémathèque de films touristiques, qui ont été vus chaque mois par une assistance moyenne de 40 000 personnes. Au Royaume-Uni, 3 000 copies sont en circulation par l’intermédiaire du bureau de l’ONF à Londres. Fait à souligner, de plus en plus de versions françaises de films canadiens sont utilisées dans les écoles de Grande-Bretagne.

L'ONF

Lorsque le gouvernement, en mai 1939, a institué l’ONF comme service cinématographique d’État, il lui a confié pour mission de produire des documentaires qui renseigneraient la population canadienne sur les richesses naturelles de leur pays et la façon dont on les exploite, sur le commerce et l’industrie, sur les règles élémentaires de l’hygiène, sur les progrès des arts et des sciences, en un mot, des documentaires qui engendreraient une vie nationale plus intense, une coopération internationale plus étroite.

Les différents services de l’Office poursuivent toujours leurs activités visant à remplir ce mandat originel, mais les coûts de production augmentent alors que le budget et le personnel diminuent. La production s’en ressent et le nombre de films réalisés à même les fonds alloués au programme ONF n’est que de 103 durant l’année. Un ajout de 59 films commandités par les différents ministères et 4 coproductions de l’ONF avec un autre service d’État porte le total à 166 productions.

Les commanditaires de l’ONF utilisent plus que jamais, non seulement du documentaire cinématographique, mais les autres médiums d’éducation visuelle réalisés par le service des arts graphiques, tels que le film fixe, le reportage photographique, l’étalage et le feuillet illustré. Par exemple, l’ONF a réalisé deux films (un pour les cinémas et un autre pour les circuits non commerciaux), des maquettes, des photos-reportages, une brochure illustrée et un feuillet pour la campagne entreprise par le Comité d’aménagement de la capitale fédérale.

Les cinéastes et leurs œuvres

À l’occasion d’une réorganisation de la production, on crée quatre studios, chacun sous la responsabilité d’un producteur exécutif qui répartit le travail parmi les réalisateurs. Chaque studio a ses spécialités : Studio A – agriculture, programme de langue française, versions françaises, anglaises et langues étrangères, commandites provinciales; Studio B – films commandités, animation; Studio C – séries En avant Canadada (Canada Carries On) et Coup d'œil, actualités, voyages et tourisme; Studio D – affaires internationales, films scientifiques et culturels. On distingue deux catégories de productions : celles tournées en 35 mm et destinées à la distribution commerciale en salle et celles, tournées en 16 mm, destinées à la distribution non commerciale, c’est-à-dire principalement aux circuits ruraux.

La production des séries Coup d'œil en français et Eye Witness en anglais se poursuit et le plus important métrage, Ouverture de la session parlementaire, reçoit un accueil chaleureux. Onze nouveaux films s’ajoutent à la série En avant Canada (Canada Carries On), dont un sur l’entrée de Terre-Neuve dans la Confédération canadienne.

Dans la série des Mécanismes mentaux produite pour le compte du ministère fédéral de la Santé et du Bien-être, en coopération avec le Allan Memorial Institute de Montréal, on réalise un autre film intitulé Dépendance. Avant cette série, les seuls films sur les maladies mentales étaient les réalisations de cliniques, destinées uniquement aux médecins. Mais après que le premier film de la série ait été montré dans les circuits non commerciaux de l’ONF et que son succès fut constaté, les dirigeants du ministère de la Santé autorisèrent la distribution commerciale des réalisations subséquentes. Si bien que même aux États-Unis, on a reconnu le mérite de ces films, et on a confié à un directeur prêté par l’ONF le mandat de diriger les opérations du tout nouveau Joint Mental Health Film Board.

Le film, c’est de l’image, des dialogues ou des commentaires, agrémenté aussi d’une partition musicale. Pour ses documentaires, l’ONF emploie les services de trois compositeurs et d’un directeur musical. Ainsi, pour le film When All the People Play (Cette vallée qui est la nôtre), le compositeur Eldon Rathburn s’est rendu sur les lieux et s’est inspiré de la musique propre à cette région, tandis que pour la partition de Marée montante, sur les coopératives de pêcheurs des Maritimes, le compositeur Robert Fleming s’est inspiré des ballades de la Nouvelle-Écosse. Dans Passport to Canada (Passeport pour le Canada), un film sur l’immigration, on a retenu les services d’un orchestre de cordes, de flûtes et de cuivres, alors que dans La terre de Caïn, un voyage sur la côte nord, le compositeur Maurice Blackburn n’a utilisé que des flûtes et un piano. Enfin, pour Planning Canada’s National Capital (Aménagement de la Capitale), on a enregistré sur pellicule l’hymne national joué sur le carillon de la Tour de la Paix.

La diffusion des films

De la mise en commun des différents services, il en a résulté une meilleure utilisation du film. L’auditoire des circuits non commerciaux de l’Office (là où les films sont distribués par le personnel des ministères fédéraux et provinciaux, celui des bibliothèques publiques, des commissions scolaires, ainsi que celui de plusieurs autres organisations régionales, provinciales ou nationales) s’est élevé à neuf millions de personnes, alors que grâce aux distributeurs commerciaux et aux gérants de cinémas, sept millions d’auditeurs ont pu voir les réalisations de 1’ONF au cinéma. Pendant cette même période de temps, 20 000 copies de films canadiens ont circulé dans 50 pays autres que le Canada.

Le personnel du bureau d’Ottawa reste en contact avec ses représentants des dix bureaux régionaux (celui de St-Jean, à Terre-Neuve, a été ouvert en mars). Le nombre de ces représentants a été réduit de 10 % et ils sont maintenant 62 pour populariser le film éducatif. Ils participent aussi à la formation du personnel dans les nouvelles cinémathèques, qui sont maintenant au nombre de 235. Les Conseils du film, qui complètent le travail des cinémathèques, sont passés de 200 à 250.

La vente de films par l’intermédiaire des bureaux de l’ONF et des distributeurs commerciaux et gouvernementaux a augmenté de 35 %, et la vente de films fixes, de 19 %. La nomination d’un agent commercial à Paris, dont le territoire comprend la France, la Belgique, le Danemark et l’Afrique du Nord française, a permis de distribuer les films de l’ONF dans les cinémas de ces pays.

Recherche et applications technologiques

Une presse pour effets d’optique, la première du genre réalisée au Canada, a été construite à Toronto en collaboration avec la Compagnie d’État, la Canadian Arsenals Ltd. On a ainsi économisé 20 000 $ en fonds américains, soit la différence entre son coût de construction et le prix de vente aux États-Unis. Les plans pour cet appareil seront mis à la disposition de l’industrie cinématographique du Canada et de l’étranger.

On a également construit une machine pour corriger et imprimer la couleur. Elle permet de traiter séparément chaque image de la pellicule. On a enregistré les brevets de cet appareil, dont les plans ont été soumis au dernier congrès de la Society of Motion Picture Engineers.

Les ingénieurs de l’ONF ont aussi mis au point un nouveau procédé pour la duplication des négatifs en couleurs. Ce procédé où l’on utilise la lumière monochromatique donne déjà des résultats surprenants.

L'ONF

En avril, le gouvernement crée la Commission royale d’enquête sur l’avancement des arts, des lettres et des sciences (Commission Massey) présidée, comme son nom l’indique, par Vincent Massey, celui-là même qui, en 1936, avait préconisé la venue de John Grierson au Canada. La Commission a le mandat d’examiner les perspectives offertes par la radio et la télévision, le fonctionnement des organismes gouvernementaux concernés par la culture et l’aide à la recherche scientifique.

En juillet, l’ONF soumet son mémoire dans lequel il demande notamment d’acquérir des responsabilités dans le développement des programmes de télévision, d’accroître son budget de fonctionnement, de devenir une corporation de la Couronne, d’augmenter son personnel et de lui fournir de meilleures conditions d’emploi, en particulier par l’attribution d’un bâtiment unique permettant de réunir sous un même toit les différents services dispersés à ce moment-là dans une dizaine de lieux. Le ministre responsable de l’ONF, Robert H. Winters, se dissocie de ce mémoire qui n’appuie pas ses politiques quant au rôle de l’ONF dans le domaine de la télévision.

En novembre, encore une fois, la phobie du communisme atteint l’ONF. Le Financial Post révèle que le ministère de la Défense nationale ne veut plus recourir aux services de l’Office lorsqu’il s’agit de dossiers classés « secrets » pour des raisons de sécurité. Le ministre concerné confirme cette déclaration et avise l’ONF que cette situation prévaudra jusqu’à ce qu’on lui fournisse des preuves à l’effet qu’il n’y a aucun sympathisant communiste dans ses rangs. Le commissaire Ross McLean demande à la Gendarmerie Royale du Canada d’enquêter à cet effet, et à l’issue de la démarche, une liste de 36 employés jugés suspects lui est envoyée. McLean refuse de les licencier, arguant le fait qu’on ne lui a fourni aucune preuve tangible de leur déloyauté.

En décembre, Ross McLean apprend par voie de presse que son mandat ne serait pas renouvelé en janvier 1950. Par solidarité, le commissaire adjoint, Ralph Foster, démissionne et une grande partie du personnel envisage d’en faire autant. McLean les dissuade de saborder ainsi l’ONF. Le nombre d’employés est à ce moment de 540.

Les cinéastes et leurs œuvres

Les séries non commerciales Coup d'œil et Eye Witness ont acquis une grande popularité et pour répondre à la demande générale on décide de les présenter dans les cinémas. Six réalisations, trois en français, trois en anglais, sont donc produites pour être montrées dans ces séries au début de la prochaine année. D’autre part, on filme 68 sujets d’actualité dont certains sont destinés à ces séries, et 38 aux ciné-nouvelles des compagnies commerciales ainsi qu’à la télévision.

La politique de l’Office dans ce domaine consiste à ne pas concurrencer les agences commerciales. Ainsi, grâce à une entente, les cinéastes de l’ONF ne filment pas ce qui est strictement de la nouvelle. Ils consacrent leur travail à l’actualité, au sens plus général du mot, et fournissent des images de la vie des Canadiens du centre, de l’Est aussi bien que de l’Ouest du pays. Après avoir été sommairement traité dans les laboratoires d’Ottawa, le métrage est ensuite soumis aux syndicats de distribution commerciale, à New York, pour être incorporé aux bulletins de nouvelles et aux programmes de télévision. Il est ensuite distribué au Canada, aux États-Unis, en Amérique du Sud, en Europe et en Australie.

On a réalisé cette année un nombre plus considérable que jamais de films en couleurs pour attirer les touristes au pays à une époque où le dollar américain est tellement essentiel au maintien de l’économie nationale. Une série de cinq films non commerciaux était donc tout particulièrement destinée à mettre en relief les beautés du pays. Il s’agit de Canadian Cruise (Croisière au Canada) (le yachting sur nos rivières), The Road to Gaspé (Destination : Gaspésie) (voyage à bicyclette dans cette région enchanteresse du Québec), Canoe Country (Pays du canotage) (randonnée sur les lacs et rivières du nord de l’Ontario), From Tee to Green (Golfs du Canada) (les meilleurs terrains du pays), de même que d’un film sur la pêche, tous commandités par le Bureau fédéral du tourisme. Un total de 1 676 700 personnes ont vu les films touristiques canadiens distribués par l’entremise de 62 cinémathèques établies dans les universités et les bibliothèques publiques par le personnel de l’ONF et celui du Bureau fédéral du tourisme.

La diffusion des films

L’ONF inaugure un service de distribution des films en français en Ontario. Aussi, un plus grand nombre de productions françaises seront distribuées par l’intermédiaire de l’Université d’Ottawa.

Terre-Neuve vient de rejoindre la Confédération, et l’ONF dote cette nouvelle province de tous les services dont les autres bénéficient sur le plan de l’accès aux films. On ouvre un bureau au ministère de l’Éducation de St-Jean, on ajoute un grand nombre de films à la cinémathèque provinciale, on nomme trois représentants de l’ONF dans cette province et l’on fournit huit programmes mensuels de circuits ruraux.

Les films commerciaux ont été montrés dans 800 cinémas canadiens, soit 51 de plus que l’année précédente. Comme par le passé, les films de la série En avant Canada (Canada Carries On) sont les courts métrages les plus populaires.

Le système de distribution non commerciale, que l’on considère au Canada aussi bien qu’à l’étranger comme un des plus remarquables accomplissements de l’ONF, s’élargit chaque jour davantage. On utilise de plus en plus le film dans les centres communautaires et l’on fonde sans cesse de nouveaux conseils du film et de nouvelles cinémathèques; le nombre de ces dernières est de 265 alors qu’à la fin de la guerre il n’en existait que 44. Plus de 5 000 groupes canadiens dispersés dans tous les coins du pays se servent régulièrement des documentaires de l’ONF. Cette année, l’auditoire canadien des films non commerciaux a atteint 9 millions de personnes, une hausse de 24 % par rapport à l’année 1947.

Recherche et applications technologiques

L’ONF lance la première tireuse de trucages optiques mise au point au Canada et il invente aussi une tireuse de films fixes qui utilise une source lumineuse additive.

Le personnel du Service des recherches s’est livré à des travaux relatifs à la reproduction en couleurs, au calibrage des lentilles, à la photographie accélérée, à la photographie intermittente et au traitement chimique de la pellicule. On a de plus mis au point un appareil de ciné-photomicrographie, dont on étudiait depuis longtemps la construction. Il consiste en une caméra et un microscope réunis pouvant produire des photos fixes ou animées, en noir et blanc ou en couleurs, d’êtres ou d’objets infinitésimaux qu’il peut grossir jusqu’à 1000 fois. Les producteurs commerciaux, les industriels, les savants et les éducateurs tant du Canada, des États-Unis que d’Europe, se sont intéressés à cette découverte.

De plus, on a réussi, à la demande du ministère des Affaires extérieures, à monter un appareil nouveau genre pour lire sur microfilm.

Introduction

Puisque l’Office national du film doit soutenir l’effort de guerre, il doit obtenir les ressources nécessaires pour répondre adéquatement à sa mission. Le commissaire John Grierson convainc donc le gouvernement de transférer le Bureau de cinématographie du ministère de l’Industrie et du Commerce, à l’ONF, qui relève des Services de guerre. Il prend alors en charge tout le personnel du Bureau.

Le commissaire établit aussi, dès le départ, le principe de l’indépendance de l’ONF. Même si l’organisme est financé par le gouvernement fédéral, il doit toujours préserver une liberté de pensée et d’action tant dans sa gestion que dans sa production. Cela restera une caractéristique dominante de l’ONF tout au long de son existence.

Pendant les années troubles de la guerre, l’ONF produit des centaines de films qui témoignent des multiples contributions du Canada dans tous les secteurs d’activité et sur tous les fronts. Tournés par des caméramans des Forces armées canadiennes, certains de ces films sont considérés aujourd’hui comme de véritables classiques. Churchill’s Island (La forteresse de Churchill), par exemple, fut le premier film canadien à remporter un Oscar®. L’institution produit des séries remarquables comme En avant Canada (Canada Carries On) et AActualités canadiennes, qui deviendra en mars 1943 Les Reportages.

Outre ses ententes commerciales avec des distributeurs, l’ONF met en place tout un réseau de diffusion de ses films pour informer l’ensemble des populations urbaines et rurales du pays sur ce qui se passe dans le monde et expliquer la place stratégique du Canada dans le conflit mondial.

Au milieu de la décennie, le nombre d’employés se chiffre à près de 800. On a élargi la production en ajoutant l’animation au documentaire avec l’embauche de Norman McLaren, en 1941, et la création d’une section de films fixes, en 1944.

La guerre finie, l’ONF traverse une crise identitaire qui occasionne une sévère remise en cause de sa raison d’être et, par conséquent, de sa survie. Cette situation force l’ONF à s’émanciper et à réaffirmer sa légitimité, ouvrant la voie de la maturité artistique. L’organisme recentre ses activités sur son mandat original, soit de « faire connaître le Canada aux Canadiens » dans un esprit d’unité nationale. Les préoccupations sociales dominent dans ses films à travers une série de thèmes communs aux différentes populations du pays comme l’agriculture, la santé et le bien-être, les arts de création, les beautés des diverses régions.

De leur côté, les créateurs et les chercheurs peuvent se consacrer au développement de l’art cinématographique et de la technologie. Au fil des ans, les cinéastes et les techniciens de l’ONF seront responsables de douzaines d’innovations importantes en matière de cinéma. Souvent par nécessité, toujours avec débrouillardise, ils résoudront des problèmes de tous genres, parfois sur les lieux mêmes du tournage. Ils inventeront de nouveaux produits et, dans tous les cas, amélioreront la qualité et la performance des outils existants.